Jourdain: "Je peux le refaire"

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Jourdain: "Je peux le refaire"
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Pour 28 minutes, il a écrit son nom au palmarès de la course en 2006 aux dépens de Jean Le Cam. L'une des belles histoires de la Route du Rhum, une course dont Roland Jourdain est tombé amoureux depuis la première édition. Pour ce qui devrait être sa dernière sortie en Imoca, « Bilou » se présente à Saint-Malo dans la peau du tenant du titre. Sans pression mais avec la même passion.

Pour 28 minutes, il a écrit son nom au palmarès de la course en 2006 aux dépens de Jean Le Cam. L'une des belles histoires de la Route du Rhum, une course dont Roland Jourdain est tombé amoureux depuis la première édition. Pour ce qui devrait être sa dernière sortie en Imoca, « Bilou » se présente à Saint-Malo dans la peau du tenant du titre. Sans pression mais avec la même passion. Vous vous alignez au départ de la Route du Rhum en qualité de tenant du titre. Qu'est-ce que ça change ? Ça change assez peu de choses au départ de la course. Pour moi, cette casquette, c'est simplement le rappel d'une belle image positive de cette ligne d'arrivée passée en tête. Ça booste un peu. En même temps, on repart sur une page blanche, avec un niveau sportif qui est encore monté d'un cran et l'inconnu d'un Atlantique à traverser. Donc, je ne fais pas le malin. C'est juste sympa de l'avoir gagnée une fois, on sait qu'on peut le refaire. Un titre à défendre, est-ce une obligation ? Rien ne m'y obligeait, je n'avais pas le revolver sur la tempe. Mais, heureusement, ce métier reste une passion donc c'était un objectif. La Route du Rhum est une épreuve phare du circuit Imoca donc on voulait être présent. Nous, nous n'avons pas un match tous les samedis soirs ! On a une grosse épreuve par an et ça fait partie des obligatoires. Mais je n'ai aucune pression du fait de l'avoir gagnée une fois. Mon moteur, c'est le plaisir d'aller en découdre encore une fois. Qu'est-ce que cette course a de plus qu'une autre, qu'est-ce qui fait sa beauté ? La Route du Rhum a tracé ses lettres de noblesse dès la première édition. J'avais 14 ans quand Mike Birch a dépassé Michel Malinovsky pour 98 secondes. Une transat seul sur un bateau sur l'Atlantique nord, ce n'est pas anodin. Et au troisième millénaire, ça l'est encore moins. Il ne faut pas galvauder ça. Ce sont deux semaines, pour la vitesse de nos bateaux (les monocoques 60 pieds, ndlr), dans un autre espace-temps. Dès le début, cette course m'a fait rêver. Et puis, j'en ai fait mon métier. Mais la passion est toujours là. "Il me fallait au moins le bateau de Josse pour pouvoir me battre" Vous serez au départ à la barre d'un nouveau bateau, ou plutôt l'ancien BT de Sébastien Josse que vous avez loué pour l'occasion. Pourquoi avoir penché pour cette solution ? Veolia Environnement dans sa version 2006, celle de la dernière Route du Rhum, est déjà un ancien bateau, il a une vitesse de sprint moins élevée parce que la technologie évolue vite... Donc je voulais trouver une monture un peu plus rapide à certaines allures. L'ancien bateau de Sébastien Josse, qui a toujours montré une bonne vitesse sans avoir beaucoup de réussite, était une bonne opportunité. Pour lutter contre la jeune génération, il me fallait au moins ce bateau-là pour pouvoir me battre. Avez-vous eu le temps de l'apprivoiser ? Je l'ai reçu en avril. Il se trouve que l'on a eu un beau printemps et un bel été, donc les conditions musclées se sont fait attendre. On en a eues un peu à l'automne mais c'est vrai que j'aurais aimé le tester un peu plus. J'ai fait très peu de modifications sur le bateau parce que je suis parti du principe que Sébastien Josse et son équipe avaient bien travaillé. J'ai préféré naviguer pour