Ils ont fait 2010: Christophe Lemaitre

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Ils ont fait 2010: Christophe Lemaitre
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Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. Après Cammas et Dusautoir, place à Lemaitre.

Qui dit fin d'année dit bilan. Et à l'heure des bilans, la rédaction a choisi de donner la parole à plusieurs sportifs français qui, à un degré ou un autre, ont marqué l'année sportive 2010. L'occasion pour eux d'évoquer leur discipline, mais également de revenir sur les événements qui les ont marqués au cours de ce millésime particulièrement riche. Après Cammas et Dusautoir, place à Lemaitre Entre les records de France du 100 et 200m, le chrono en dessous des 10 secondes et vos trois titres aux Europe de Barcelone, quelles sont les performances de votre année 2010 que vous retiendrez plus particulièrement ? Je dirais les deux records de France, parce que le premier, je l'ai établi sur le 100 mètres, en descendant pour la première fois sous les 10 secondes (9"98 le 9 juillet à Valence lors des Championnats de France, ndlr). Le chrono, finalement n'est pas le plus important dans tout ça mais c'est le fait de passer sous cette barrière des 10 secondes. Ça m'a permis de franchir le premier pas pour commencer à faire partie des meilleurs mondiaux dans la discipline. Et puis il y a le record du 200 m (20"16), le lendemain de la finale du 100. C'est la belle surprise. Pendant deux saisons, je n'avais pas beaucoup privilégié le 200, j'ai dû en faire, je ne sais pas 4 ou 5, ce n'est vraiment pas énorme et là je passe de 20"56 à 20"16. Franchement c'était une grosse surprise, en plus un record qui datait de plus de 20 ans (1) Finalement, avez-vous choisi entre le 100 et le 200 m. On oublie parfois que vous avez éclaté sur le demi-tour de piste ? C'est vrai que j'ai été champion du monde juniors du 200 m en 2008 (comme Teddy Tamgho en triple saut, ndlr). Avec mon gabarit et ma technique, je suis plus sur un profil de coureur de 200 mais je ne me suis pas spécialisé sur la distance. J'ai continué à faire les deux et j'ai également du potentiel sur 100 m, le fait de descendre sous les 10. Je ne me suis pas encore fixé, je ne sais pas si je le ferais mais c'est sûr, je vais continuer sur les deux distances dans les années suivantes. En grand championnat, même si je préfère le 100 m, il y a plus de chances que l'on me voit sur 200 car c'est là que j'aurais le plus de possibilités de faire des médailles. Revenons sur cette barre mythique des 10 secondes que vous avez franchie sur 100 m. Avez-vous bien conscient qu'il s'agit de quelque chose d'extraordinaire ? Il ne faut pas en faire une montagne, non plus. On a bien vu par exemple la différence qu'il existait avec la concurrence au Meeting de Saint Denis au mois de juillet. Je fais 5e en 10"09 et même avec mes 9"98, il y a encore un gros écart avec les cadors mondiaux comme Bolt, Powell et les autres. Ce 100 m de Valence n'était qu'une étape, et je sais aujourd'hui la marge que j'ai à rattraper. Passer en dessous des 10 était nécessaire pour avoir l'ambition de faire partie du gratin. Avant les France, J'étais toujours régulier autour des 10"10, je savais de toute façon que j'avais le potentiel pour aller en dessous. J'avais les jambes, il fallait simplement que tout soit réuni: des bonnes conditions météos, de bonnes jambes et être en forme le jour J. A Valence, je ne fais pas une course techniquement parfaite, c'est disons, assez bien. Au vu de la progression que j'avais connue les années précédentes, c'était inévitable que je fasse mieux que mais je ne savais pas exactement quand. "Je ne m'en sers pas pour frimer" Vous êtes le premier athlète blanc à avoir réalisé cette performance. On vous a justement senti un peu irrité à ce