Havret: "Je suis très fier d'être là"

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Havret: "Je suis très fier d'être là"
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Seul Français à participer cette semaine au Masters, un droit qu'il a gagné à la faveur de sa deuxième place à l'US Open l'été dernier, Grégory Havret ne boude pas son plaisir depuis son arrivée à Augusta devant cette ferveur que suscite le premier tournoi du Grand Chelem de l'année. S'il est conscient que l'expérience est irremplaçable sur ce parcours, le Français ne désespère pas de tirer son épingle du jeu comme l'année dernière à Pebble Beach.

Seul Français à participer cette semaine au Masters, un droit qu'il a gagné à la faveur de sa deuxième place à l'US Open l'été dernier, Grégory Havret ne boude pas son plaisir depuis son arrivée à Augusta devant cette ferveur que suscite le premier tournoi du Grand Chelem de l'année. S'il est conscient que l'expérience est irremplaçable sur ce parcours, le Français ne désespère pas de tirer son épingle du jeu comme l'année dernière à Pebble Beach. Vous vous apprêtez à disputer votre premier Masters. Cela vous empêche-t-il de dormir depuis votre arrivée à Augusta ? Je dors très, très bien. Je me rappelle avoir déjà très bien dormi à la veille de mon dernier tour avec Tiger Woods à Pebble Beach, lors de l'US Open 2010. Là-dessus, il n'y a aucun souci, je n'ai pas de problème de somnolence. Il y a juste un énorme orage cette nuit (ndlr, dans la nuit de lundi à mardi) qui fait que j'ai été réveillé deux-trois fois. J'ai bien encaissé le décalage horaire. Finalement, on est assez habitué à bien les gérer avec nos carrières. Tout va bien. Après, c'est sûr que le monde et cette effervescence qu'il y a autour de ce tournoi sont peu communs, et ça peut déranger parce qu'on se sent tellement épié, tellement regardé, tellement demandé. C'est quelque chose de totalement différent du British Open ou de l'US Open. Il y a une ferveur absolument incroyable ici. C'est la seule chose qui n'est pas simple à gérer. Lundi, je crois qu'il y avait plus de 50 000 personnes sur le parcours pour une journée d'entraînement ! C'est vraiment l'événement que tout le monde veut voir, que tout le monde veut vivre. Et être acteur de ça, être l'un des 100 mecs à jouer, ça a une touche assez particulière. Est-ce une consécration pour un golfeur de disputer le Masters ? Y être, je ne dirais pas que c'est la consécration. Maintenant, c'est évidemment quelque chose dont je suis fier. Je ne suis pas sûr que dans l'histoire il y ait dix Français à y avoir participé. Donc, ça me fait extrêmement plaisir. Mais, très sincèrement, ce qui peut être considéré comme une consécration quand on est golfeur professionnel, c'est plus de gagner un Majeur, quel qui soit. Après, si on peut faire un choix, je dirai que le British et le Masters sont en tête de gondole même si les deux autres sont tout aussi magiques. Seulement jouer ici et rentrer après deux tours, avec deux 78, ce n'est vraiment pas une consécration ! C'est vrai que c'est un passage dans ma carrière dont je suis fier. Je suis très fier de participer à ce tournoi qui sort vraiment de l'ordinaire. Il faut le voir pour le croire. Mais j'ai envie de bien jouer ici. Et si ce n'est pas cette année, j'espère qu'un jour je réussirai ici. Et si je pouvais me régaler autant que l'an dernier à l'US Open, là ça serait le pied intégral. "L'US Open m'a apporté cette assurance que tout peut arriver au golf" L'objectif est de bien jouer. C'est-à-dire de seulement passer le cut ? J'ai plusieurs objectifs. Le minimum, oui, ça va être de passer le cut. Si je ne joue pas le week-end prochain, je serai déçu et l'objectif ne sera pas rempli. Si je fais seulement le cut, ça sera pas mal. Si je fais dans les 16 premiers, ce qui me requalifierait pour l'an prochain, là ça serait super. Les dix premiers, ça serait vraiment extraordinaire. Après, comme l'an dernier à l'US Open, si j'ai un coup à jouer en haut de l'affiche, accrocher un podium voire mieux, je ne manquerai pas de tout faire pour saisir cette occasion. Cet US Open m'a apporté cette assurance que tout peut arriver au golf. Malheureusement, je sais que ça peut arriver dans les deux sens donc on verra bien. Comment retrouver l'état de grâce de l'été dernier à Pebble Beach ? Comment ? Simplement, en faisant des bons choix, en jouant bien au golf. C'était une