Ils ont fait 2010: Teddy Riner

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Ils ont fait 2010: Teddy Riner
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Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. C'est au tour de Teddy Riner champion du monde de judo à Tokyo.

Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. C'est au tour de Teddy Riner champion du monde de judo à Tokyo. JANVIER Les handballeurs tricolores remportent l'Euro après les Mondiaux et le titre olympique. Qu'est-ce que cela vous inspire ? J'étais très content pour eux parce que c'est un véritable exploit. Parfois on a des équipes qui remportent un titre mondial mais l'année d'après ils perdent aux championnats d'Europe. Eux ils sont constants, ils ont l'air soudés, ce sont des guerriers, ils sont redoutés par les autres. Avez-vous pratiqué le handball ? J'y ai joué en EPS, c'était pas mal mais il y a trop d'aller-retour. En foot, ça va mais ce n'est pas pareil avec un ballon à la main, il y a les double pas, la zone... Mais quand je les regarde, je me vois bien avec eux ! C'est mon petit moment de rêve. En défense avec un Dinart, une autre armoire à glace ? Non, plutôt en attaque avec Nico (Karabatic, il rigole). On m'a toujours mis en défense, j'en ai assez. FEVRIER Les Français débutent le tournoi des VI Nations qui leur permettra de faire le Grand Chelem. Est-ce que vous suivez l'actualité du rugby ? Un petit peu. La première fois que j'ai découvert le rugby, l'ambiance d'un stade c'était durant la Coupe du monde 2007 organisée en France. J'ai vraiment adoré. J'avais vu jouer l'Afrique du Sud, le France-Argentine. J'ai adoré parce que les supporters sont à côté, ils se charrient mais tout en rigolant et ça se passe bien. Super ambiance. Et j'ai appris les règles car je ne les connaissais pas. Ça peut se rapprocher du judo dans la notion de force et technique. Qu'en pensez-vous ? Je ne peux pas vraiment répondre car je n'ai jamais essayé. Je sais qu'il y a beaucoup de contacts. Je n'ai jamais essayé même si on m'a dit que j'avais un bon physique pour jouer au rugby. Mais je suis dans le judo et ça se passe bien. Février, c'est aussi le tournoi de Paris qui est le premier gros tournoi de l'année ? C'est le commencement d'une saison, ce sont encore des mises au point mais elles ont intérêt à être bonnes parce que c'est à Paris, on est chez nous, il faut donner le meilleur devant Paris. Avec l'ambiance, les fans, les supporters et comment ils sont derrière nous, on n'a pas le droit de perdre à Paris. Ce qui est contradictoire, c'est que ce tournoi n'est pas un objectif en soi mais qu'il tient à coeur à tous les Français... C'est le plus beau tournoi du monde, tous les judokas le reconnaissent, ce n'est pas seulement le plus beau tournoi, c'est blindé de monde, les supporters sont là, c'est chaleureux, ils viennent voir du judo. "Je peux davantage me comparer à Nadal " Que pensez-vous du système de Grand Prix mis en place ? Jusque-là je trouve ça bien, j'aime bien ce système de ranking list. En revanche, je n'aime pas du tout le fait de pouvoir mettre deux judokas par catégorie sur les grandes compétitions, je ne le conçois pas. Après, je suis content que Mathieu (Bataille) ait obtenu du bronze aux Mondiaux de Tokyo mais je ne conçois pas car il n'y a plus la logique du numéro 1 français. Avant, si tu n'étais pas le numéro 1 tu ne faisais pas les championnats du monde. Là, on peut se dire je ne suis pas numéro 1, ce n'est pas grave, j'attends. C'est ça qui se produit, les gars n'ont pas à se battre. Les entraîneurs disent on ne va pas forcément en mettre deux mais dans les championnats, il y en aura deux car il y a plus de chance de médaille. MARS-AVRIL Franck Cammas qui remporte le Trophée Jules Verne, cela vous parle ? Non... Je ne suis pas trop. Ce n'est pas lui qui a remporté la route du Rhum ? Ça veut dire qu'il est vraiment bon, il poursuit ses exploits. Chapeau. Marseille remporte la Coupe de la Ligue, vous y étiez... J'étais venu au stade mais je suis parti très vite, c'était fou. Mon pote, c'est Marouane Chamakh mais quand ils ont perdu... On a vu la fin du match et on est parti. MAI-JUIN Rafael Nadal remporte le tournoi de Roland-Garros, qu'en pensez-vous ? Il était favori mais c'est beau. Les gens qui sont devant la télé pensent que c'est facile mais même si on a un petit don, ça ne vient pas comme ça, ça se travaille, c'est des heures d'entraînement, de difficultés, de prise de tête, de remise en question. Le sentiment de facilité, ça vous ressemble aussi. Quand vous arrivez sur un tournoi, on imagine que vous allez gagner... Je vais tout donner mais ce n'est pas dit que