Ils ont fait 2010: Thierry Dusautoir

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Ils ont fait 2010: Thierry Dusautoir
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Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. Après Franck Cammas lundi, Thierry Dusautoir, capitaine du XV de France.

Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. Après Franck Cammas lundi, Thierry Dusautoir, capitaine du XV de France. Thierry, 2010 s'achève avec deux titres de champions d'Europe remportés avec le XV de France et le Stade Toulousain. Comment trouvez-vous votre année ? Mitigée. C'est sûr que la première partie de l'année 2010 a été exceptionnelle pour moi avec le Grand Chelem et la victoire en H-Cup, deux titres que je n'avais jamais remportés jusqu'à présent. En revanche, la deuxième partie a été un peu plus difficile, notamment avec l'équipe de France. On a subi pas mal de défaites. JANVIER 2010: "Jérôme Fernandez, un monsieur" Refaisons l'année 2010 en sport. Tout commence avec la victoire des "Experts", les handballeurs français, au championnat d'Europe, qui faisait suite à un titre olympique et à un titre mondial. Une domination sans égale actuellement dans les autres sports collectifs. C'est un exploit rare, et je trouve qu'on ne parle pas assez d'eux. Avec tout ce qu'ils font pour le sport français, ils n'ont pas un retour médiatique aussi exceptionnel que leur palmarès. Moi-même, je n'avais pas réalisé l'étendue de leur performance avant de rencontrer Jérôme Fernandez sur une manifestation. A ce moment-là, le speaker a décrit nos palmarès respectifs. Et là, tu regardes le gars et tu te dis : "Je suis à côté d'un monsieur". En plus, c'est quelqu'un de super sympa, de toujours aussi simple. Les rugbymen ont toujours un rapport assez proche avec les handballeurs. Ce sont deux sports qui se ressemblent dans l'état d'esprit. J'ai vraiment sympathisé avec lui. Pour quelqu'un qui a autant fait pour son sport, il est d'une simplicité impressionnante. Justement, quand vous regardez un autre sport collectif comme le handball, vous essayez de prendre quelques petits trucs pour le rugby ? J'ai d'abord un oeil d'amateur. Mais le sportif "collectif" que je suis cherche aussi à voir quels sont les ressorts sur lesquels l'entraîneur ou le capitaine jouent pour tirer le maximum de l'équipe, comment ils font pour que les gars aient toujours la hargne comme ça... Avec tous les adversaires de qualité qu'ils ont, c'est vraiment un gros challenge à chaque fois. FEVRIER: "Le Grand Chelem, un exploit" En février débute le tournoi des VI Nations, où vous allez réussir le premier Grand Chelem français depuis 2004. Quel a été le plus beau moment ? Lorsqu'on « tape » les Anglais, quand on récupère le ballon à la fin du match, et qu'on tape en touche. A ce moment-là, on sait qu'on a réussi un exploit. Il y a beaucoup de sentiments qui se mêlent : l'excitation, l'envie de ne pas tout gâcher. Contre les Anglais, c'est toujours particulier. Il y a la rivalité historique, mais aussi le fait qu'ils ne nous réussissent pas vraiment. Ils nous ont éliminés en demi-finale de la Coupe du monde en 2007, ils nous ont mis une raclée lors du tournoi l'année dernière, à Twickenham (34-10). Cette année, le match a encore été difficile. Ils nous avaient tenus jusqu'au bout, ils avaient pratiqué pas mal de jeu sous la pluie. Mais à ce moment-là, plus rien ne compte, à part le fait d'avoir réalisé cet exploit. On sentait pourtant que, après quatre victoires, et avant d'affronter une équipe anglaise à la peine, le Grand Chelem pouvait difficilement vous échapper ? Ce n'était que des sentiments. Contre le Pays de Galles, au Millenium, on a réussi une belle perf, mais on avait eu chaud jusqu'à la fin. On avait gagné de justesse (20-26). Ce match a été l'un des tournants du