Hantz: "Atypique ? Ça ne me gêne pas... "

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Hantz: "Atypique ? Ça ne me gêne pas... "
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Footing à 6 heures du matin, causerie d'avant-match dans le noir, réveillon collectif, etc. Certaines méthodes de coaching de Frédéric Hantz plaisent, comme au Mans et à Bastia en ce moment, ou ne sont pas comprises, ce fut le cas à Sochaux et au Havre. Aujourd'hui, l'entraîneur du Sporting (45 ans), qui se définit comme un technicien "sincère et engagé", vit une période faste en Corse. Et il en profite.

Footing à 6 heures du matin, causerie d'avant-match dans le noir, réveillon collectif, etc. Certaines méthodes de coaching de Frédéric Hantz plaisent, comme au Mans et à Bastia en ce moment, ou ne sont pas comprises, ce fut le cas à Sochaux et au Havre. Aujourd'hui, l'entraîneur du Sporting (45 ans), qui se définit comme un technicien "sincère et engagé", vit une période faste en Corse. Et il en profite. Frédéric, que me répondez-vous si je vous dis que Bastia est le nouvel Evian-Thonon ? On aurait pu l'être si on n'avait pas connu notre série de cinq matches sans victoire. Je ne me souviens pas du nombre de points que Evian avait après neuf matches, mais je pense qu'ils en avaient beaucoup plus que nous (15 contre 14 pour Bastia, ndlr). En déplacement à Boulogne-sur-Mer, votre équipe a quand même une belle occasion de remonter sur le podium... Très sincèrement, je ne suis pas dans cette réflexion-là du tout. Aujourd'hui, quand on regarde le classement, il y a Reims et Clermont qui se détachent devant et qui seront dans les trois premiers à la trêve. Après, pour les autres, tout est possible. On a 14 points, soit quelques longueurs d'avance sur le dernier (Monaco, ndlr). Ça veut dire que même Le Mans, même Monaco, peuvent encore espérer monter ; que Le Havre, Bastia et Sedan ne sont pas sûrs de se maintenir. Je ne sais pas... Ce n'est pas une réponse à la Guy Roux ; simplement, ce championnat est très, très homogène. Les équipes qui se dégageront vers le haut seront celles qui arriveront à faire des séries. Malheureusement, vous semblez avoir du mal à l'extérieur (1 victoire, 3 défaites)... On est en déficit de points par rapport à ce qu'on a fait. Nos trois derniers matches, on a perdu au Havre, à Troyes et à Reims, alors qu'on avait été bons. On aurait mérité de prendre plus que zéro point sur ces trois matches. Mais on n'a pas marqué et quand on ne marque pas, on ne peut pas gagner, forcément. Et comme on a pris au moins un but à chaque fois, on a perdu (rires). Le plus important sur ce match-là à Boulogne, c'est qu'on continue à avancer dans le jeu et qu'on devienne efficace à l'extérieur. Le Sporting a frappé fort cet été en recrutant Jérôme Rothen et Toifilou Maoulida. Pour le moment, êtes-vous satisfait de leur rendement ? Complètement ! Ce sont deux cas différents, puisque Jérôme est arrivé dès la reprise, il a signé au mois de juin donc il a fait toute la préparation, il était en forme athlétiquement, il a été titulaire tout de suite. Depuis le début de la saison, c'est un joueur qui est intégré, important. Toifilou est arrivé plus tard. En plus, il a été expulsé contre Monaco sur une chamaillerie avec Adriano... Là, il revient dans le groupe. Donc, aujourd'hui, Toifilou n'a pas eu le même impact que Jérôme. En tout cas, que ce soit l'un ou l'autre, leur intégration s'est très passée. Ce sont deux joueurs qui sont venus avec une volonté de travail et d'intégration et ça, c'est très important. "C'est agréable pour un entraîneur d'être soutenu dans ses choix" A Bastia, vous tenez un rôle de manager. Ça doit vous changer, non ? C'est vrai que sur mes trois derniers clubs (Le Mans, Sochaux et Le Havre), il y avait beaucoup de monde entre moi et le président au niveau de la stratégie sportive. C'est normal, c'étaient des clubs de Ligue 1. A Bastia, on me fait confiance, j'ai une relation très directe avec mon président (Pierre-Marie Geronimi, ndlr), il n'y a pas d'intermédiaire entre nous. Je suis très content. Dans la stratégie sportive, je fais des propositions et je suis très souvent écouté. C'est agréable pour un entraîneur d'être soutenu dans ses choix. La structure du club telle que je l'ai découverte en arrivant en National l'a permis, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de moyens. On reste toujours dans ce fonctionnement-là, on travaille tous beaucoup, que ce soit le staff ou les dirigeants, ça fait qu'on limite le personnel. J'ai lu sur votre page Wikipedia que vous étiez "un entraîneur aimé et respecté" à Bastia. Ça doit vous faire plaisir... Ça fait quinze mois que je suis là, on est dans une bonne phase: on a été champion de National, les débuts en Ligue 2 ne sont pas trop mauvais. Que ce soit pour Frédéric Hantz ou tous les autres entraîneurs, quand il y a un titre de champion, même si ce n'est que du National, et que le début de saison est bon, on a plus d'amis et on est plus respecté ou aimé que quand on est dernier d'un championnat. En tout cas, je suis bien à Bastia, à la fois dans l'exercice de mon métier et dans ma vie personnelle. C'est une région exceptionnelle, pour