Girard: "Devenons ambitieux"

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Girard: "Devenons ambitieux"
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Prescripteur du vent de fraîcheur apporté par Montpellier, René Girard compte bien pérenniser le club parmi l'élite, au moment d'attaquer sa troisième saison à la tête de la formation héraultaise. Encore marqué par la seconde moitié d'exercice "médiocre" du MHSC, le technicien gardois pense que ses garçons ont les moyens de leurs ambitions. A condition de garder cet état d'esprit qui fait la force de la Paillade.

Prescripteur du vent de fraîcheur apporté par Montpellier, René Girard compte bien pérenniser le club parmi l'élite, au moment d'attaquer sa troisième saison à la tête de la formation héraultaise. Encore marqué par la seconde moitié d'exercice "médiocre" du MHSC, le technicien gardois pense que ses garçons ont les moyens de leurs ambitions. A condition de garder cet état d'esprit qui fait la force de la Paillade. René, on vous avait laissé au mois de juin sur une fin de saison laborieuse et finalement plus stressante que prévue. Comment l'avez-vous vécue d'un point de vue personnel ? C'est vrai que cet exercice a basculé dans le négatif parce qu'on a fait une seconde partie de saison, notamment à la maison, médiocre avec beaucoup de points perdus alors qu'une ou deux victoires nous auraient permis de finir dans les huit premiers. On a eu du mal à enchaîner les victoires, tout s'est un peu retourné contre nous parce qu'on n'a pas fait le nécessaire. La finale de la Coupe de la Ligue nous a mangé un peu d'énergie sur le plan mental, malgré les avertissements que l'on s'était donnés. On a donc eu une fin de saison négative, mais en même temps pas dramatique. On n'est jamais passé à côté de notre sujet en étant catastrophique, on s'est accroché mais on n'est pas arrivé à faire basculer la balance du bon côté. Et justement, quels ont été vos mots pour remotiver vos troupes après cette intersaison ? On est parti directement en vacances après le match contre Bordeaux (38e journée) avec le souci de faire le vide, de revenir sur les terrains le plus compétitif possible. Le sport est fait de bons comme de mauvais moments et c'est bien de goûter aux deux parce que ça nous a permis de mettre du plomb là où on n'en avait pas et de se rendre compte qu'on n'était pas intouchable. 2009-10 aura été la saison de la révélation pour le MHSC, 2010-11 celle de la confirmation, comment qualifieriez-vous l'exercice à venir ? Quand je suis arrivé à Montpellier à l'été 2009, ma tâche était d'essayer d'asseoir le club parmi l'élite. C'est vrai qu'on a fait une première saison inespérée, une deuxième qui aurait pu être très bonne mais qui a été finalement moyenne. L'idée aujourd'hui, c'est de pérenniser ce club dans le milieu de tableau de cette Ligue 1 pour la sérénité de tous. C'est un objectif qui peut nous convenir sans être trop prétentieux. Le MHSC n'est pas un club atypique mais familial, qui fonctionne avec la formation. Il faut arriver à utiliser tous ces jeunes en les entourant de vieux briscards. On est présent par notre respect du groupe, notre humilité et notre envie de bien faire, même si ça peut en gêner certains. Voir nos joueurs sollicités à chaque fin de saison, c'est également un signe encourageant parce que cela prouve qu'ils ont progressé et qu'ils prennent de la valeur. "Un groupe plus concerné" Montpellier s'est fait très discret cet été avec un effectif qui n'a pas beaucoup changé, hormis le départ plus ou moins attendu de Spahic. Faut-il y voir une preuve de confiance envers cet effectif jeune mais au fort potentiel ? Totalement. Le club a une vocation formatrice et aller chercher ailleurs ce qu'on a sous la main, c'est tendre le bâton pour se faire battre. On a vraiment de très bons jeunes, un groupe qui vit bien, un message du staff qui passe nickel. J'ai une grande confiance en mes garçons et ils me le rendent bien. Donc, le premier des recrutements a été de conserver cette osmose et ces jeunes, qui ont une année de plus dans les jambes. Maintenant, avec la perte de Spahic, on a besoin d'étoffer le groupe et de trouver son remplaçant. Stambouli, El-Kaoutari, Mézague peuvent le faire mais c'est un poste qui demande beaucoup d'expérience, surtout sur une saison complète. On a notamment parlé d'un intérêt pour Zoumana Camara (PSG) et Sébastien Puygrenier (Zénith Saint-Pétersbourg) comme suppléant à Emir Spahic. Où en êtes-vous aujourd'hui ? Ce sont des garçons qui sont sur le marché. Le cas de Camara est intéressant parce qu'on s'aperçoit que Paris pourrait, sous réserve, lui laisser un peu de liberté. Ce qui est sûr, c'est que l'on cherche un garçon à ce poste-là. Mais la tâche n'est pas facile car le club ne roule pas sur l'or et donc tous les investissements sont calculés. On essaie de trouver des joueurs libres ou bien étrangers