Havret: "Content mais..."

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Havret: "Content mais..."
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Comme Jean Van de Velde (1999) ou Thomas Levet (2002) avant lui au British Open, Grégory Havret est passé tout près dimanche à l'US Open de devenir le premier Français vainqueur d'un Majeur depuis Arnaud Massy en 1907. Il aura finalement échoué à la deuxième place derrière Graeme McDowell. De quoi être partagé entre la déception et la satisfaction.

Comme Jean Van de Velde (1999) ou Thomas Levet (2002) avant lui au British Open, Grégory Havret est passé tout près dimanche à l'US Open de devenir le premier Français vainqueur d'un Majeur depuis Arnaud Massy en 1907. Il aura finalement échoué à la deuxième place derrière Graeme McDowell. De quoi être partagé entre la déception et la satisfaction. Grégory, est-on déçu ou satisfait quand on termine deuxième de l'US Open ? C'est plutôt la déception qui prédomine. Je suis évidemment content d'avoir fait deuxième, surtout tout seul. C'est vraiment super. Malgré tout, je termine à un point du play-off et à deux points du Graal. Je l'ai un peu en travers de la gorge parce qu'une victoire ça aurait été un vrai exploit. Là, c'est une très belle performance, je suis content mais ce n'est pas marqué du fer rouge l'histoire du golf français. Donc je suis un peu déçu mais j'en retire évidemment beaucoup de positif. A quoi se joue la victoire ? A un putting un peu moins performant dimanche ? J'ai très bien putté pendant trois jours et le dernier jour, ce n'est pas que j'ai mal putté mais je n'ai pas mis les putts importants que j'aurais mis la veille et les autres jours. C'est là où ça a péché. Je suis assez bien parti mais je rate un putt au 8, pas très long, pas très dur, puis je fais un mauvais trois putts au 10, c'est le seul de la semaine, c'est dommage, il ne fallait pas en faire du tout. Ensuite, il y a les deux putts du 17 et du 18 où j'ai deux opportunités de me rapprocher de Graeme (McDowell). Au 17, il est bien putté par contre au 18, je fais un mauvais putt, je me relève trop vite. C'est comme ça, je n'avais pas plus de pression que la veille où j'ai réussi deux putts, peut-être plus difficiles encore, dans les mêmes conditions. Vous êtes sorti des qualifications, grâce à deux putts exceptionnels, pour jouer cet US Open que vous auriez donc pu vivre devant votre télé. De quoi relativiser, non ? Oui, c'est exactement comme ça que je relativise. C'est en me disant que si mon putt de 15 mètres, avec un plateau gauche-droite, avec de l'ombre sur le green..., ne rentre pas - et je peux en taper 50 sans en rentrer un seul - aujourd'hui je ne serai pas fort de cette grande expérience et de ce grand moment de vie que j'ai eu le privilège de partager avec Tiger Woods le dernier jour, et avec la famille et les copains lors de la semaine. "La cerise sur le gâteau, c'est d'avoir dominé Tiger Woods" Craignez-vous d'avoir à digérer cette deuxième place ou pensez-vous au contraire que ça puisse vous servir de déclic ? A chaud, je pencherai plus pour un déclic. Mais bon, je n'ai pas encore fait de tournois derrière... Le problème du golf, c'est que, quand on pense être arrivé et avoir compris un truc, c'est là où le ravin arrive et qu'on comprend, quelques semaines plus tard, que ce n'était qu'une semaine exceptionnelle. Je ne me projette pas mais là, à chaud, j'ai l'impression d'avoir mis le doigt sur des choses importantes sur lesquelles je n'avais peut-être pas assez insisté par le passé. J'avais envie d'être très concentré, de me donner à 150% sur chaque coup, même les coups faciles, et c'était très positif. J'en retire ça et j'espère que ça va rester. C'était une grande sensation. Et obtenir cette performance dans l'un des plus grands tournois du monde, ça augure du bon. Mais c'est l'avenir qui nous dira si c'était un feu de paille ou un vrai feu de forêt avec beaucoup d'arbres bien garnis (rires). L'autre bonne nouvelle, c'est que vous êtes qualifié pour le British Open, mais aussi pour le Masters et l'US Open en 2011. Vous qui vouliez jouer