Gourvennec: "S'asseoir en Ligue 2"

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Gourvennec: "S'asseoir en Ligue 2"
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Descendu en National à l'issue de la saison 2009/10, un an après avoir connu l'ivresse d'une victoire en Coupe de France, Guingamp est de retour cette saison en Ligue 2. Pour Jocelyn Gourvennec, entraîneur arrivé il y a un an après une première expérience à La Roche-sur-Yon, l'En Avant a les moyens de s'installer en L2 avant de viser plus haut.

Descendu en National à l'issue de la saison 2009/10, un an après avoir connu l'ivresse d'une victoire en Coupe de France, Guingamp est de retour cette saison en Ligue 2. Pour Jocelyn Gourvennec, entraîneur arrivé il y a un an après une première expérience à La Roche-sur-Yon, l'En Avant a les moyens de s'installer en L2 avant de viser plus haut. Revenons d'abord sur la saison dernière, cette remontée a-t-elle été longue à venir ? On avait assez mal démarré, on avait gagné notre premier match 1-0, mais après on n'avait fait que des nuls sans marquer. On s'est ensuite relancés en septembre-octobre pour revenir dans le haut du tableau jusqu'à s'y installer, puis on a connu un trou d'air début février avec trois défaites en dix jours. Du coup, notre avance a fondu, d'autant que les autres équipes ont fait le plein, on a notamment été victimes de la grosse poule retour de Strasbourg qui nous mettait sous pression, on faisait des gros matches en mettant beaucoup de buts, mais sans que l'écart au classement ne se matérialise. Mais on n'a pas flanché, on a toujours eu confiance. J'avais dit au début de la saison que ce serait bien de monter assez tôt, de faire une saison en s'évitant du suspense sur la fin, car quand on joue des matches au couteau, c'est assez aléatoire; à l'arrivée, c'est le scénario qui s'est produit, mais on ne s'est pas énervés et on a finalement répondu présent. Avec à l'arrivée la meilleure attaque de National, 87 buts, faut-il y voir la patte de Jocelyn Gourvennec ? Je n'ai pas ce recul, je n'ai pas de jugement à porter là-dessus, mais je fais avec mes idées. C'est un choix et un travail qui paie forcément à un moment donné. Il faut aussi avoir les joueurs pour faire ça. Il y a plein de manières d'avoir des résultats avec une équipe, moi je fais avec mes convictions sur le football et sur la manière de gérer les hommes. Je me sers beaucoup de ma carrière, ce que j'ai vécu de positif et de négatif. J'ai à peu près tout vécu en tant que joueur: j'ai connu le très haut niveau, la Ligue des champions, les sélections nationales (de jeunes et Espoirs, ndlr), j'ai joué le haut de tableau en ligue 1, mais aussi le maintien, j'ai joué la montée de Ligue 2 en Ligue 1, je suis aussi descendu de Ligue 2 en National, j'ai été adulé, j'ai été détesté, j'ai vécu une grosse blessure, j'ai été très demandé, puis indésirable, j'ai connu le chômage... Avec mes coaches, pareil, j'ai eu de très bonnes relations avec certains, des relations plus difficiles avec d'autres, j'ai donc vécu tout ce qu'un joueur peut connaître, je me sers de ça. Et quels enseignements tirez-vous de tout ça dans vos rapports entre les joueurs ? Etes-vous copain ou distant ? J'oscille entre la discussion et la fermeté. Je pense qu'il faut du dialogue, mais je fais toujours en sorte de montrer que c'est moi qui décide. C'est important d'être à l'écoute mais aussi d'être ferme, j'ai pris le parti depuis trois ans que j'entraîne, en amateurs c'était pareil, de toujours dire la vérité aux joueurs, d'être franc. Ça peut ne pas faire plaisir, mais au moins, les choses sont claires, les joueurs ne se posent pas 36 000 questions, ils savent ce que je pense. "Guingamp doit s'installer dans les trente meilleurs clubs français" Cette montée vous a-t-elle rassuré sur votre capacité à diriger une équipe professionnelle, sachant que c'était votre première expérience ? Pas franchement, j'étais plus dans la continuité de ce que j'avais fait depuis deux ans en amateurs, avec un niveau supérieur certes, des joueurs dont c'est le métier, ce qui permet d'être plus pointilleux, mais comme j'aime bien savoir où je vais, j'avais des choses en tête. Après, on a eu des résultats, ça donne confiance, mais je ne me suis pas posé la question de savoir si j'allais être à la hauteur ou pas, j'ai vite été en situation et j'ai foncé. Guingamp est en Ligue 2, c'est sa vraie place aujourd'hui ? Oui, c'est évident. C'est un club qui doit s'installer dans les trente meilleurs clubs français. Les fondations sont solides, il y a une gestion très rigoureuse, un fonctionnement avec beaucoup de sagesse et de complicité, une histoire, un vécu, le club a quand même gagné la Coupe de France il y a deux ans, c'était une étape importante. On peut aussi s'appuyer sur une très grosse ferveur populaire. Maintenant, il faut aussi se servir de ce qui n'a pas fonctionné il y a quelque temps pour ne pas commettre les mêmes erreurs et