qui conviennent à nos possibilités. Il est hors de question de faire n'importe quoi puisque cette recrue serait juste un plus dans notre effectif. Avez vous l'impression d'être mieux préparé que l'été dernier à pareille époque, avec notamment l'absence de ce cadeau empoisonné qu'était ce tour de Ligue Europa ? Mieux peut-être pas car on a mis la même volonté d'être au point le plus rapidement possible. Mais c'est vrai qu'on avait repris la compétition plus tôt avec cette coupe d'Europe et qu'on s'était d'ailleurs fait sortir assez bêtement (par le modeste club hongrois de Györ, ndlr), signe que la saison allait être difficile de bout en bout. Mais à la reprise, j'ai senti un groupe plus concerné, qui avait très bien vécu la première année mais qui, sans connaître de gros clashes, avait peut-être accepté certaines choses la saison suivante. Et cette année, je trouve qu'on est vraiment reparti du bon pied. Les anciens prennent leurs responsabilités, les jeunes suivent et le groupe vit très bien et a envie de faire une belle saison. Au regard notamment de votre parcours en Coupe de la Ligue la saison dernière et de votre première moitié de saison, l'attente du public va être de plus en plus importante. C'est une pression difficile à gérer pour une jeune équipe comme la vôtre ? Oui parce qu'on a le respect et le souci de donner le maximum pour le public. Montpellier est une ville très sportive (rugby, handball, volley) et ses supporters restent très exigeants. Mais on a besoin d'eux pour avancer. Il faut faire preuve d'indulgence par rapport à cette jeune équipe parce que ce qu'elle fait depuis deux ans, ce n'est pas un exploit mais cela y ressemble beaucoup. "Ne pas donner du pain à manger à certaines personnes" Vous avez notamment émis le souhait à la fin de la saison d'être plus convaincant à la maison. Par quoi cette réussite peut-elle passer ? Il nous a manqué cette confiance, cette efficacité et cette force mentale qui nous auraient permis de faire basculer des matches de notre côté. Il faut garder notre enthousiasme, notre envie d'aller de l'avant, sans se poser trop de questions, et je suis persuadé qu'on va vivre encore de bons moments. Vous souhaitez installer durablement le club en Ligue 1. Cela signifie t-il que vous visez une place parmi les sept premiers, comme l'a déclaré votre président à la reprise ? Je suis un compétiteur et j'essaie de transmettre cet état d'esprit aux garçons. Je ne fais pas partie des adeptes de Pierre de Coubertin et de sa doctrine: "L'essentiel, c'est de participer". Je crois qu'il faut qu'on devienne ambitieux en prenant compte des moyens qui sont les nôtres. Vous n'êtes pas sans savoir que votre équipe jouit d'une image négative avec une dernière place au classement du fair-play. Une réputation qui agace le monde du foot en général et qui a peut-être joué en votre défaveur la saison dernière. Avez-vous laissé des consignes à vos joueurs à ce sujet ? Oui parce qu'on en a souffert la saison dernière, un peu injustement d'ailleurs, même si on n'a pas été tout blanc. Je suis partisan d'un engagement assez fort qui peut parfois passer pour un excès de tempérament. Maintenant, il y a un pas que je n'aime pas qu'on franchisse. Je pense aussi qu'on a subi une cabale médiatique avec des journalistes comme Pierre Menès (Canal Plus) qui ont amené le corps arbitral à avoir un autre regard sur nous. Mais ma première causerie de stage s'est portée sur le rachat d'une nouvelle ligne de conduite tout en gardant nos principes et nos valeurs. Il faudra éviter de faire parler de soi gratuitement et surtout de ne pas donner du pain à manger à certaines personnes. Une résolution qui vaut également pour vous ? Bien sûr. L'un ne peut pas aller sans l'autre. J'ai mon caractère, mon tempérament. On n'est pas tout rose mais on n'est pas tout noir non plus. S'il y a un peu de compréhension de la part de toutes les parties, ça devrait bien se passer. Depuis que je suis dans le milieu du football, ma réputation est faite comme dirait l'autre, et tout ce que je fais, je le fais avec beaucoup d'énergie. Après, c'est facile de toujours taper sur les mêmes. Mais j'ai demandé à mes garçons de faire un effort sur toutes les fautes qui peuvent être gratuites. Enfin, on ne peut pas passer à côté, comment se sont passées vos retrouvailles avec Louis Nicollin à la reprise ? Très bien, on a passé un bon moment. Il a donné les objectifs du club, ce qu'il attendait de nous. Il a été très déçu de notre quatorzième place, comme beaucoup d'entre nous. Quand il dit viser la première partie de tableau, c'est qu'il a confiance en son groupe et qu'il sait que cet objectif est réalisable. Maintenant, moi je suis comme Saint-Thomas, je ne m'avance pas trop, on donne le maximum sur le rectangle et on fait les comptes après. Et si l'on reste dans cet état d'esprit-là, on en "emmerdera" encore quelques-uns...