le football et pour la vie tout court. De toute façon, la vie d'un entraîneur, ou la beauté de la vie d'un entraîneur, est liée à ses résultats. Aujourd'hui, au-delà de mon cas personnel, il y a une vraie dynamique positive, parce que le club avance dans ses structures matérielles, s'organise, il y a une vraie osmose aussi entre les joueurs, les dirigeants, les supporters. Pour revenir au match à Boulogne, il est important pour nous d'entretenir cette dynamique en ayant de meilleurs résultats à l'extérieur, parce que j'estime que c'est insuffisant par rapport à notre potentiel. Mais on sait aussi qu'on va à Boulogne, une équipe qui a besoin de points, peut-être plus que nous encore. Ça va être un match très intéressant, car le résultat est important pour les deux formations. Êtes-vous étonné de voir des équipes comme Boulogne-sur-Mer, Le Mans ou Monaco en queue de peloton ? Oui et non. Oui, parce que les clubs que vous citez ont l'expérience du niveau supérieur, que ce soit chez les dirigeants, chez les entraîneurs ou chez les joueurs. A ce titre-là, c'est surprenant. Non, parce qu'on se rend compte que la Ligue 2, c'est surtout une histoire de dynamique. On le voit très bien avec Reims, qui a perdu de très bons joueurs à l'intersaison mais qui s'est serré les coudes. Quand la dynamique dans le club est bonne, les différences de moyens s'aplatissent. La psychologie et les relations humaines sont également très importantes. Aujourd'hui, Boulogne n'est pas à sa place, il y a un vrai potentiel. C'est une équipe qui a changé beaucoup de joueurs à l'intersaison et qui va bientôt atteindre son plein régime. J'espère qu'on ne les prend pas au mauvais moment. "Je suis sincère et engagé" On vous dit atypique et je sais que ça ne vous plaît pas vraiment. Mais, entre nous, d'où vous sont venues ces idées de footing à 6 heures du matin, de causerie dans le noir ? De ce que j'ai connu en tant que joueur, de ce que je ressentais aussi. Je pense que dans ce que je fais, il n'y a pas d'énorme différence avec ce que font les autres. C'est vrai que quand j'étais au Mans, on l'a beaucoup remarqué, parce que j'étais un entraîneur qui débarquait dans le milieu professionnel, il y a eu l'accession... On a beaucoup parlé de certains détails de préparation, mais c'étaient vraiment des détails. Ça ne me gêne pas qu'on me traite d'atypique, tout dépend de ce que ça veut dire. Mes méthodes, je les puise de ce que j'ai connu en tant que joueur, des entraîneurs que j'ai eus, des formations que j'ai eues ensuite. Je pense être quelqu'un de bon sens. Quand il y a de la confiance entre les gens, on peut aller au bout de ce qu'on veut faire, on peut plus facilement surprendre que quand on est dans des clubs où on est en difficulté, où les gens ne comprennent pas trop. Mon souhait est toujours d'être au plus près de la réalité, je tiens peu compte de ce que font les autres ou de ce qu'il faudrait faire. Comment vous définiriez-vous en tant qu'entraîneur ? C'est difficile. Je pense que je suis sincère et engagé, en toute modestie (rires). Mon parcours le prouve: j'ai eu des réussites sympathiques puis des grands moments de douleur, du fait justement de cette sincérité, de cet engagement. Quelque soit le métier que l'on fait, on exprime une personnalité, c'est un engagement d'homme. Je me considère comme quelqu'un de libre, engagé, respectueux de son environnement. Quand on est dans des clubs où ça marche bien, on est apprécié. Mais quand on est dans des clubs où c'est plus sournois, plus difficile, où il faut être plus calculateur, c'est plus délicat. Ces "grands moments de douleur" dont vous parlez, ce sont ceux de Sochaux et du Havre ? Bien sûr ! Lorsque vous êtes entraîneur en Ligue 1 et que ça ne se passe pas bien, vous devez accepter beaucoup de choses, ça fait partie du métier. C'est-à-dire que vous devez affronter ça et, souvent, ça se finit mal, vous êtes viré. Ce sont des moments difficiles. Cependant, encore une fois, c'est arrivé à Frédéric Hantz, c'est arrivé à d'autres. J'ai toujours eu une attitude sincère et engagée, peut-être que des fois ça m'a joué des tours. Mais ce n'est pas grave, je pense qu'on apprend plus de ses mauvaises expériences que des bonnes. Sur le coup, ce sont des passages difficiles, parce qu'on se retrouve sans emploi, avec de l'inquiétude par rapport à son avenir. Ça fait partie du métier... On apprend beaucoup aussi des autres et de l'adaptation à certaines situations. En tout cas, ce que je retiens de ces expériences-là, puisque vous me posez la question, c'est l'importance de la mise en place de ce qu'on fait au début. C'est très important. Lors de mes expériences qui se sont mal passées, je crois qu'à mon arrivée, je n'ai pas été assez clair dans ce que je demandais ou alors que je n'ai pas été suivi dans mes demandes par mes dirigeants. On le paye toujours. C'est important quand on arrive dans un club d'être très clair sur ce qu'on veut faire. Et si ces premières décisions-là sont suivies des faits, on peut passer de bons mois et de bonnes années dans un club. En revanche, si sur ces premières décisions, on n'est pas compris ou pas suivi, ça devient très vite très compliqué.