Gilot terrasse les géants

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Gilot terrasse les géants
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D'une densité historique avec les cinq MPM de l'année, la finale du 100m des Championnats de France a sacré ce vendredi, à Strasbourg, Fabien Gilot, vainqueur en 48"34 devant un autre Marseillais, William Meynard (48"57), qui l'accompagnera aux Mondiaux cet été. Un billet que rate Yannick Agnel (3e) pour deux centièmes (48"59). La surprise tient à la 4e place d'Alain Bernard, qui manque aussi la qualification.

D'une densité historique avec les cinq MPM de l'année, la finale du 100m des Championnats de France a sacré ce vendredi, à Strasbourg, Fabien Gilot, vainqueur en 48"34 devant un autre Marseillais, William Meynard (48"57), qui l'accompagnera aux Mondiaux cet été. Un billet que rate Yannick Agnel (3e) pour deux centièmes (48"59). La surprise tient à la 4e place d'Alain Bernard, qui manque aussi la qualification. Au bal des éclopés, Fabien Gilot et William Meynard sont les rois ! C'est la morale un peu réductrice de cette finale du 100m appelée, c'est certain, à marquer l'histoire de la natation française. Presqu'un lieu commun tant année après année, le sprint tricolore semble capable de reculer le niveau de performance qui est le sien. Un statut de référence mondiale plus incontestable que jamais après cette course de Strasbourg, qui voit les cinq premiers classés signer ni plus ni moins que les cinq meilleures performances mondiales de l'année ! Cesar Cielo, le double champion du monde (50-100m) brésilien, qui prévenait cette semaine, vouloir ne rien manquer de ces championnats aura, on l'imagine, apprécier... Et constater l'énorme sensation qui coupe les ailes d'un Alain Bernard que l'on voyait pourtant, il faut bien le dire, revenir gros comme ça, lui-même avouant retrouver des sensations dignes de Pékin 2012, mais qui au final tombe au-delà du podium, quatrième en 48"71 et à ce titre non qualifié pour les Mondiaux de Shanghai ! Un coup de tonnerre pour le champion olympique qui, sous le coup de la déception, donnait un aperçu de cette incroyable tension, qui désormais accompagne chaque finale nationale: "Bientôt une finale des championnats de France sera plus stressante qu'une finale aux Jeux Olympiques (sourire). C'est dur, mais encore une fois, c'est le jeu !" Un jeu bien cruel qui prive l'Antibois, qualifié uniquement sur 50m, de l'épreuve reine d'un grand rendez-vous international pour la première fois depuis Budapest 2006... Gilot: "Je cherchais ma clé technique..." Gilot devant Meynard, ce ticket 100% marseillais pour Shanghai valait une bonne cote. D'abord parce que ces deux-là reviennent de loin, de très loin même. Au CN Marseille, on aime vivre dangereusement. En début de saison, Gilot et Meynard ont entrevu le pire. Fin août, le premier frôlait l'irréparable en sautant d'une falaise de 4 mètres de haut lors d'un mariage en Corse. Une chute qui aura manqué de le laisser paralysé. Victime d'une fracture de l'apophyse, au niveau du dos, il ne reprendra l'entraînement que début octobre. C'est à moto, victime d'un accident et d'une côte fracturée, que le second, au retour des "Euro" de Budapest qui l'avaient consacré dauphin de Bernard (3e), faillit bien compromettre sa saison. Clin d'oeil du destin, Meynard, conscient alors de ses limites du moment, abandonnera sa qualification pour les Mondiaux en petit bassin de Dubaï à Gilot, qui en fera le meilleur usage en prenant l'argent derrière Cielo. Trois mois plus tard et l'un comme l'autre étaient ce vendredi en pleine possession de leurs moyens. A commencer par un Gilot, qui savait jouer sa dernière carte après son échec la veille sur 50m (3e) derrière Bousquet et Bernard. Même si le sprinter de Denain relativisait après coup cet échec: "Sur le 50, je manque vraiment d'expérience, c'est sûr que j'étais un peu touché, mais je continue d'apprendre..." Sa maîtrise de la distance supérieure en fait en revanche aujourd'hui le nouveau patron, lui qui ajoute à sa couronne en petit bassin, décrochée à Chartres en décembre dernier, le titre suprême. Débarqué à Strasbourg nanti du meilleur chrono mondial de la saison (48''82), Gilot avoue profiter d'un déclic: "C'est bien, je suis ravi. C'est une belle course lorsqu'on connaît les critères de sélection et que l'on regarde les cinq premiers chronos de cette finale. Je cherchais ma clé technique sur le 100m, je suis en train de la trouver et ça me permet d'être de plus en plus stable en compétition", confiait-il à chaud au micro d'Eurosport. Une clé que Meynard partage sans doute, tant le benjamin de cette constellation d'étoiles (23 ans), progresse à vue d'oeil. Le bronze de Budapest avait déjà frappé les esprits, cette fois, le Phocéen assume et confirme, déjà transporté vers l'échéance mondiale de l'été: Ça va être une expérience incroyable, dix fois mieux que les « Euro »", avoue-t-il, presque incrédule devant sa performance (48"57), qui lui permet de priver le Niçois Yannick Agnel de ce second billet pour deux malheureux centièmes (48"59). "Je suis vraiment très fier de moi ce soir, ce n'est que du bonheur." Un relais bouleversé Agnel encaissait, lui aussi, la déception: "Je suis assez déçu, mais c'est le jeu. Au-delà de cette course, on a un beau 4x100m qui se profile." Un relais appelé à un profond renouvellement en l'absence des habituels lieutenants, Boris Steinmetz et Grégory Mallet, éliminés dès les séries du matin, mais aussi de Frédérick Bousquet, seulement septième de cette finale en 49"59 devant le petit dernier du CN Marseille, Romain Magula, (49"72). Le Champion de France du 50m ne fera pas partie du collectif pour la première fois depuis Barcelone 2003 ! Une page se tourne et laisse le dossiste Jérémy Stravius, 5e (48"82), endosser le costume de remplaçant au côté d'un Amaury Leveaux, 6e (49"49), qui sauve les meubles, mais s'envolera pour Shanghai.