pouvoir s'installer dans ce Championnat. Quels ont été les axes de votre recrutement pour justement vous installer en Ligue 2 ? On avait sept joueurs en fin de contrat, on a fait resigner Thibault Giresse, Ogunbiyi a refusé la prolongation d'un an, Scarpelli a souhaité dénoncer sa prolongation tacite d'un an, les autres joueurs en fin de contrat n'ont pas été renouvelés. Je souhaitais garder Christian Bassila pour encadrer, mais ça a été un peu modifié, parce qu'on a remplacé ce rôle par la venue de Grégory Paisley, qui était une de nos priorités derrière. On a recruté quatre joueurs: Grégory Paisley, donc, Mamadou Camara (défenseur) qui est un joueur d'avenir qu'on suit depuis trois ans à Niort, Christophe Kerbrat au milieu de terrain, qui a fait toute sa carrière à Plabennec et sort de deux très belles saisons en National, au-delà du fait que c'est un très bon joueur, c'est un joueur breton qui est très très content de signer à Guingamp, c'est une très bonne chose. Et enfin Fatih Atik en meneur de jeu, l'équivalent côté droit de Thibault Giresse à gauche, c'est un joueur expérimenté, qui connaît bien le niveau, exactement le profil de ce que je voulais pour ce poste. On va prendre un gardien pour jouer avec Samassa car je voulais deux bons gardiens, et un attaquant, un profil différent de ce qu'on a déjà: on a des joueurs dynamiques, des joueurs de passes, on voudrait un joueur un peu plus «pointe», un peu plus costaud. C'est un poste sur lequel ce n'est pas facile de finaliser parce que c'est souvent un peu cher, on y réfléchit à deux fois. "Très content pour Noël Le Graët" L'objectif sera bien sûr le maintien, mais voyez-vous déjà plus loin ? Vous parliez d'installer Guingamp parmi les trente meilleurs clubs français... Il faut déjà faire mieux qu'il y a deux ans, c'est-à-dire se maintenir. Quand je dis «Guingamp doit s'installer», ce n'est pas forcément immédiatement, ça se fera par étapes. Mais il faut retrouver un club ambitieux à terme, dans les deux années à venir, s'asseoir en Ligue 2. La première étape sera de se maintenir, ce ne sera pas facile, mais il ne faut pas faire de complexe dans ce Championnat. Lors des deux dernières saisons, Arles-Avignon puis Evian-Thonon-Gaillard sont montés en Ligue 2 puis directement en Ligue 1, est-ce possible à Guingamp ? Je n'en sais rien, le foot est parfois compliqué. Ça reste avant tout des accidents, positifs certes, mais ce n'était pas planifié, ni pour Arles, ni pour Evian. Donc je n'ai pas ça en tête, je ne vais pas me focaliser là-dessus. Comment jugez-vous le niveau de la Ligue 2 ? On va retrouver des équipes qui ont vécu de grosses déceptions de ne pas monter, je pense au Mans et à Nantes, et des équipes qui sortent d'un traumatisme, comme Lens ou Monaco, ça fait quatre grosses écuries avec de grosses ambitions. Maintenant, qu'on soit petit ou gros, la problématique sera la même pour tout le monde, à savoir trouver rapidement un équilibre et une équipe qui fonctionne collectivement. Il y a toujours plus de possibilités quand on a un gros budget, comme ces clubs-là, mais ce n'est pas non plus une garantie. Ça va à mon avis être très ouvert. Vous avez évolué à Nantes, alors modèle de beau jeu, comment vivez-vous les difficultés du club ? Je me garderai bien de juger. Je suis content que ce soit Landry Chauvin qui reprenne les rênes, je l'ai connu à Rennes et je l'apprécie, je lui souhaite du succès car le souhait de tous les Nantais, c'est de retrouver une Beaujoire qui vibre. Maintenant, la dynamique a du mal à prendre forme, il va falloir refaire, ça peut prendre du temps. Vous n'affrontez aucune grosse écurie lors du début de saison, c'est le calendrier idéal pour s'installer en Ligue 2 ? Non, ce n'est pas forcément plus mal de jouer les gros tout de suite, parce qu'ils n'ont pas encore leur rythme de croisière. On va jouer des équipes qui connaissent bien le niveau, pas des promus: Châteauroux, Clermont, Istres, Nantes et Metz au mois d'août. On va vite être fixés, on n'aura pas de temps de latence pour se mettre dedans. Un dernier mot à propos de Noël Le Graët, président de Guingamp devenu président de la FFF, que pensez-vous de son élection ? Je suis très content pour lui parce qu'il courait derrière ça depuis quelques mois. Dans la foulée de la remontée en Ligue 1, il a obtenu ça, c'est très positif. Ça doit aussi être une fierté pour les Guingampais. Pour moi qui l'ai côtoyé un an, c'est tout sauf une surprise, c'est quelqu'un qui a une grosse expérience du monde amateur et du monde professionnel, c'était certainement le candidat le plus à même de se porter garant d'un certain fonctionnement du foot. C'est un chef d'entreprise à la base, mais qui met beaucoup d'attention dans le relationnel avec les hommes et la Fédé en a sans doute besoin aujourd'hui. Il sera toujours supporter du club, il va continuer à rester en contact avec ses troupes. C'est son gendre qui va prendre la suite, ce sera la continuité.