tournoi. Pour la dernière journée, on sentait que les Anglais avaient envie de gâcher la fête, de nous montrer qu'ils étaient toujours présents. Février, c'était aussi le mois des JO de Vancouver. Vous avez pu les suivre ? Vus les horaires, pas vraiment. Je regardais plus les sports d'hiver quand j'étais petit. J'ai quelques noms en tête, comme celui qui fait du combiné nordique, Jason Lamy-Chappuis. En parlant d'olympisme, comment jugez-vous la décision du CIO de privilégier le rugby à VII pour les JO de 2016, et de continuer à ignorer le XV ? C'est une volonté de promouvoir ce sport, qui n'a pas le rayonnement médiatique qu'il mérite, notamment en France. Il est très suivi dans les pays du Sud. J'ai eu la chance de participer au tournoi de Hong-Kong, un évènement très suivi en Asie et Océanie. C'est un sport attractif, spectaculaire. C'est bien qu'une autre composante du rugby soit mise en valeur. MARS-AVRIL: "Un sportif reste un être humain" Pour le mois de mars, nous avons retenu la victoire de l'OM en Coupe la Ligue. Je ne suis le foot que d'un oeil. Si j'avais à choisir une équipe, ce serait Bordeaux, puisque je suis originaire de Périgueux. Dans le vestiaire, il y a beaucoup de Méditerranéens, on en a beaucoup parlé. On suit les performances de Paris, Marseille et Bordeaux pour se chambrer le lundi à l'entraînement. En avril, il y a eu l'affaire Zahia, qui faisait suite à la révélation des infidélités de Tiger Woods. Est-ce qu'on ne demande pas trop aux sportifs, d'être des exemples sur et en dehors du terrain ? C'est compliqué. On met beaucoup de choses sur le dos du sportif. Il ne doit pas boire, ne pas fumer, ne pas tromper sa femme... Je ne dis pas que ce sont des choses qu'il fasse faire. Mais un sportif reste un être humain. Il a des faiblesses. Il y a des choses qu'il ne fait pas bien. On peut être un bon athlète sans être une personne exceptionnelle. Parfois, c'est difficile à gérer de toujours devoir montrer l'exemple. Mais le sportif est médiatisé, il inspire les jeunes, et donc il a ce devoir d'exemplarité. Je comprends que certaines attitudes soient condamnées. Mais de là à chasser certains sportifs, à les traquer... Certaines choses appartiennent à la vie privée. MAI: "La H-Cup, un soulagement" En mai, c'est la consécration en club, avec le Stade Toulousain. Après deux échecs, vous remportez enfin la H-Cup, face à Biarritz (21-19) en finale. C'est plus fort que d'être champions de France ? C'est différent. C'était surtout particulier pour moi. Ma troisième finale, contre mon ancien club, avec qui j'avais déjà perdu une finale de Coupe d'Europe (contre le Munster, en 2006). J'ai peu dormi les deux-trois semaines avant cette finale. Je n'ose pas imaginer l'état dans lequel j'aurais été si on avait perdu. C'était beaucoup de stress, et un soulagement. C'était surtout une partie qu'on a dominée, et qu'on a failli perdre parce qu'on n'a pas été assez réalistes. Ces victoires difficiles sont aussi les plus belles puisque quelque part on réussit tout ce qu'il faut pour gagner un titre. C'est assez rare de dominer outrageusement une finale... Quand on domine une partie, il faut savoir la tuer. Malheureusement, on n'y était pas arrivé. Les Biarrots nous contenaient assez bien, avec une défense qui fait leur force. Pour l'année prochaine, vous avez une préférence entre gagner une seconde Coupe d'Europe, ou reconquérir le titre de champion de France ? On ne va pas faire les difficiles ! On prendra ce qui viendra. L'année dernière, j'aurais répondu la Coupe d'Europe parce que c'était vraiment le titre qui m'échappait depuis un certain temps. Pour le moment, vous êtes très bien lancés dans les deux compétitions... C'est bien pour la tête, mais l'équilibre est toujours fragile. On n'est qu'à la moitié de la saison. C'est positif car les points qu'on