propos. Pourquoi ? Même si ce détail m'embête un peu, et qu'on ait souvent parlé de ça, le fait est là, il est incontestable. C'est comme ça et je fais avec. Ce qui m'a le plus ennuyé, c'est que l'on a plus commenté le fait que j'étais le premier athlète blanc à franchir la barre des 10 secondes que la performance en elle-même. Pour un Français, passer sous les 10 secondes, c'est quand même quelque chose de très grand. Le sprint français n'a pas l'habitude de ce genre de performances. il a fallu attendre 5 ans après Ronald Pognon (9"99) pour le refaire. Ça m'a le plus attristé. En tout cas, dans les manuels d'histoire du sport, votre nom sera gravé éternellement... Oui mais je n'y pense jamais. On me l'a mis dans la tête, à cause des medias et tout ce qu'il y a eu autour. Comme je le disais, j'ai fait avec et je le vis très bien, ce n'est pas quelque chose que je rabache. Je ne m'en sers pas pour frimer, en fait je n'en parle jamais. On m'en parle quand même moins aujourd'hui et tant mieux. Comment faire désormais pour être régulier en dessous de 10 secondes ? J'ai encore beaucoup de choses à travailler, car je suis très perfectible, je n'ai que cinq ans d'athlétisme derrière moi. Actuellement, je fais pas mal de séance de musculation et d'aérobie pour améliorer l'endurance et tenir les saisons. Je dois travailler aussi sur les techniques de sprint. La saison indoor approche et avec mon entraîneur Pierre Carraz, on va travailler les départs car c'est mon point faible. Aux Championnats d'Europe de Barcelone, ce n'était vraiment pas terrible. "Je suis très mauvais perdant" Malgré l'écart qui existe avec Bolt et les autres, croyez-vous qu'en 2011, selon les conditions d'une course, vous pouviez en accrocher un ? J'ai encore deux bonnes années devant moi, en comptant celle qui arrive, où je devrais encore continuer à progresser. On verra après comment cela se passera, ça se jouera sur des petits détails. Il y aura aussi des périodes où, inévitablement je vais stagner, ce sont des choses qui arriveront forcément. Pour l'instant j'en profite A savoir maintenant si je peux les battre, je ne peux pas aujourd'hui prétendre. Je suis toujours perfectible et il me manque, c'est très important, l'expérience des grosses bagarres dans les gros meetings de niveau mondial. J'ai besoin de cet acquis pour être à l'aise dans ces moments-là de grosse tension et puis comme je l'ai dit, je vais essayer de profiter de ma marge de progression pour arriver aux JO de 2012 et remplir l'objectif, à savoir décrocher une médaille olympique. A priori sur 200 mais à voir quand même... Cinq ans à peine après avoir débuté l'athlétisme, vous passez deux fois sur les 10 secondes et vous raflez trois titres européens. Quel genre de surdoué êtes-vous ? Le sprint c'est forcément une question de don. Quand on regarde la super puissance de Bolt ou Powell, ils sont aussi naturellement bien dotés. Et bien sûr beaucoup de travail comme Tyson Gay peut le faire. Mais à la base, ce n'est pas très compliqué. Soit on court vite, soit on ne court pas vite. Je pense que je tire ma vitesse de mon mental et de mon caractère. Je suis très mauvais perdant dans l'âme. Dans une course, ça aide énormément à se dépasser pour éviter la défaite. Quand je suis dominé, je me dis qu'il faut que je le rattrape à tout prix, que l'aille le plus vite, que je donne tout. Le fait que je puisse me dépasser, m'aide à être là dans les grands moments et rester dans ma course, et ne pas me crisper. Ma réussite, je la dois bien sûr au travail réalisé avec mon coach sur les cinq dernières années. J'ai eu à supporter de grosses charges de travail mais sans que cela use mon organisme. On a aussi insisté sur les étirements pour éviter les blessures et ne pas prendre de retard sur mon plan de travail. LIRE LA DEUXIEME PARTIE