Heulot: "Je crois en nos qualités"

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Heulot: "Je crois en nos qualités"
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Durant toute la durée du Tour de France, la rédaction a choisi de vous faire vivre la course à travers l'équipe Saur-Sojasun qui dispute sa première Grande Boucle. Pour cette première chronique, la parole a été donnée à Stéphane Heulot. L'ancien coureur, qui a porté le maillot jaune sur le Tour 1996, est revenu sur son rôle de manager général et sur ses ambitions pour les trois semaines à venir.

Durant toute la durée du Tour de France, la rédaction a choisi de vous faire vivre la course à travers l'équipe Saur-Sojasun qui dispute sa première Grande Boucle. Pour cette première chronique, la parole a été donnée à Stéphane Heulot. L'ancien coureur, qui a porté le maillot jaune sur le Tour 1996, est revenu sur son rôle de manager général et sur ses ambitions pour les trois semaines à venir. Stéphane, dans deux jours, c'est le départ du Tour. Une grande première pour votre équipe Saur-Sojasun. Comment sentez-vous vos coureurs ? Plutôt zen. J'avais peur que la présentation déclenche une excitation, une certaine impatience, mais non. Ça s'est passé de manière relativement limpide. On a fait ce que l'on avait à faire, de façon détendue. La veille, c'est toujours un peu long, mais les coureurs vont dormir, s'entraîner, afin d'arriver frais samedi matin pour la première étape. Est-ce difficile à gérer pour un coureur, cet avant-Tour ? Tous les coureurs sont un peu dans l'attente. Ils sont impatients de savoir quelles seront leurs sensations lors des premiers jours de course. Comment cela va se passer dans le peloton ? Quelle nervosité il va y avoir ? Va-t-il y avoir des chutes ? Il y a toujours des risques en début de Tour. On se demande toujours comment cela va se passer, comment va être le public. Comment prépare-t-on un Tour de France lorsque l'on est manager général. Chaque coureur a-t-il un rôle clairement défini ? On a établi une stratégie jeudi avec mes adjoints (les directeurs sportifs de Saur-Sojasun, Lylian Lebreton et Nicolas Guillé). On l'a affinée vendredi et on va essayer de bien la présenter aux coureurs avec qui on a un briefing dans la soirée. C'est clair que l'on a un leader unique qui est Jérôme Coppel. Derrière lui, on a des coureurs qui ont un rôle spécifique de l'accompagner, de le protéger tout au long du Tour. On a aussi d'autres coureurs qui auront des opportunités à saisir sur certaines étapes. Donc chacun a effectivement un rôle bien précis. "Forcément, tout le monde se voit plus beau qu'il n'est" Vous avez connu le Tour en tant coureur et en tant que manager général. En quoi cela change-t-il ? On ne peut pas faire grand-chose en tant que manager. On est tout le temps en train de réfléchir. C'est très difficile d'agir sur la course, seuls les coureurs peuvent le faire. C'est un stress passif. On subit les choses. Mais ce qui est sympa, c'est qu'on ne pense plus qu'à pédaler pour soi. On doit s'occuper de neuf coureurs, sans parler du staff. Je suis concentré sur les gars et plus sur moi-même. Vous avez dû choisir neuf coureurs de votre équipe pour le Tour de France. Etait-ce difficile et quels ont été vos critères ? (Stéphane Heulot a notamment choisi de se passer des services du sprinteur Jimmy Casper) Difficile, ça l'a été. Ça été une nouvelle étape que j'ai découverte dans mon rôle de manager. Ça n'a vraiment pas été la plus simple. La première que j'avais déjà dû passer fut au moment du renouvellement des contrats. Ça a été assez dur, car on a presque droit de vie ou de fin de carrière sur un coureur. Ça n'est pas évident. Il faut vraiment avoir des arguments pour le faire. Et la deuxième, c'est donc de faire un choix de neuf coureurs parmi vingt-trois pour participer à la plus belle course du monde. Forcément, tout le monde se voit plus beau qu'il n'est. Tout le monde n'a pas forcément compris la stratégie que l'on voulait mettre en place et par conséquent, ça génère beaucoup de déception. D'autant plus que l'écart entre les coureurs est rarement très éloigné. Ça reste une intuition. Après, cela repose sur deux critères: la cohésion sociale, comment les gars se comportent dans le collectif, entre eux, dans la vie de tous les jours ? Il faut ressentir du plaisir à être ensemble, car on va partager presque un mois ensemble. Il va y avoir des hauts, mais aussi certainement des bas. Comment nous allons remonter la pente quand on nous sommes au plus bas ? Et il y a aussi bien sûr les capacités athlétiques des uns et des autres par rapport au parcours. On a un menu et il faut l'ingérer. Il y a pas mal de jeunes coureurs dans votre équipe qui participent à leur premier Tour de France. Etait-ce un choix délibéré de votre part ou n'avez-vous pas eu le choix ? Non, car on ne m'a jamais sorti d'étude m'affirmant qu'il fallait impérativement avoir fait deux, trois, quatre, cinq Tours de France pour être performant. L'expérience compte, mais je n'en tiens pas forcément compte. J'ai quand même beaucoup de coureurs qui ont fait beaucoup d'autres Grands Tours. Ils savent comment ils peuvent évoluer sur trois semaines de course. Après, il faut apprendre à gérer le raz-de-marée médiatique qui entoure le Tour de France, les enjeux qui diffèrent forcément du Giro ou d'une Vuelta. On aura les qualités et les lacunes de notre jeunesse. Mais je crois plus en nos qualités.