des grands tournois régulièrement... Ça ouvre des portes, c'est vrai, ça va me permettre de jouer des tournois Le grand bond en avantDeuxième de l'US Open, Grégory Havret est passé tout près d'un exploit retentissant. Pour se consoler, le Français peut jeter un oeil aux classements européens, où il a fait un bond de la 119e place au 13e rang, et mondial, où il passe de la 395e à la 104 place du jour au lendemain. extraordinaires. Bon, c'est une petite porte ouverte comparée à ce qu'une victoire m'aurait offert. Mais c'est toujours ça de pris. C'est important et gratifiant. Je suis très fier de jouer le Masters l'année prochaine, le British dans quelques jours, l'USPGA probablement en août... Cette petite pression de la carte, que j'avais un peu en moi avec une saison dernière vraiment pas très bonne, s'est envolée d'un coup. C'est super positif, comme de pouvoir participer à ces grands tournois, dont le Masters que je n'ai jamais joué. On a fini par oublier dimanche que vous jouiez avec Tiger Woods. Qu'est-ce que ça fait de jouer avec ce grand joueur ? C'était génial. J'ai passé un grand moment à Pebble Beach et d'autant en ayant eu la chance de partager cette dernière partie avec Tiger Woods. Et la cerise sur le gâteau, c'est de l'avoir dominé. J'ai mieux joué que lui le dernier jour et ça n'a pas dû lui arriver souvent lors du dernier jour d'un Majeur. Mais, au delà de ça, de cette petite fierté que j'ai en moi, c'était une expérience géniale parce qu'il n'a pas très bien joué au golf, il n'a pas très bien putté, il n'était pas content des greens, mais il a gardé un calme incroyable et jusqu'au dernier putt il s'est battu pour faire le mieux possible. Il n'a pas du tout dégoupillé comme moi j'aurais pu le faire en jouant comme lui. C'était une belle expérience à ce niveau-là. Et puis le public était hallucinant, c'était un stade de baseball. Le seul moment calme, c'était quand on tapait nos coups, sinon ça gueulait non-stop. Et ce public m'a vraiment respecté, c'était super. J'ai évolué dans son monde, sans avoir l'impression d'être dans un monde parallèle et de ne pas exister. "C'est un peu une revanche..." Vous serez l'une des têtes d'affiche de l'Open de France dans une dizaine de jours. Vous allez être très attendu. Etes-vous préparé ? Ça ne me fait pas peur. Je vais faire mon tournoi avec les quelques points positifs que je retiens de cette semaine mais aussi des semaines précédentes, notamment de ces 36 trous qui m'ont permis de me qualifier pour l'US Open, le Top 10 à Madrid et les quelques cuts que je fais récemment. Je vais m'appuyer là-dessus pour faire un bon Open de France. C'est vrai que je risque d'être attendu. Tant mieux. J'aurai peut-être un peu plus de pression. J'en avais à l'US Open et ça s'est bien passé donc ça me permettra peut-être d'être meilleur, que ça m'obligera à tenir mes engagements... C'est une période de test. Je regarde ce qui se passe en moi. Mais je me rends compte que cet Open de France va être important pour moi. Ça va être un grand moment. Vous aviez un peu disparu ces derniers mois. Prenez-vous cette deuxième place à l'US Open et ce retour dans la lumière comme une revanche ? Je suis de ceux qui croient que le pain noir arrive quand on mange son pain blanc et inversement. Là, c'est sûr que j'ai passé un an et demi pas terrible sur tout un tas de niveaux, notamment golfique. Là, ça rigole un peu plus. J'espère que ça va durer. Mais je suis conscient que tout peut arriver. Et que la vie n'est pas qu'une grande partie de plaisir. Oui, c'est un peu une revanche d'en être arrivé là et d'avoir fait mentir deux ou trois personnes. Mais ça ne va pas plus loin que ça. Je sais que la plupart des gens qui m'entourent et que le milieu du golf français sont des personnes saines et parlent d'une voix pour que le golf grandisse en France. Et le meilleur moyen pour y arriver, c'est d'avoir des champions renommés comme en Espagne avec des Ballesteros, Olazabal, Quiros, Garcia... Il faut des champions en France. Tant mieux si c'est moi. Mais si ce sont les autres, c'est bien aussi. Ça nous sert quoiqu'il arrive.