Grugger, peur sur la Streif

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Grugger, peur sur la Streif
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Si le Super-G de Kitzbühel a pu se dérouler normalement ce vendredi matin, les images de la terrible chute de Hans Grugger lors de la descente d'entraînement de la veille était encore dans toutes les têtes. A l'aube de la célèbre descente, le débat sur la dangerosité de la Streif a repris de l'ampleur alors que l'Autrichien est toujours plongé dans un coma artificiel.

Si le Super-G de Kitzbühel a pu se dérouler normalement ce vendredi matin, les images de la terrible chute de Hans Grugger lors de la descente d'entraînement de la veille était encore dans toutes les têtes. A l'aube de la célèbre descente, le débat sur la dangerosité de la Streif a repris de l'ampleur alors que l'Autrichien est toujours plongé dans un coma artificiel. Un saut manqué, l'impression que le skieur est soudain devenu passager sans aucun contrôle possible, un petit déséquilibre, quelques mouvements vains de moulinets de bras pour rétablir l'équilibre puis le choc. D'une violence extrême, la tête rebondissant lourdement sur la neige "injectée" pour la rendre plus dure, plus glissante. Dépassé, pris par la vitesse, Hans Grugger n'a pas pu maîtriser le saut de la fameuse Mausefalle, ce passage légendaire au nom équivoque (la souricière en allemand) où la déclivité atteint parfois 85% pour une vitesse d'environ 120 km/h. Le premier entraînement ayant été annulé, il s'agissait du premier passage des descendeurs. Nombreux sont ceux à avoir souligné qu'ils étaient allés particulièrement loin cette année, dépassant parfois à cet endroit les 80 mètres en vol... Trop dangereux ? La question mérite au moins d'être posée, même si l'on s'attaque à un monument, un mythe de la discipline, attendu chaque année avec une excitation, mais aussi une appréhension non dissimulées. L'évolution du matériel, l'accroissement de la vitesse et des pressions mises sur les articulations sont autant d'éléments de réflexion. Difficile en effet de ne pas s'interroger alors que Hans Grugger figure parmi les plus expérimentés du circuit, ayant remporté quatre victoires en Coupe du monde. Pas un "bleu" donc, même si les observateurs auront noté que le skieur de Salzbourg n'avait descendu la Streif qu'à six reprises en course durant sa carrière, loin des vingt-cinq chronos de Didier Cuche. Le Suisse, souvent bien placé à Kitzbühel, a d'ailleurs souligné qu'il s'agissait d'un accident dû à une erreur de Grugger, une thèse également défendue par l'ancien champion autrichien Fritz Strobl. Ce dernier, recordman de la piste avec un chrono de 1'51"58 réalisé en 1997, a ainsi déclaré au journal allemand Bild que son compatriote "était à la limite, la moindre erreur étant fatale là haut." Kostelic demande du changement Les dernières éditions s'étaient déjà chargées de le prouver. McCartney en 2008, Albrecht en 2009, Walchhofer en 2010 en avaient fait les frais, avec plus ou moins de dommages. Albrecht, alors au sommet, n'est revenu que cette année sur le circuit après avoir dû réapprendre à parler, marcher puis skier, se remettant d'un traumatisme crânien avec hémorragie cérébrale et d'un aplatissement d'un poumon ayant nécessité un coma de trois semaines. Le Suisse ne s'est pas engagé cette année sur la descente tyrolienne, sûrement hanté par ses souvenirs douloureux. Jeudi soir, il transmettait un court billet sur son site Internet, se disant "profondément affecté" par l'accident. Vainqueur du Super-G, Ivica Kostelic est évidemment revenu sur l'accident en conférence de presse d'après course. Le Croate, lui, souhaite du changement sur la Streif, estimant que l'arasement de la dernière bosse (Zielsprung), fatale à Albrecht et McCartney, ne suffit pas. "Quand Ayrton Senna a eu son accident en 1994, cela a eu une telle portée que la FIA a changé les règles, amélioré la sécurité. Quand Hans a chuté, rien n'a changé. Le saut sera sans doute le même demain (samedi pour la descente). Cela me semble inconcevable". Intubé sur place avant d'être hélitreuillé et transféré vers la clinique d'Innsbrück, Grugger a été opéré dans la soirée par le service de neurochirurgie. L'opération se serait bien passée selon les médecins mais ceux-ci ont souligné en conférence de presse que l'étendue de la blessure ne peut pas encore être estimée à ce stade. La fédération autrichienne a transmis ses voeux de prompt rétablissement. Un geste qui pourrait paraître insuffisant alors que les quatre dernières éditions de l'Hahnenkamm ont été désormais obscurcies par de lourdes chutes. Le mythe et la légende de Kitzbühel méritent-ils vraiment ce prix ?