période où je jouais très bien. Il faut pouvoir s'appuyer sur une bonne qualité de jeu. Et ne pas faire d'erreurs. Je crois que l'an dernier, sur les 72 trous de l'US Open, on a vu avec mon caddie que l'on avait fait qu'une seule erreur qui m'avait couté un point. Donc on avait vraiment optimisé le côté stratégique du tournoi. Et c'est probablement grâce à ça que j'avais terminé deuxième. J'avais vraiment été bon à ce niveau-là. Pour le reste, j'avais bien joué mais ça n'avait rien de transcendant. Ce n'est pas comme si j'avais l'impression de jouer au golf comme jamais auparavant. Par contre, les choses avaient été bien gérées, bien vues, bien pensées. Il faudrait appliquer la même chose au Masters. Mais c'est loin d'être évident ici, moins que ça ne pouvait l'être à Pebble Beach, un type de parcours que nous, Européens, avons plus l'habitude de jouer. C'était un jeu qui m'était familier. Ici, ça ne l'est pas. Après un mois de février encourageant en termes de jeu, vous avez connu une baisse de régime en mars. Où en est votre jeu à la veille du premier tour ? Je suis arrivé ici sans très bien jouer. Et lundi et mardi, c'était plutôt mieux. C'est un parcours très compliqué où finalement le grand jeu ne pèse pas autant dans le score qu'en général sur tous les autres parcours. C'est plutôt ce qui se passe autour et sur les greens qui va vraiment définir la semaine. A moi de bien comprendre le parcours, bien comprendre les pièges et surtout à bien les éviter. "C'est très compliqué de bien putter ici" Si le putting sera l'une des clés, êtes-vous confiant dans ce secteur de jeu ? Sincèrement, c'est très compliqué de bien putter ici. Il faut vraiment être habitué à jouer sur des greens qui vont aussi vite que ça. Il y a peu de joueurs qui sont habitués à ça. Mais les Américains ont un petit avantage là-dessus puisqu'ils sont habitués à rencontrer ce genre de vitesse de greens. Après, il y a vraiment des greens torturés, à l'image des links écossais ou britanniques. C'est assez impressionnant, je ne pensais pas que c'était à ce point. On m'a expliqué rapidement: quand Bobby Jones a dessiné ce parcours, il était fou amoureux de Saint-Andrews donc il a essayé de mettre une patte un peu britannique dans ce parcours et ça se ressent vraiment. Donc ce n'est pas évident de bien putter dès la première année, voire les deux ou trois premières années où on joue un Masters parce qu'on ne sait vraiment pas où et comment jouer. Avez-vous pris conseil autour de vous ? Oui, je suis allé à la pêche aux informations avec tous les caddies et tous les joueurs que je connais pour avoir une idée un peu plus précise de la chose. J'ai pas mal discuté avec Thomas Levet, avec Jose Maria Olazabal. J'ai joué avec Jerry Kelly et Steve Stricker lundi qui ont été assez sympas et m'ont donné deux-trois conseils. Mais ça reste assez bluffant. Parfois, on est à cinq mètres du trou et on ne sait pas s'il faut jouer à droite ou à gauche, vite ou non. C'est vraiment l'expérience qui va faire que l'on putte bien ou non. Là-dessus, je ne vais probablement pas marquer beaucoup de points. Mais je vais me battre avec d'autres armes. Le golf, c'est aussi une question de confiance. La victoire de Raphaël Jacquelin dernièrement peut-elle aussi aider à se libérer ? Il y a de bons résultats depuis le début de l'année. Moi, ce n'est pas trop mal. Jean-Baptiste Gonnet fait un super début de saison et a depuis longtemps assuré sa carte pour la saison prochaine. Et Raphaël qui gagne, ce qui n'était plus arrivé depuis novembre 2009. Ça fait du bien. Est-ce ça donne confiance ? Oui, forcément. Ce que je retiens d'une victoire d'un copain comme celle-là, c'est que j'ai partagé ma partie d'entraînement avec lui et qu'il n'a pas forcément été meilleur que moi... On ne l'avait vu venir dans le sens où Raphaël joue tout le temps très bien, c'est un joueur très régulier, extrêmement sérieux, qui est très appliqué. Cette victoire, entre nous, on savait que ça arriverait un moment ou un autre. On est même étonné que ça ne soit pas arrivé plus tôt après ses deux premières victoires sur le circuit. On sait qu'il y en aura d'autres. C'est un grand joueur de golf. Et personnellement, ça fait plaisir de pouvoir s'appuyer sur la victoire d'un copain avec qui on peut s'étalonner. Ça nous aide à construire un peu plus nos parties derrière. De là à savoir si ça va faire la différence, je n'en sais rien.