Gonnet: "Dubai, j'aurais pu gagner"

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Gonnet: "Dubai, j'aurais pu gagner"
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Un peu plus d'une semaine après sa superbe 4e place à Dubai, au sein d'un plateau très relevé, Jean-Baptiste Gonnet a baissé de pied à New Delhi, terminant seulement 36e. Cette performance ne l'inquiète pas, bien au contraire au vu des conditions. Le Français veut maintenant surfer sur la vague pour réussir une saison pleine, qu'il aimerait couronner de jolies places dans les hiérarchies européenne et mondiale.

Un peu plus d'une semaine après sa superbe 4e place à Dubai, au sein d'un plateau très relevé, Jean-Baptiste Gonnet a baissé de pied à New Delhi, terminant seulement 36e. Cette performance ne l'inquiète pas, bien au contraire au vu des conditions. Le Français veut maintenant surfer sur la vague pour réussir une saison pleine, qu'il aimerait couronner de jolies places dans les hiérarchies européenne et mondiale. Jean-Baptiste, vous terminez 36e à New Delhi après votre brillante 4e place à Dubaï. Comment expliquez-vous ce décalage, alors que le tournoi était pourtant plus relevé la semaine dernière. Ça ne vous inquiète pas ? Pas du tout. Si je commence à m'inquiéter de performances comme ça (rires)... La première raison, c'est une baisse de régime, une fatigue physique qui s'est fait ressentir après Dubaï, sachant que c'était mon troisième tournoi de suite. Au bout de trois, ça commence à être difficile à gérer nerveusement, surtout quand on sort d'une performance comme Dubaï, où on laisse de l'énergie. En plus, j'ai un peu de mal avec l'herbe du coin. Tout ce qui est Inde, Malaisie ou Indonésie, j'ai toujours eu des difficultés autour des greens, car ce n'est pas du tout la même herbe. C'est pour ça que je ne vais pas jouer en Malaisie cette année. L'herbe ne pousse pas en hauteur, mais à ras du sol, avec beaucoup de grain. C'est un problème que d'autres joueurs remarquent également ? Oui, j'en ai notamment parlé avec Raphaël Jacquelin. C'est surtout au niveau du petit jeu que ça pose problème. Parce que sur le grand jeu, j'ai été presque meilleur qu'à Dubaï. J'ai eu un peu plus de réussite en faisant -6 au troisième tour, avec quelques putts qui sont tombés, mais j'ai connu de gros soucis au dernier tour avec 35 ou 36 putts. Je ne pense pas être le seul à avoir des problèmes, même si ça a bien marché pour Grégory Havret. Ça ne veut pas dire qu'on est obligé de ne pas "scorer", la preuve puisque je finis 36e et sans cette fin calamiteuse au niveau du petit jeu, ça aurait pu faire encore un top 10 ou un top 15. Mais je ne suis pas plus affolé que ça, au contraire. Dans ces conditions-là, en général, je ne passe même pas le cut. C'était limite, mais je n'étais pas le seul. Vous aviez du mal à être régulier sur quatre tours jusqu'ici, c'est un mal qui avait disparu à Dubaï mais qui est un peu réapparu à New Delhi avec un 66 au troisième tour et un 74 au dernier. Avez-vous quand même le sentiment de progresser de ce point de vue-là ? Comment vous y prenez-vous ? Les statistiques sont là pour montrer que je progresse, en effet, à part sur le cas particulier de New Delhi donc. Après, ça m'arrivera encore et ça arrivera à des joueurs de très haut niveau de faire des tours pourris (sic). C'est la loi du golf, on ne peut pas être performant sur quatre tours à tous les tournois. Il ne faut pas que ce soit récurrent. Si on joue le podium avec un dernier tour en 79, oui, ça peut poser un problème. Mais New Delhi était un cas isolé. Pour progresser là-dessus, j'ai travaillé psychologiquement. Avant, plus l'échéance se rapprochait, plus j'étais tendu. Aujourd'hui, je n'ai pas vraiment cet objectif de résultat, ce qui est primordial c'est de prendre du plaisir. Et j'en prends autant sur un premier tour que sur le dernier à Dubaï. C'est même encore plus plaisant de jouer dans des situations pareilles. Mais personne n'est à l'abri d'un tour moyen, même Tiger Woods a fait 75 à Dubaï sur le dernier tour. "C'est le début de saison d'un bon joueur, normal" C'est donc surtout dans la tête que vous avez changé votre façon de voir les choses ? Si on est bien placé, c'est toujours difficile de gérer un dernier tour, parce qu'on sait que si on le manque, ça gâche un peu la semaine. Si j'avais fait 74 au dernier tour à Dubaï, j'aurais fini 20e. Ça aurait été une bonne semaine, mais la fête aurait été un peu gâchée. On sait forcément, au départ du quatrième tour, que c'est un tour un peu plus important que les autres. Après, ça reste du golf, il y a des coups du sort... Mais c'est vrai que dans l'ensemble, ça doit quasiment