a pris ne seront plus à prendre, mais la finalité n'est pas là. La finalité, c'est d'arriver au bout d'une compétition. Il va falloir restés concentrés jusqu'au bout. En tennis, il y a eu Roland-Garros. Plutôt Federer ou Nadal ? Les deux sont vraiment impressionnants, ils ont une telle régularité ! Je dirais Federer, puisqu'il est francophone. Je m'intéresse surtout aux joueurs français, qui sont assez performants, même si Roland-Garros ne leur réussit pas forcément. JUIN: "Savoir vivre ensemble, la force d'une équipe" Juin, c'était évidemment la Coupe du monde de foot, Knysna, les Bleus. Il y a d'abord eu l'épisode Anelka-Domenech, et ces insultes. Selon vous, est-ce indispensable de protéger le secret du vestiaire ? C'est essentiel. On ne sait pas précisément ce qu'il s'est dit mais, en tout état de cause, si ce qu'on a pu lire est vrai, ce n'est pas excusable du tout. Mais en même temps, cela ne doit pas sortir du vestiaire. Dans les journaux, cela prend une ampleur qui n'est plus maîtrisable. Lorsqu'il y a une situation de crise, c'est bien de la désamorcer, de savoir régler les conflits dans le groupe, avant d'en parler à l'extérieur. Très vite, il y a eu la grève, le bus. En tant que spectateur, qu'avez-vous pensé à ce moment-là ? On n'a pas trop compris. On était en Afrique du Sud au début de la Coupe du monde avant d'aller en Argentine. Réellement, à part les protagonistes de cette affaire, on ne saura jamais ce qu'il s'est passé à ce moment-là. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont donné une mauvaise image de leur sport, et ils l'ont payé par la suite. La réaction du public a été une réaction d'exaspération, suite à tous ces épisodes qui s'enchaînaient. Cette crise-là a entraîné chez eux une forte remise en question. Est-ce que cet épisode ne traduisait pas un manque de leader dans cette équipe, ou peut-être le fait que les leaders n'étaient pas les bons ? Je ne saurais pas dire. Il faut être dans le groupe, pour savoir qui est un vrai leader. Une image médiatique assez forte ne fait pas de vous un leader, ce n'est pas forcément compatible. Le public aimerait connaître les secrets du vestiaire, mais c'est ce qui fait la force d'une équipe, savoir vivre ensemble. Depuis ce moment-là, l'équipe de France de football n'a plus vraiment de capitaine, et se cherche un ou plusieurs leaders. Comment celui-ci doit-il émerger ? Avec le temps, même si ça peut aussi être un caractère trempé qui s'affirme d'entrée. Globalement, il faut une bonne entente avec l'entraîneur, et une certaine distance avec les évènements, car on peut vous demander votre avis sur tout, à tout moment, il ne faut pas être uniquement concentré sur le jeu. Il faut aussi avoir conscience de ses coéquipiers, savoir les mettre dans les meilleures dispositions. Quand on est simple joueur, on a juste à se concentrer sur sa performance, c'est plus facile à gérer. Lorsqu'on est capitaine, la performance de l'équipe passe avant tout. Est-ce qu'il faut beaucoup parler, ou peut-on simplement montrer l'exemple sur le terrain ? Quel est le plus important ? Je ne sais pas. Je me trouve un peu dans cette problématique avec l'équipe de France. On m'accorde le fait d'être exemplaire sur le terrain, mais on me reproche de ne pas être assez expansif. Je pense qu'il faut un mélange des deux. C'est un équilibre à trouver. Il faut surtout donner envie à ses coéquipiers d'avancer vers le même but. Comment avez-vous vu l'arrivée de Laurent Blanc ? Comme un nouvel élan ? Il y a toujours un nouvel élan quand il y a un nouvel entraîneur. J'étais un peu dégouté qu'il parte des Girondins (rires). C'est quelqu'un qui a montré qu'il avait des résultats. J'aime bien son tempérament, calme et lucide sur ses performances. Il ne se laisse pas emporter par le front médiatique. LIRE LA DEUXIEME PARTIE