Gilot: "Rendez-vous cet été !"

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Gilot: "Rendez-vous cet été !"
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Une semaine après avoir remporté le titre de champion de France, obtenant ainsi sa qualification pour les Championnats du Monde de Shanghai, Fabien Gilot revient sur sa performance et évoque les prochaines échéances. Peu satisfait de sa course à Strasbourg, le nageur du CN Marseille est persuadé de pouvoir faire mieux lors des prochains Mondiaux.

Une semaine après avoir remporté le titre de champion de France, obtenant ainsi sa qualification pour les Championnats du Monde de Shanghai, Fabien Gilot revient sur sa performance et évoque les prochaines échéances. Peu satisfait de sa course à Strasbourg, le nageur du CN Marseille est persuadé de pouvoir faire mieux lors des prochains Mondiaux. Fabien, vous êtes double champion de France, que ce soit en grand ou petit bassin. Après avoir longtemps été dans l'ombre d'Alain Bernard et Frédérick Bousquet, êtes-vous devenu le taulier du 100 m ? En tout cas, je l'espère ! C'est mon troisième titre d'affilée sur la distance reine, donc je suis ravi parce que tous les ans c'est compliqué avec la densité des Français. C'est vrai que ces dernières années, j'avais beau faire de belles performances, cela arrivait toujours à quelques centièmes d'Alain (Bernard, ndlr), à peu de choses. Donc quand c'est comme ça, c'est le premier qui est dans la lumière. Un mot sur votre 100 m ? Le départ se passe plutôt bien... Oui, cela se passe très bien. Beaucoup trop rapide à mon goût. On a déjà débriefé avec l'entraîneur, et la course est loin d'être bonne donc c'est ce qui est encourageant pour la suite. Je m'y suis mal pris sur la première partie où je suis parti un peu trop haut en tempo. Je suis parti un peu au travers de ce que j'aurais voulu faire. Mais le temps, 48"3, avec une victoire, dans ce contexte-là, c'est de bon augure pour cet été, en s'y prenant mieux. Vous avez dit que quelque chose s'était passé sur cette coure... Oui, parce que dans le passé, les courses que j'ai pu gagner, je me sentais bien, je sentais l'état de forme qui était là et la confiance, alors que là Strasbourg, quand je suis arrivé à la compétition, il n'y avait rien de particulier, pas de sensation. Donc j'ai vraiment été la chercher avec les tripes et l'orgueil de me dire: « il faut que j'aille la gagner celle-là, elle est pour moi ! ». Du coup, d'aller gagner une course de ce niveau, face à des adversaires comme ceux que j'ai battus, cela me fait passer un cap dans ma carrière, qui, je pense, va probablement m'aider dans les années à venir. "" Ça a été un déclic, on peut dire ça comme ça ? Oui, ça a été un déclic de plus, c'est sûr. Dubaï en a été un, Budapest également. Celui-ci c'est le déclic du « tu peux gagner les jours où tu n'es pas en forme si tu t'y prends bien ». Vous avez appris de ces victoires ? J'ai beaucoup plus appris de mes défaites. J'analyse aussi les victoires, mais j'ai beaucoup plus appris des défaites du passé. De cette victoire-là, à Schiltigheim, qu'est-ce qu'il reste ? De la fierté, parce qu'elle n'est pas facile à gagner celle-là. Et, je me répète, 48"3, dans un contexte difficile, avec une très très mauvaise gestion de course, je prends volontiers. Et rendez-vous cet été, j'espère aller plus vite. La satisfaction est d'autant plus belle que votre carrière aurait pu prendre fin l'été dernier ? Oui, oui, un petit accident qui aurait pu me coûter la chaise roulante donc je relativise plus. Je prends un peu de recul par rapport à ce que l'on fait, ça me retire un peu de pression des épaules. Mais surtout, je profite chaque jour au quotidien de mes amis, de ma famille, je me régale. Ça m'a fait prendre conscience que la vie peut être courte. Revendiquez-vous cette image