Joubert n'a pas osé...

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Joubert n'a pas osé...
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Il y a quatre ans, à Cardiff, l'Anglais Wayne Barnes oubliait un en-avant de passe qui faisait le bonheur des Bleus face aux Blacks. Dimanche, à l'Eden Park, l'arbitre sud-africain Craig Joubert a laissé l'équipe de France plus que perplexe devant ses décisions le plus souvent favorables à McCaw et ses coéquipiers. Mais aucun Tricolore ne déclenchera vraiment la polémique. Tous dignes dans la défaite.

Il y a quatre ans, à Cardiff, l'Anglais Wayne Barnes oubliait un en-avant de passe qui faisait le bonheur des Bleus face aux Blacks. Dimanche, à l'Eden Park, l'arbitre sud-africain Craig Joubert a laissé l'équipe de France plus que perplexe devant ses décisions le plus souvent favorables à McCaw et ses coéquipiers. Mais aucun Tricolore ne déclenchera vraiment la polémique. Tous dignes dans la défaite. L'immense équipe des All Blacks, celle des scores fleuves, des essais enfilés comme des perles, celle que l'on prédisait victorieuse de cette finale par une marge supérieure à vingt-cinq points, a soudain pris des airs de Munster : à coup de petits tas et de ballon gardé bien au chaud des regroupements, la bande à McCaw joue la montre, protège ce petit point qui suffit à son bonheur et attend le coup de sifflet final, qui finit par délivrer tout un peuple et par sceller la victoire (8-7) de la Nouvelle-Zélande. C'est un autre coup de sifflet de l'arbitre sud-africain que les Bleus ont guetté en vain quelques minutes plus tôt lorsque, progressant dans la moitié de terrain adverse, Thierry Dusautoir et ses coéquipiers, formidables dans la fureur et le combat, dominateurs surtout en cette fin de match dantesque, vont enchaîner les temps de jeu sans être récompensés de la pénalité qui, à ce moment du match, aurait pu changer la face de cette finale. Pour le plus grand désarroi des Tricolores. "Ben, entre la 70e et la 80e minute, j'ai vu des choses, je me demandais... On savait qu'il n'allait pas siffler de toute façon, convient Fabien Barcella, conscient de la pression qui s'exerce alors sur les épaules du jeune arbitre de 34 ans. Il n'allait pas pouvoir sortir du pays sinon... Il fallait vraiment qu'on aille la chercher, c'était un drop ou un essai. Voilà, on peut toujours s'offusquer de l'arbitrage évidemment, mais il reste quand même cette grande fierté d'avoir fait un grand match." Si mal récompensé... Papé: "Il risque d'être n°1 pendant quatre ans encore..." La réputation de laxisme de Joubert sur son appréciation des zones de ruck s'est malheureusement confirmée. Pourtant, le staff des Bleus s'était montré très confiant à l'égard du Sud-Africain rencontré jeudi, Joël Jutge, le conseiller en arbitrage de Marc Lièvremont, déclarant notamment: "Il nous connaît. Il a trouvé que cette équipe était très disciplinée et je peux vous assurer qu'il ne nous a fait aucune remarque particulière sur aucun secteur particulier. Ça s'est bien passé." On n'ose imaginer en effet ce qu'aurait pu donner cette finale si l'arbitre avait eu quelque chose à reprocher à Dusautoir et ses coéquipiers réputés comme la ou l'un des équipes les plus disciplinés de la compétition. Les douze pénalités sifflées au final contre les Bleus contre sept aux All Blacks parlent d'elles-mêmes : il n'y avait pas de match possible dans ces fameuses zones de ruck, où McCaw et les siens semblaient intouchables. Plus que jamais seuls contre tous, les Bleus. "A un moment donné, on a fini par se dire qu'il ne nous la donnerait jamais, explique Dimitri Yachvili. "Il y avait beaucoup de pression, c'était la finale, avec des rucks plus que limite, c'était n'importe quoi, ils jouaient le ballon au sol. La pression l'a bloqué un peu. On a essayé de la provoquer au maximum, malheureusement, on ne l'a pas eue. On voulait un drop aussi, on ne l'a pas eu, c'était le destin [...] On a tout donné, on a tout lâché, mais d'un autre côté, ils méritent aussi leur victoire et leur trophée après la belle compétition qu'ils ont faite." A l'image de leur coach, Marc Lièvremont (voir : Lièvremont: "Merci !"), et de leur capitaine, Thierry Dusautoir (voir : Dusautoir: "On était au maximum !"), les Tricolores n'auront pas de mots plus forts, n'en rajouteront pas, lucides, malgré leur sort, sur la situation d'un homme qui a pu sentir le poids de l'histoire et de toute une nation sur ses épaules. Un constat qui n'a rien de très rassurant pour un sport qui, seize ans après le sacre controversé des Springboks en 1995, semble avoir bien du mal à progresser en la matière. L'attitude des Bleus les honore d'autant plus. Même Pascal Papé, pourtant réputé plutôt sanguin, parviendra à se maîtriser, se contentant de lâcher dans un sourire entendu: "Il risque d'être n°1 pendant quatre ans encore..."