je vais gagner. Après, je comprends, moi-même quand je vois Nadal sur terre battue, je me dis qu'il va gagner. Tu es plutôt Nadal ou Federer ? Je vais dire Nadal car je suis jeune comme lui, il a fallu que je prenne ma place, je peux davantage me comparer à Nadal même si Federer est un très grand et très beau champion. Du peu que je connais, Federer c'est la technique et Nadal le mec qui ne lâchera rien à l'entraînement, c'est un acharné. JUIN-JUILLET On en arrive au football et à la Coupe du monde en Afrique du Sud, ça représentait quoi ? C'était un défi parce que j'entendais partout c'est la capitale la plus dangereuse, faut faire gaffe etc.. Mais ça s'est très bien passé, les gens ont été exemplaires, accueillants, je n'ai eu que des bons retours et surtout ça a été une très belle Coupe du monde. J'ai suivi la France, comme tout le monde, et ensuite un peu toutes les équipes même si j'ai rapidement deviné que l'Espagne allait gagner. Au tout début, je disais que ça allait se jouer entre le Brésil, l'Espagne, l'Argentine et l'Allemagne avec beaucoup de jeunes qu'on ne connaît pas trop. Mais l'Espagne a gagné et il n'y a pas eu photo. Pour en revenir à l'équipe de France, comment as-tu vécu cette élimination au premier tour ? Honnêtement, je m'attendais à mieux. Quand on regarde les individualités qu'on a en équipe de France... (Il réfléchit) Je pensais qu'ils iraient plus loin. Il faut oublier 1998, c'est une autre équipe, il faut leur laisser le temps d'apprendre à se connaître. Au passage, je trouve que Laurent Blanc fait du très bon boulot avec les jeunes. Non pas que Raymond Domenech n'ait pas fait du bon boulot, je ne connais pas et on ne sait pas ce qui se passe en vrai mais la nouvelle équipe me plaît bien. J'ai été les voir jouer en Angleterre et c'était beau. Ils ont joué au football. Cela nous amène au rapport avec un entraîneur. Il y a eu une cassure avec les joueurs. Est-ce transposable au judo ? C'est important d'avoir de bons rapports avec son entraîneur. Avant même d'avoir de bons rapports, il faut avoir confiance. Quand il va te dire il faut faire ça, le suivre quand il te dit c'est bon pour toi il faut faire un peu plus... Tu dis OK parce que tu as confiance, c'est le plus important. Cela veut-il dire qu'une absence de respect ne peut que mener dans le mur ? Ce qu'a dit Nico (Anelka) ça peut arriver à tout le monde. Combien de fois c'est arrivé sur un tatami de judo ! Nous on respecte parce qu'on a peur de nos entraîneurs mais je l'ai déjà entendu. Il n'y a pas un sport où il n'y a pas de confrontation directe avec le coach, ce n'est pas possible. J'en ai vu, j'en reverrai encore. On doit montrer l'exemple et garder notre sang froid mais ça peut arriver qu'il y ait des débordements, c'est normal. En revanche, pour moi, l'intimité du vestiaire ça veut dire qu'on est une équipe donc ce qui se passe dans le vestiaire reste dans le vestiaire. Ça n'aurait jamais dû sortir. Celui qui s'est permis de dire ça à un journaliste ne fait pas partie de l'équipe parce que justement il a détruit l'équipe. Or toutes les équipes qui gagnent sont soudées. On monte ensemble jusqu'à la finale. Vous aimez cette notion d'équipe dans un sport plutôt individuel. Comment l'expliquer ? C'est important parce que je lorsque je vais dans la chambre d'appel ou de la salle d'échauffement jusqu'à la salle de compétition, c'est un groupe qui se déplace il y a le coach, le kiné, le médecin, il y a des potes qui suivent un peu, parfois le manager ou le DTN, c'est un groupe jusqu'à la chambre d'appel et là il n'y a plus que le kiné et le coach. Ensuite je suis sur le tatami mais juste à côté il y a le coach qui me guide. Ensuite, il y a mes parents ou l'autre entraîneur qui est prêt à crier, c'est un tout. Il y a aussi le groupe France qui reste souvent ensemble et qui vient tous les jours dans la salle de compétition pour encourager les autres. Est-ce important ? C'est normal parce qu'avant cela, on est en préparation ensemble quand il y en a un qui souffre, tout le monde l'encourage même si on est dans notre match. Est-ce qu'on entend quand ça crie autour ? Bien sûr ! Celui que j'entends souvent c'est Dimitri (Dragin). Parfois en compétition quand j'étais mal, je l'entendais, je ne savais pas où il était mais je l'entendais. Il y a une fois au tournoi de Paris, je m'étais engueulé avec mon frère 3 jours avant, on se boudait et il m'avait dit qu'il ne viendrait pas, j'étais en demi ou en finale et j'avais du mal, un moment je me relève et je le vois et bien le combat derrière ce n'était pas pareil. Ce sont des petites choses comme ça qui peuvent faire la différence. LIRE LA DEUXIÈME PARTIE