"Gio" la classe

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"Gio" la classe
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Co-meilleur buteur de Serie A avec cinq réalisations, Sebastian Giovinco concentre les regards des observateurs européens en ce début de saison. Longtemps cantonné au banc de touche à Turin, la "Formica Atomica" a trouvé à Parme un espace d'expression digne de sa créativité et de sa technique en mouvement. De là à être considéré par le sélectionneur italien Cesare Prandelli comme le meilleur joueur du championnat.

Co-meilleur buteur de Serie A avec cinq réalisations, Sebastian Giovinco concentre les regards des observateurs européens en ce début de saison. Longtemps cantonné au banc de touche à Turin, la "Formica Atomica" a trouvé à Parme un espace d'expression digne de sa créativité et de sa technique en mouvement. De là à être considéré par le sélectionneur italien Cesare Prandelli comme le meilleur joueur du championnat. On ne va pas vous faire l'affront de retracer la fable de la cigale et la fourmi. Cette bêcheuse qui, à la première tempête venue, appela à l'aide sa voisine bûcheuse. Sebastian Giovinco connait sans doute par coeur ce classique littéraire, lui qui a hérité du curieux sobriquet de "Formica Atomica" (fourmi atomique). Peut-être même que l'instigateur de ce surnom -un confrère transalpin- s'est inspiré de cet apologue pour qualifier ce format de poche (1,64 m pour 59 kilos). A moins que cela soit plutôt en raison de son gabarit et de son explosivité. Pourtant, le parallèle entre l'insecte ouvrier et le grand espoir du football italien est assez saisissant. Après avoir chanté les louanges de son prodige pendant de longs étés, la Juventus se trouva fort dépourvue quand la bise de "Gio" fut venue. Autrement dit. (Trop) rapidement présenté comme le successeur d'Alessandro Del Piero, la perle bianconera, formée sur les fertiles pelouses de Vinovo, a été contrainte de faire ses classes ailleurs, barrée par une concurrence féroce. Jour de l'exode: 5 août 2010. Lieu de sa nouvelle galerie: l'Emilie-Romagne, Parme. De cette mise au ban, ce fils de père sicilien en a gardé une rancune tenace. "S'il y a bien une chose qui m'a blessé au plus profond de moi, c'est de ne pas avoir pu montrer ma vraie valeur à la Juventus. A Turin, je n'ai eu que des promesses, confie aujourd'hui Giovinco, grand animateur du début de saison, avec cinq réalisations et plusieurs actions géniales. Le co-meilleur buteur de Serie A savoure ainsi sa revanche, lui dont les allures de gamin fragile et vulnérable ont longtemps freiné sa progression. Tous les voyants étaient pourtant au vert, entre une âme de compétiteur naturelle (il a tout gagné chez les jeunes), un bagage technique exceptionnel et une vision de jeu lumineuse. "Il est exceptionnel, clame Vincenzo Chiarenza, son ancien entraîneur en Primavera Juventina. J'ai toujours cru en lui et je me suis même battu pour le faire jouer en équipe première de la Juventus. Selon moi, s'il était né à Barcelone, il serait titulaire depuis trois ans là-bas, parce que la manière qu'il a de jouer, l'adresse qu'il démontre sur le terrain, personne ici en Italie ne l'a". Prandelli : "C'est le joueur le plus important du championnat" Alors, pourquoi avoir attendu de souffler ses vingt-quatre bougies pour afficher ses talents de fuoriclasse ? Parce que son club formateur ne lui a pas fait de cadeaux et préféré une toute autre direction sportive pour celui qu'il a couvé pendant de longues années. Mais voilà, à force d'attendre son heure dans l'ombre de Del Piero, une icône qui "n'a jamais rien dit sur moi (lui) ou sur un possible passage de témoin", Giovinco, qui avait des fourmis dans les jambes, est parti monnayer son sens du jeu à Parme, qui, comme lui, en avait marre de passer pour un jambon. La philosophie des Giallobli -investir sur de jeunes talents pour en récolter les fruits à moyen terme- a immédiatement collé à celle du petit prince, qui trouve enfin un terrain d'expression pour exprimer sa créativité. Désormais utilisé dans sa position favorite, derrière l'attaquant en électron libre, l'international italien prend une toute nouvelle dimension, dans un club, qui reste, malgré tout son abattage, englué dans le ventre mou du Calcio (12e). Ce n'est pourtant pas faute d'essayer. Chaque week-end depuis l'ouverture de la saison, Giovinco met son pouce sur la tête, le petit doigt tourné vers le ciel, en guise de réussite devant le but (cinq réalisations en six journées). Une habitude que le gamin de Beinasco conserve depuis ses débuts professionnels pour signifier que sa taille n'est plus un obstacle et qu'il continue de grandir. Mais même, sans ce geste, les observateurs transalpins ont remarqué que "Gio" avait franchi un cap. "C'est peut-être le joueur le plus important du championnat. Il a une grinta à soulever des montagnes, juge ainsi Cesare Prandelli, qui l'a récompensé en lui offrant une première titularisation face à l'Irlande du Nord (3-0) avec la Nazionale. Gianluigi Buffon, ancien coéquipier chez les Bianconeri avant de le retrouver en sélection, ne reconnait plus le gosse timide de l'époque : "Il est sans aucun doute plus mâture maintenant. Il a bien fait de se remettre en question et de vouloir se créer une place dans une autre équipe que la Juve". De là à envisager un retour au bercail, comme semble le souhaiter Beppe Marotta, directeur général d'une Vieille Dame qui détient encore 50% des droits du joueur ? "Je ne ferme pas la porte", se contente de répondre glacialement Giovinco. La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut.