Ils ont fait 2010: Teddy Riner (2e partie)

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Ils ont fait 2010: Teddy Riner (2e partie)
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Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. C'est au tour de Teddy Riner champion du monde de judo à Tokyo.

Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. C'est au tour de Teddy Riner champion du monde de judo à Tokyo. AOUTLes équipes de France de natation et d'athlétisme ont brillé. Avez-vous pu le voir ? J'ai suivi. A chaque fois qu'on revenait dans la chambre il y avait une nouvelle médaille. J'espère qu'ils ne vont pas rester sur un gros championnat d'Europe mais qu'ils vont pouvoir enchaîner sur les « Monde ». Ils nous ont montré de belles choses mais on les attend au tournant. Que retenez-vous avec le recul des Mondiaux de Tokyo ? Je suis très fier de ce que j'ai fait, j'avais mis beaucoup d'énergie pour préparer ces championnats du monde, je voulais 2 médailles, il y en a eu 2 même si le dernier jour il y a eu de l'argent. Avec le recul je suis content de moi parce que j'ai beaucoup travaillé, j'ai mis les ippons que je voulais, je me suis vraiment exprimé pendant ce championnat. Maintenant, j'ai envie d'aller de l'avant, d'aller chercher d'autres médailles. Cette fameuse finale contre Kamikawa avec la perspective d'être le premier à 5 titres vous reste-t-elle en travers de la gorge ? Non parce que le premier à 5 titres ça peut aussi se faire l'année prochaine à Paris. J'ai 21 ans, je suis 4 fois champions du monde, j'en connais pas beaucoup d'autres. Ça permet de souffler, de se dire que c'est pas mal et que je vais prendre mon temps. Vous parlez des Mondiaux à Paris, vous aimez beaucoup Bercy, qu'est-ce que cela vous inspire ? On va prendre la température en février à Paris et ensuite on verra en août pour les championnats du monde. Je ne connais pas encore, c'est la première fois que je vais connaître un championnat du monde à Paris où je vais être athlète. Ça va être un peu comme le Tournoi de Paris, il y aura ma famille, mes amis, énormément de monde, je n'y suis pas encore mais je n'ai pas envie de décevoir, je vais faire une très très grosse préparation. L'idée c'est de tout donner pour ne pas avoir le moindre regret. Je pars du principe que si je donne tout, je n'ai pas à m'en vouloir ou à avoir honte de quoi que ce soit. "Pour rien au monde je n'échangerai ma vie" Est-ce que vous pouvez nous parler de la concurrence ? On me pose souvent cette question... En fait, on me demande souvent: « lequel est le plus fort ? » Je réponds : « tous, ils sont tous forts, le niveau chez les lourds il est très élevé, ça peut aller très vite dans cette catégorie. Tout le monde a quelque chose de gênant, soit ils sont trop costauds, gaucher bien décalé, droitier, avec un judo des pays de l'est... Certains sont plus durs que d'autres, mais je fais vraiment attention à tous les adversaires et c'est à moi d'être le meilleur. En dehors des tatamis c'est bonjour mais en compétition c'est la rivalité, c'est la gagne. SEPTEMBRE Le Mondial de basket amène deux questions. La première sur la compétition, avez-vous suivi ? Oui, ils avaient été jusqu'en huitièmes de finale. J'avais bien aimé parce qu'il y avait Antoine Diot qui était à l'Insep avec moi. Il avait sa place dans l'équipe parce que Parker n'était pas là et donc j'avais bien suivi. Quand une compétition débute comme ça en tant que sportif on dit : ils vont le faire. Même s'ils n'ont pas été au bout, ils font rêver et vibrer parce qu'ils ont tout donné. L'équipe de France a été privée de plusieurs joueurs NBA à cause des clubs ou pour privilégier la signature de contrats. L'équipe de France doit-elle être au-dessus de tout ? Ils ont montré, non pas qu'ils n'avaient pas besoin d'eux, mais qu'ils étaient capables de jouer sans eux. Et le rapport au maillot de l'équipe de France ? Peut-on refuser une sélection ? Non, pour moi, ça ne se refuse pas. Après, ce n'est pas pareil, il y a des contrats, tu appartiens à un club qui a dépensé de grosses sommes, tu n'as pas ton mot à dire et c'est dommage. Il faut aussi penser à la personne, si elle est fatiguée, il ne faut pas se blesser. La NBA, c'est le top niveau, ça s'enchaîne. Après c'est pareil en foot, ça s'enchaîne aussi et ils viennent... C'est le monde pro, je ne connais pas très bien. L'argent arrive aussi dans le judo. Qu'est-ce que cela peut changer ? Certains vont faire plus de compétitions ! (Il rigole) Ça ne change rien parce que nous avons un code moral et que ce ne sont pas encore les sommes du foot. Donc ça va. Si les sommes augmentent ? Je ne sais pas. On verra. L'Insep, ça reste une période importante ? C'est dur à décrire parce qu'il y a tellement de choses qui se passent. Demain on me dit je vais mourir repense à des moments forts de ta vie, il y aura beaucoup de moment à l'Insep parce que j'ai passé 7 ans de ma vie là-bas à m'entraîner à vivre en communauté avec plein de sportif, à apprendre à se connaître à se donner rendez-vous-même avec des heures d'entraînement décalées juste pour manger ensemble, échanger, rigoler. Ou même t'as besoin d'un service, de n'importe quoi, c'est beau, c'est une famille. Pour rien au monde je n'échangerai ma vie. Même si j'avais un génie qui me proposait 5 milliards, une femme, un titre olympique, je garde ma vie et mes souvenirs et je fais ma vie tranquillement. Je remercie ma famille parce que c'est beau ce qui m'arrive, c'est une chance. Je suis vraiment content d'avoir côtoyé ce monde-là après je suis content d'avoir réussi, d'avoir des médailles, mais juste d'être sportif, d'être à l'Insep, de voyager, c'est énorme. OCTOBRE Octobre, c'est le titre de Sébastien Loeb (Il coupe) 7 fois champion du monde. Magnifique. Il égale dans le sport auto Michael Schumacher et il peut entrer dans le panthéon. Huit fois, il peut le faire. C'est beau les défis, les records, c'est le sport. Ça va être dur de le battre avant un moment. Les voitures, ça vous a toujours plu ? Tout petit dès que j'entendais un bruit de voiture je me retournais. J'avais un oncle fan de voiture donc j'ai un peu baigné dedans. Lui-même avait une voiture de tuning qui faisait un bon bruit. Comment expliquer que Loeb ait une telle popularité en pratiquant un sport qui n'est finalement pas si médiatisé que ça ? Parce qu'il est humble, c'est un beau champion. Il est là, il fait son sport tranquille et ça marche. NOVEMBRE Pour continuer dans le monde de la voiture, on en arrive au premier titre de champion du monde de F1 pour Sebastian Vettel, le baby-Schumi. Avez-vous suivi la saison ? Avant tous les dimanches avec mon père, j'y avais droit. Depuis qu'il n'y a plus Schumacher, j'aimais bien aussi quand il y avait Jacques Villeneuve. Je suis beaucoup moins, j'attends la fin de la course parce que j'ai moins le temps qu'avant. Une année j'avais regardé avec les voitures blanches, les Brawn GP, j'avais bien aimé. "A l'entraînement, tu dépasses tes limites" DECEMBRE L'attribution des Mondiaux 2018 à la Russie et 2022 au Qatar, qu'est-ce que cela vous inspire ? Le Qatar va redonner ses stades à des pays pauvres, rien que pour ça, ça me plaît. Cela va permettre à des pays qui n'ont pas assez d'argent d'avoir des stades quasiment neufs. Pour ce qui est de la chaleur, je ne sais pas comment ça va se passer. Vous avez été en stage en Aise pendant 3 semaines, qu'en ressortez-vous ? J'ai été en Corée et au Japon, cela a été un très bon stage car c'est la première fois que j'allais en Corée et j'ai trouvé qu'ils étaient très forts sur les mains donc c'était très positif pour moi. J'ai tout de suite demandé à l'entraîneur de le refaire car j'ai trouvé ça très bénéfique. Ensuite, ça s'est très bien passé au Japon, à Tokyo. A quoi cela sert un stage à l'étranger ? A trouver de la diversité des partenaires parce qu'en France on a de bons partenaires mais avec le temps il y a forcément une forme de routine qui s'installe alors que là on trouve des droitiers, des gauchers qui ont des formes différentes de judo et qui nous mettent en difficulté, ça permet de travailler et d'élever mon niveau. Qu'est-ce qu'il faut montrer et cacher aux adversaires à l'entraînement ? Il ne faut pas trop gérer, il faut se faire plaisir, voir ce qui l'alerte, voir quelle technique pourrait passer en compétition mais plus globalement il faut se faire plaisir et oser car la compétition et l'entraînement ce sont deux choses différentes. A l'entraînement, tu dépasses tes limites, tu es à la recherche de nouvelles techniques de nouvelles façons d'amener le ippon et t'as pas de pression rien à calculer. En compétition, il y a plein d'athlètes que je vois, que je connais qui sont meilleurs à l'entraînement mais ce ne sont pas les mêmes judokas en compétition car il y a la pression et plein de choses qui entrent en ligne de compte. Quel sera ton programme pour 2011 ? Le Masters en janvier avec les 16 meilleurs mondiaux avant d'enchaîner sur le Tournoi de Paris en février. On verra après quelle compétition je vais faire. LIRE LA PREMIERE PARTIE