de nageur un peu fou fou ? C'est marrant, c'est la double personnalité que j'ai, c'est souvent la partie que les journalistes ne voient pas, j'ai tout le temps tendance à être calme. Je dirais que je suis professionnel et calme dans mon milieu professionnel, et un petit peu jobard dans le milieu personnel. VIDEO Le 100m de rêve de Fabien Gilot "On a prouvé depuis quatre ans, par nos résultats, qu'on est des gens sérieux" Un mot sur le Cercle des Nageurs de Marseille. Qu'est-ce qui fait que dans un sport individuel, cette équipe fonctionne ? On a fait le choix, à la base, de recruter des athlètes qui acceptaient un pacte. A savoir, tu vas travailler avec tes adversaires, mais il faut que tu sois capable d'échanger et de donner tes clés personnelles, pour continuer à progresser plus vite. Donc tous les nageurs qui font partie du groupe ont accepté ça. Ont accepté d'échanger, de donner leurs points forts pour continuer à progresser. Après, c'est l'état d'esprit américain que Romain (Barnier, ndlr) a apporté, cette culture de la gagne, cette alchimie, qui fait que tu crées de la magie un peu autour d'un groupe où tout le monde veut gagner. En fait, tu te retrouves dans une atmosphère professionnelle avec des personnes qui ne pensent qu'à une chose : gagner. Evoluer là-dedans, c'est un plaisir. Ce Cercle des Nageurs dérange-t-il encore ? On a dérangé dans la façon. Il y a quatre ans, quand on est arrivés, quand on nous interviewait, on disait qu'on allait faire le choix d'arrêter la vieille natation, à faire des longueurs, pour développer le côté athlétique. Les gens ont peut-être rigolé, et pourtant, c'est ce qui se faisait aux Etats-Unis déjà il y a quelques années et qui a fonctionné pour eux. Nous, c'était les convictions qu'on avait, que c'était la voix à suivre. Donc les gens ont peut-être rigolé au début, notamment certains entraîneurs français. Au final, tu te rends compte aujourd'hui que dans tous les clubs de France, la préparation physique a pris une part importante de leurs schémas de progression. Donc au final, on ne s'est pas trompés, et on a été les pionniers d'une méthode en France. C'est un honneur d'avoir amené ça dans le monde de la natation. Et puis, je pense que l'on a prouvé depuis quatre ans, par nos résultats, qu'on est des gens sérieux et que l'on est là pour bosser. Cela fait quoi pour un gars de Denain, d'être à Marseille ? J'ai gardé mes valeurs du Nord, j'ai trouvé des valeurs similaires au sein de Marseille, et au sein particulièrement du Cercle des Nageurs de Marseille. Il y a une chose qui est en moi aujourd'hui, et je suis adopté par les Marseillais, je me sens à moitié Nordiste et à moitié Marseillais. J'ai mon coeur qui est aujourd'hui coupé en deux. Il y a une chose que Marseille m'a appris et que j'aime particulièrement, c'est l'appartenance. La fierté d'être Marseillais. Encore une fois, on se rapproche de ce que l'on disait des Etats-Unis, la fierté que certains athlètes ont d'appartenir à une université. Vous pouvez parler d'Auburn avec Frédérick (Bousquet, ndlr), il va avoir les yeux qui vont briller. Moi, c'est mon Marseille, ma fierté au jour d'aujourd'hui. Un petit peu dans l'ombre, malgré tout, de l'OM ? Oui bien sûr, Marseille, c'est une ville de football. On est un petit peu dans l'ombre de l'OM, mais bon, je pense que le football c'est le sport numéro 1 en France, et tous les autres sports, on est un peu dans l'ombre du football. La natation se médiatise un petit peu ? Oui, on commence à avoir un peu de retombées. Tant mieux, c'est bien, ça apporte un petit peu de médiatisation sur un sport ingrat, qui demande beaucoup de temps, où l'on passe environ 6 heures à s'entraîner, sans compter la récupération. Donc ça demande du temps. Les salaires sont en train d'évoluer, mais c'est loin d'être magique. Donc c'est bien, ça