être similaire aux trois autres tours. S'il y a dix coups de différence, c'est vraiment que le mental n'a pas été bon. Malgré tout, votre début de saison est plutôt positif avec également une 5e place à Johannesburg... Je pense même que c'est très satisfaisant. L'année dernière, à l'époque, je n'avais gagné que 10 000 euros... Cette année, j'ai des objectifs un peu plus élevés, je ne pense même pas à la carte européenne. Pour moi, le but, c'est le top 60 européen minimum. J'avais mis en place un objectif à court terme, c'est de me rapprocher de la carte après l'Inde. Aujourd'hui, je suis à 160 000 euros et ce n'était pas loin, puisque si j'avais rentré le dernier putt à Dubaï, c'était fini. Ce début de saison est celui d'un bon joueur, normal. Mais il y a plusieurs cas de figure, on peut très bien commencer la saison et très mal la finir, ou l'inverse. C'est si on manque six ou sept cuts de suite qu'il y a un problème. Mais commencer comme ça, c'est très positif, c'est sûr. Même si vous déclariez récemment que vous n'étiez pas Rory McIlroy, vous avez bien quelques ambitions pour cette saison, quand même ? Et notamment pour les Majeurs, peut-être ? Effectivement, il n'y a qu'un seul Rory McIlroy et qu'un seul Tiger Woods. Mais c'est la vie... J'ai des objectifs, j'ai vraiment à coeur de disputer le maximum de Majeurs possible. J'ai bien avancé au classement mondial, j'étais vraiment dans les choux et maintenant je suis 250e mondial. Le but pour moi cette année, c'est d'être dans le top 100 mondial pour jouer l'USPGA. Après, j'ai deux qualifs pour l'US Open et le British Open. Idéalement, mon objectif, c'est de disputer trois Majeurs. On verra si je peux y percer, j'ai déjà joué un British où ça ne s'était pas trop mal passé. Je veux être bien placé à la Race to Dubaï, ce pour quoi il faut jouer des gros tournois. "Un des plus grands moments de ma carrière" Votre fin de saison a été compliquée l'an passé, avec une épreuve des cartes évitée de justesse et des gains peut-être un peu légers. Cette quatrième place à Dubaï peut-elle aussi vous permettre de vous sentir plus libre, avec un poids en moins au niveau des gains ? C'est évident, ça se voit chez d'autres joueurs aussi qui font un très bon début de saison et qui arrivent à boucler vite la carte. Pour McIlroy ou Kaymer, c'est encore une autre étape, où j'espère arriver d'ici trois, quatre ans. Mais sinon, il est évident que ça enlève de la pression. L'an dernier, j'étais à 140 000, 150 000 euros à deux tournois de la fin. Aujourd'hui, je suis à 160 000 euros, la carte est chaque année entre 220 000 et 240 000 euros, mais il me reste 25 tournois pour le faire. Et avant même ma grosse perf' à Dubaï, l'objectif n'était pas de faire la carte, mais bien d'être dans les 60 européens, voire dans les 50 et si possible dans les 20. Dubaï, c'était le plus beau moment de votre carrière ? Je n'avais pas trop réalisé sur le coup, mais je pense que c'est un tournant puisque c'est la première fois que je suis en position de gagner. Je ne m'en suis pas vraiment rendu compte et j'aurais peut-être dû d'ailleurs... Vraiment, j'aurais pu gagner, et c'est la première fois. Ma deuxième place en Suède, en 2007, il n'y avait pas autant de joueurs, ce n'était pas le même tournoi. Dubaï, c'est un des plus gros champs que j'aie jamais joué, et un des plus gros champs que le tournoi ait jamais eu. C'est vrai que celui-là, je l'avais dans le putter... A l'heure actuelle, c'est un des plus grands moments de golf de ma carrière. Quel est votre point de vue, enfin, sur la jeune classe montante du golf français ? Victor Dubuisson et Romain Wattel pourront-ils, dès cette année, venir vous chatouiller, vous ou Grégory Havret par exemple ? C'est dur à dire pour le moment. Ils ont un talent énorme tous les deux, même s'ils sont différents. Je peux plus parler de Victor, que je connais très bien puisque je m'entraîne avec lui. C'est leur première année sur l'European Tour, mais il me semble que lui et Romain ont un talent qu'on n'a pas connu en France depuis longtemps. On peut les mettre tous les deux sur le même piédestal, même si je pense que Victor a un petit avantage car il me semble plus précoce dans la tête. De temps en temps, il est quand même tendu, il va lui falloir un peu de temps pour gérer ça. Ça va prendre quelques mois, comme McIlroy en a eu besoin. Mais quand ça va commencer à passer... A long terme, je pense qu'il sera au moins dans le top 50 mondial à coup sûr, voire dans le top 20. Il fait un très gros début de saison aussi, il est à 60 000 euros et pour un gamin de vingt ans, c'est bien. C'est aussi bien que les débuts de McIlroy, si ce n'est mieux.