Il était une F1 en Inde

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Il était une F1 en Inde
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F1 - Le circuit de Buddh, près de New Delhi, accueille dimanche le premier Grand Prix d'Inde.

Avec les victoires à répétition de Sebastian Vettel (Red Bull), déjà sacré champion, la F1 a follement manqué d'originalité en 2011. Ce ne sera pas le cas du Grand Prix de dimanche. Sans préjuger du résultat, cette antépénultième épreuve de la saison va en effet se tenir dans un cadre inédit, sur le circuit de Buddh, situé à une cinquantaine de kilomètres de New Delhi, la capitale de l'Inde.

A l'instar d'autres circuits construits récemment, l'ouvrage de l'Allemand Hermann Tilke semble surgi de nulle part, au beau milieu de la campagne. Pour le construire, les promoteurs du Grand Prix ont dû acheter les terres aux agriculteurs locaux, qui ont par la suite contesté la somme des indemnisations qu'ils ont reçues...

Mark Webber présente le circuit en 3D :

Si l'Inde est pour la première fois à l'honneur ce week-end, c'est d'abord parce que le "F1 circus" le veut bien. "L'Allemagne paie 20 millions d'euros pour organiser un Grand Prix quand les nouveaux pays, comme Singapour ou Abu Dhabi, en proposent trois fois plus", explique Dominique Bressot, qui couvre la F1 pour Europe 1 depuis 1979.

L'Inde ne fait confirmer qu'une tendance : la F1 penche désormais à l’Est. Ces dernières années, les Grands Prix de Malaisie, Chine, Singapour, Corée du Sud et Abu Dhabi sont venus s'ajouter au Japon au calendrier annuel. Au risque, même, de priver certaines patries historiques du sport automobile de leur Grand Prix national. La France, qui n'accueille plus de course, en sait quelque chose...

Des marchés à conquérir

Si Bernie Ecclestone, le grand argentier de la F1, voit d'un bon œil ces courses dans des contrées exotiques, c'est aussi le cas des constructeurs. Après Porsche et Ducati, qui ont été les premières marques automobiles de luxe à s’installer en Inde, Ferrari devrait prochainement s'y implanter. Et Mercedes souhaite y créer une académie de pilotage. "Chaque endroit que nous visitons est important pour la F1 et pour nos partenaires, dont la plupart sont considérablement impliqués en Inde et qui sont ravis par la perspective de ce GP inaugural", souligne ainsi Martin Whitmarsh, le directeur de l'écurie McLaren.

Spectateurs en Inde (930x620)

© REUTERS

Car si une grande partie des Indiens continue de souffrir de malnutrition, la couche supérieure de la société est, elle, d'une richesse inouïe. Et un faible pourcentage de plus d'un milliard d'habitants, cela reste un énorme marché. La logique vaut aussi dans le sens inverse. Le constructeur automobile indien Tata entend ainsi surfer sur ce Grand Prix à domicile pour nouer des contacts et vanter sa marque en vue de toucher le marché européen... 

La F1 comme symbole de croissance

Si ce Grand Prix de F1 en Inde peut profiter, à terme, aux entreprises locales, c'est aussi et surtout une formidable vitrine pour le pays. "La F1 est en partie le symbole de la croissance économique de l'Inde ces deux dernières décennies", explique Askari Zaidi, le vice-président de JPSI-sports, constructeur du circuit, qui a investi 400 millions de dollars dans ce projet (280 millions d'euros). "Ces dix dernières années, l'expansion (de la F1) s'est faite en Asie. Or l'Inde est un pays majeur d'Asie."

Adrian Sutil en Inde (930x620)

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Avant que ce Grand Prix d'Inde ne voie le jour, c'est Force India qui était l'image du pays en F1. Lancée en 2008 et propriété du richissime homme d'affaires Vijay Mallia, l'écurie est actuellement sixième du classement des constructeurs. "Il s'agit d'un pas en avant majeur pour le sport automobile en Inde et pour le sport en général dans notre pays", confie celui qui possède également une compagnie aérienne. "Nous attendons ce moment avec une immense impatience." Grand jour pour l'écurie Force India, ce premier Grand Prix d'Inde de l'histoire le sera également pour Narain Kathikeyan, seul pilote indien titulaire cette saison en F1, sur la modeste Hispania Racing.

Les Etats-Unis et la Russie à venir 

Après avoir roulé sur cette "nouvelle route des Indes", comme le dit joliment L'Equipe ce vendredi, d'autres pays vont faire leur arrivée ou leur retour dans les saisons à venir. Les Etats-Unis, à l'histoire contrariée avec la F1, auront leur Grand Prix au Texas l'an prochain et un près de New York en 2013. Enfin, en 2014, la Russie aura son épreuve à Sotchi, où auront lieu les JO d'hiver quelques mois plus tôt. 

"Effectivement, il y a la Russie, un des derniers pays à conquérir", souligne Dominique Bressot. " Peut-être que la F1 aimerait revenir aussi en Afrique du Sud pour pouvoir dire : on est sur tous les continents." En attendant, la F1 va devoir se contenter de rouler pour la première fois dans un immense pays, le 7e en superficie, le 2e en population et qui peut se vanter d'une croissance aux alentours de 8%. C'est déjà ça.