m'adapter au bateau. On a surtout allégé dans la mesure du possible du matériel périphérique, des choses anecdotiques mais c'est toujours quelques centaines de kilos gagnés. Que disent les comparaisons avec l'ancien bateau ? On a la chance d'avoir les deux bateaux parce que Veolia Environnement première génération sera au départ de la Barcelona World Race (skippé par Boris Herrmann et Ryan Breymaier sous les couleurs de Team Kaïros, une écurie de course océanique dirigée par Roland Jourdain lui-même, ndlr). Et j'ai donc vu de l'intérieur ce que j'avais déjà constaté de l'extérieur, à savoir que Veolia 2 va plus vite sur les allures portantes. Contre le vent, c'est à peu près identique. Alors, ce n'est pas le jour et la nuit, il n'y a pas de gros écarts, mais ça suffit sur une transat à créer la différence. Après, Veolia 2 n'est pas un bateau facile. J'ai passé des années sur le même bateau, donc quand on en prend un autre, on se dit qu'on aurait fait certaines choses différemment. Mais potentiellement, il va plus vite. "Les bateaux neufs vont vite... Mais ça ne m'inquiète pas du tout" Au point de rivaliser avec les derniers-nés de la classe ? J'ai eu l'occasion de faire trois sessions de stage avec le centre d'entraînement de Port-la-Forêt, donc on était entre quatre et six bateaux selon les sessions, dont les bateaux neufs... qui vont vite ! Il n'y a pas de secret, à certaines allures, ils partent un peu. Mais ramenés à l'ensemble des parcours, des manoeuvres et des conditions variables que l'on a eues, les écarts au final ne sont pas énormes, donc ça ne m'inquiète pas du tout. Il ne faudrait pas, sur la course, qu'il y ait un vent régulier et défavorable pour moi... Je sais que dans l'Atlantique, ça change beaucoup et je compte là-dessus. Veolia n'est pas le bateau le plus rapide mais l'océan est grand, il y aura la fatigue, les options tactiques, les bricoles... Les bateaux neufs peuvent aussi avoir des petits problèmes de jeunesse, on peut compter là-dessus (sourires). La flotte est moins dense que sur le Vendée Globe mais plus homogène. On peut s'attendre à une grosse bagarre, non ? Oui, ça va être une grosse bagarre. On n'est effectivement pas une grosse quantité, mais la flotte est d'excellente qualité. Sur la petite dizaine de bateaux, chacun peut monter sur le podium, la première place est hyper-ouverte et ne l'a peut-être jamais autant été. Où la course peut-elle dès lors se jouer ? Partout, tout le temps... y compris les mois précédents. On ne dira jamais assez le travail fait en amont sur ces bateaux-là, en termes de solidité, d'efficacité sur l'ergonomie, le gain de temps... Il faut qu'au ponton au départ de Saint-Malo, le skipper ait entièrement confiance dans le bateau et donc dans le travail que toute l'équipe a effectué. C'est vraiment un sport collectif dans ce sens-là, parce que tout seul, on n'a pas assez de ses deux bras pour tout faire. Ensuite, en course, il faut essayer de toujours mener le bateau au mieux, c'est-à-dire pas forcément à 100%. Ce sont des bateaux surpuissants, il faut gérer ça. Il faut aussi savoir lâcher les chevaux quand on peut, faire confiance au pilote automatique. Et puis jouer au grand jeu d'échec de la stratégie. Il peut y avoir une route unique sur la Route du Rhum ou le jeu peut s'ouvrir dès la pointe de Bretagne, avec des options sud et nord et dès lors un suspense entier jusqu'à l'arrivée. Avec toujours cette question de gérer aussi son effort... C'est sûr que le marin dort pas beaucoup pendant la course et beaucoup plus après ! On dort moins que sur un Vendée Globe évidemment parce qu'on sait que l'on peut entrer dans la zone rouge et griller quelques cartouches. Le fait de finir aussi au soleil, c'est moins dur, on n'a pas à lutter contre le froid, c'est même le soleil la difficulté.