Harinordoquy: "Je ronge mon frein"

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Harinordoquy: "Je ronge mon frein"
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A l'heure d'entamer sa troisième préparation de Coupe du monde, Imanol Harinorodquy fait grise mine. Handicapé par une inflammation de l'aponévrose plantaire, le Biarrot s'apprête à peine à reprendre la course. A 31 ans, et fort de sa colossale expérience, le 3e ligne tricolore a hâte de rattraper le temps perdu.

A l'heure d'entamer sa troisième préparation de Coupe du monde, Imanol Harinorodquy fait grise mine. Handicapé par une inflammation de l'aponévrose plantaire, le Biarrot s'apprête à peine à reprendre la course. A 31 ans, et fort de sa colossale expérience, le 3e ligne tricolore a hâte de rattraper le temps perdu. Imanol, on imagine qu'il vous tarde de pouvoir pleinement participer à ce début de préparation. Dans quel état d'esprit êtes-vous ? Je préférerai être sur le pré. Je suis frustré et je ronge un peu mon frein, même si je sais que je ne peux pas aller plus vite que la musique. La blessure est là avec cette tendinite. Il faut d'abord la soigner pour ensuite retrouver le groupe et avec toutes mes capacités, vivre l'aventure à fond. Je sais que je ne peux pas passer au-delà. Mais j'ai des journées bien remplies. C'est vrai que je fais tout de même pas mal d'activités avec les autres que ce soit en musculation, en cardio, en salles... Sur le terrain, je n'ai pas encore touché le ballon et ça commence un peu à démanger. Mais ce que je perds là chaque jour, je vais peut-être le gagner dans ma volonté d'avancer. Souvent après des blessures, je suis revenu avec plus de hargne. L'évolution est malgré tout positive ? Ça va mieux, je pense recourir dans les jours à venir, trottiner en tout cas, et si ça se passe bien, retrouver assez vite le groupe. Mon quotidien aujourd'hui est fait de travail de marche avec les kinés, de force sur le pied, beaucoup de petits exercices spécifiques que je ne soupçonnais même pas. Ce matin, je courais au fond de la piscine, lesté avec des poids en apnée. J'avais un peu l'impression de marcher sur la lune. Ce n'était pas le cas, c'était un peu plus contraignant. Mais il faut en passer par là. On avance vraiment à petits pas, c'est le cas de la dire, c'est un travail minutieux qu'il me faudra prolonger pendant quelques semaines, voire quelques mois. "Le but, c'est d'arriver tous ensemble jusqu'au bout" En quoi cette troisième préparation de Coupe du monde est-elle différente en ce qui vous concerne ? Toutes les préparations sont différentes, même en club ce ne sont jamais les mêmes. On sait qu'on va en chier (sic), que ça va être dur. Pour ce qui est des Coupes du monde, elle est différente de celles que j'ai connues, même si je ne peux pas dire si elle est plus ou moins dure. Elles le sont toutes. Cette préparation est en tout cas différente du fait que l'on travaille par groupes, en ateliers. On est peut-être un peu plus dans l'individualisation, le fait aussi d'avoir aussi des journées type avec ces transitions, c'est assez nouveau. Là, on ne s'arrête jamais. Ça apporte peut-être un peu plus d'investissement et de curiosité de la part de ceux qui jouent depuis un moment. C'est toujours bien de surprendre nos habitudes et de ne pas tomber dans le train-train, jusque dans ce petit suspense par rapport à nos journées de transition que l'on aborde sans savoir, jusqu'à nos arrivées sur site, ce qu'on va faire (voir par ailleurs). Peut-on ire malgré tout qu'en termes de prise en charge dans le souci du détail, le curseur a été placé un peu plus haut encore sur cette préparation ? Par rapport à la précédente, oui, et j'ai envie de dire heureusement parce que le rugby a évolué, la préparation aussi. En club, on va de plus en plus dans l'individualisation de cette préparation, selon les postes, voire même selon la morphologie du joueur. Un pilier n'a pas les mêmes besoins qu'un deuxième ligne, qu'un troisième ligne ou qu'un ailier. Donc on ne peut pas tous faire la même chose. Votre expérience de deux Coupes du monde vous impose-t-elle un rôle à part dans ce groupe ? Je ne suis pas non plus le dinosaure de l'équipe. Forcément, je me sens plus de responsabilités, mais plus encore durant la Coupe du monde par rapport aux matches, à la tournure que prendront les évènements, dans les phases de préparation avant les rencontres. Je n'ai vraiment pas envie de passer à côté et envie de faire prendre conscience à tout le monde, notamment aux plus jeunes, que même s'ils sont jeunes, ça passe vite et que es Coupes du monde, ils n'en joueront peut-être pas beaucoup d'autres. Je ne suis pas passé loin du but, mais j'en garde beaucoup de regrets. En 2003, on avait perdu contre plus fort que nous, mais en 2007, on avait gardé quelques regrets parce qu'on avait perdu contre une équipe bien moins forte que nous ce jour-là. Le but sera de mettre tous les atouts de notre côté pour ne pas perdre contre une équipe moins forte que nous. On verra au fur et à mesure, je n'arrive pas avec une méthode bien établie, les méthodes dans les bouquins, ça ne marche pas dans notre sport. Trouvez-vous le moyen de penser à la concurrence qui risque de vous opposer à votre jeune coéquipier en club, Raphaël Lakafia, pour le poste de n°8 ? Honnêtement, oui, j'y pense, même si aujourd'hui je suis plus préoccupé par le ait de revenir dans le groupe et de bien me soigner parque c'est l'étape préalable la plus importante pour moi. Mais il est certain qu'il va y avoir de la concurrence, comme il y en a toujours en équipe de France ; c'est aussi ce qui nous fait avancer. On verra la tournure que prendront les évènements, tout en sachant que selon les adversaires, le staff alignera des troisièmes lignes complémentaires et différentes. Il y a, je crois, la volonté de faire participer tout le monde. Je ne suis pas coach, il faut leur poser la question. On n'a pas exactement non plus le même profil. Et jusqu'à présent, je l'ai plus aidé que le contraire. Le but, c'est d'arriver tous ensemble jusqu'au bout. En équipe.