Jourdain: "Des moments de grâce"

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Jourdain: "Des moments de grâce"
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Vainqueur de la Route du Rhum pour la deuxième fois consécutive en monocoques de 60 pieds, Roland Jourdain savourait au moment de poser le pied à terre un succès que, de son propre aveu, il avait senti venir, avant même le départ. Le skipper de Veolia Environnement a confié avoir vécu des moments intenses pendant cette transat, une belle façon de fermer la page monocoque... Extraits de ses réactions.

Vainqueur de la Route du Rhum pour la deuxième fois consécutive en monocoques de 60 pieds, Roland Jourdain savourait au moment de poser le pied à terre un succès que, de son propre aveu, il avait senti venir, avant même le départ. Le skipper de Veolia Environnement a confié avoir vécu des moments intenses pendant cette transat, une belle façon de fermer la page monocoque... Extraits de ses réactions. L'arrivée: "Moins stressé" "C'est magnifique, c'est génial, je suis heureux. On dit toujours que celle qu'on vient de faire est la plus dure, je me rappelle de mes paroles il y quatre ans, c'était vraiment dur. là, c'était dur, mais j'étais en phase, tout allait dans le bon sens à chaque fois, ça motivait pour se défoncer, c'était un peu l'état de grâce. Je n'avais pas un Le Cam pour m'embêter (en 2006, Jean Le Cam, revenu de l'arrière, l'avait inquiété jusqu'au bout, ndlr), ça m'a pas trop manqué. La chance que j'ai eue, c'est le petit matelas que j'avais avec Armel (Le Cléac'h), ça m'a permis de vivre ma fin de course superbement. Dans ce final, tu te dis que tu fais le plus beau métier du monde, quand ça passe, c'est merveilleux. J'ai eu l'occasion de prendre du recul y compris autour de l'île lors du tour de la Guadeloupe, ndlr), c'était lent mais pas compliqué, il y a toujours eu un peu de vent. J'étais moins stressé sur la fin, j'avais 80 milles d'avance sachant que les conditions étaient molles derrière, c'était différent d'il y a quatre ans où Jean revenait avec du vent. Mais comme tout s'était bien passé depuis le début, je me disais que celle-là, je la garde, elle est trop bien." Les sensations en mer: "En phase avec les éléments" "J'ai du mal à mettre en avant ce genre de choses, mais je suis content car rares sont les épreuves ou les instants dans la vie où on se sent en phase avec les choses. Là, j'étais en phase avec les éléments météo, en phase avec la vitesse du bateau, en phase avec peut-être la psychologie de la concurrence. Je savais les moments où il fallait accélérer et les moments où il fallait mollir et ça a été des instants de grâce superbes, car quand on va vite avec un bateau sur l'eau en sachant se déplacer en trois dimensions, entre l'anticyclone et la dépression, entre le réglage de la grand-voile et le réglage de la dérive, etc..., ça crée de la confiance et je pense que quand on joue au foot ou au basket ou n'importe quoi d'autre, c'est dans ces instants qu'on se dit qu'on n'a pas fait tout ça pour rien. Et peut-être plus que l'autre fois ou dans d'autres épreuves, je l'ai ressenti cette fois-ci, ça a été des très beaux moments où je me suis retrouvé à regarder mon bateau avancer dans la baisse ou la hausse de pression, à savoir quand on allait changer de direction et c'était bon. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de douleur par moments, mais c'étaient des instants de grâce." La pression du sponsor après quatre ans sans victoire ? "On est là pour vivre heureux" "Pas du tout. A aucun moment, mes différents sponsors ne m'ont mis la pression. Avec Veolia, on raconte une histoire, on a des risques, on joue, des fois on gagne, des fois on perd. On n'avait pas gagné ensemble, c'est hyper important pour le projet, pour moi, pour Veolia Environnement, car on est quand même là pour ça, pour mettre des cerises sur les gâteaux. Mais il n'y avait pas de pression si ce n'est celle que je m'inflige moi-même en tant que compétiteur, parce que c'est agaçant de se faire avoir par les autres quand on est sur une ligne de départ pour gagner, et aussi parce que je suis à la tête d'une équipe. Je profite de l'occasion pour rappeler que nos bateaux, nos projets, nos Routes du Rhum, nos résultats ici à la Darse, ce sont toujours des groupes de personnes, un énorme collectif et moi je suis très content du travail de mon équipe. On a une vraie vie, une vraie dynamique, ce résultat ne fait que rajouter au bonheur de l'affaire, parce qu'on est là pour bosser, mais aussi pour vivre heureux." La boucle du monocoque bouclée: "Je pensais que j'allais gagner" "A Saint-Malo, je ne pouvais pas le dire parce que ce n'est pas ma nature, mais je pensais que j'allais la gagner. Parce qu'il fallait que ça se passe comme ça, parce qu'on a d'autres projets à développer (il se lance en 2011 sur le circuit MOD70, trimarans monotypes de 70 pieds en équipage, ndlr), ça paraît n'importe quoi de le dire mais c'était le fruit de la préparation. Je n'avais rien gagné depuis quatre ans, ça n'avait pas été nul, mais si on prend les stats comme on prend dans d'autres sports, il fallait le faire avant de tourner une page. Mais je voulais d'abord bien la vivre. L'important, c'est de ne pas regretter. L'option d'Armel (Le Cléac'h) en empannant plus vite que moi dans l'anticyclone aurait été la bonne, j'aurais regretté ma décision. Là, je pense que j'ai pris la bonne décision, j'étais encore plus content. Le bateau: "J'avais de la facilité" "C'est un très bon bateau qui pourrait être amélioré encore, mais ce qui m'a surtout mis en confiance, c'est que j'ai pris un mauvais départ, je suis parti derrière la flotte, mais le soir, j'ai rejoins Mich et Jean-Pierre (Desjoyeaux et Dick), on s'est tiré la bourre à Ouessant, je voyais que j'avais de la facilité, j'étais vraiment bien." Le doublé: "Le sentiment d'avoir bien bossé" "Nous, on n'a pas un match tous les samedis soirs, on a une grosse épreuve tous les ans, nos carrière sont fragiles, nos projets sont lourds, je n'avais rien gagné depuis quatre ans, il y a eu de la casse, du plus ou moins, bon, il fallait gagner. J'ai le sentiment d'avoir bien bossé."