apporte, et j'espère que ça servira aux petits nageurs qui arriveront derrière. "J'ai confiance en mes qualités" Avez-vous déjà basculé sur Shanghai ? Oui, on a basculé sur Shanghai depuis le dernier jour du Championnat de France. On a débriefé avec les coaches. On a parlé de la période des vacances, de certaines choses sur lesquelles il fallait faire attention. Et déjà, penser à Shanghai. Essayer d'avoir un coup d'avance, c'est toujours bon. Donc réfléchir à court terme c'est primordial, mais avoir un petit oeil sur le long terme pour préparer l'avenir et ne pas être surpris, c'est important. Comment garde-t-on l'envie de plonger quotidiennement ? C'est sûr que le quotidien de sportif de haut niveau, et peut-être de nageur en particulier, n'est pas marrant, il faut passer du temps. Comme tout le monde qui est fatigué, il y a des jours où tu n'as plus envie. Et c'est là où le groupe de Marseille a sa plus grande importance. Les jours où tu n'as pas envie, il y a un de tes adversaires qui est à côté et qui te mets des roustes à l'entraînement. Donc ça te fait réagir. Et un jour où tu te serais laisser aller, tu ne peux pas. Tu ressors quelque chose de cette séance. Et les jours où tu es à l'entraînement, tu donnes tout ce que tu as, ça marche pas, c'est dur, parce qu'il y en a beaucoup des jours comme ça, et bien tu as également tes coéquipiers, qui ont un petit mot à la sortie de l'entraînement, qui échangent avec toi, où l'on réfléchit ensemble. Ça, c'est la force du groupe. Aujourd'hui, moi je ne pourrais plus me passer de ça. Le groupe de Marseille, je lui donne 200% de ce que j'ai, et en retour, je reçois 200% de ce qu'ils ont. Donc c'est un échange mutuel. Aujourd'hui, le numéro 1, c'est vous, donc il y a toute la meute derrière vous. Vous le sentez ça ? Oui, il y a toute la meute derrière moi, je suis devenu l'homme à battre en France, et je fais partie d'un des prétendants pour le titre cet été. Donc je m'amuse de ça. Je suis arrivé enfin au niveau que je voulais. Avoir la chance de pouvoir jouer des titres. Il n'y a rien de plus excitant. Ça va faciliter mon quotidien qui va continuer à être dur, mais le matin, quand je me réveillerais, je me dirais « j'ai une chance d'aller décrocher l'or », donc « allez, bouges-toi le cul ! ». Shanghai, vous jouerez une médaille ou seule la première place est belle ? Shanghai, ça va être de nouveau un palier, un déclic à passer. Il faut au minimum une finale pour pourquoi pas une médaille, je l'espère en tout cas, et pourquoi pas un titre, je suis persuadé que c'est faisable. Donc on va voir, je ne contrôle pas la progression de mes adversaires, je ne sais pas dans quel état de forme ils vont être. Moi, en tout cas, je me sens capable d'aller vite, et on verra ce que ça donne. Shanghai, Dunkerque, Londres... Trois villes importantes pour vous ? Oui, ce sont les trois grosses étapes qui restent d'ici les Jeux Olympiques, donc comme je vous dis, on réfléchit à court terme, dans les semaines à venir, mais pour moi le court terme c'est Shanghai en fait. Et le long terme c'est Londres, donc on a déjà le plan prévu sur les 16 mois qui arrivent, pour faire en sorte de réussir le mieux possible à Shanghai, tout en n'oubliant pas que l'événement majeur et principal arrive l'année prochaine. Le 100 m idéal pour vous, ce serait quoi ? Le départ, je pense que ce serait prendre celui de César Cielo ou Frédérick Bousquet, qui sont des vrais sprinters, des vrais animaux, et qui ont cette réactivité, cette explosivité au départ que je suis en train de chercher. Le virage, au jour d'aujourd'hui, je pense qu'il n'y a pas un nageur qui est au-dessus du lot. C'est peut-être une des clés de la réussite, il va falloir s'y atteler un petit peu plus. Sous l'eau, sans hésiter, je dirais Michael Phelps. Et après, sur le reste, il y a des nageurs de très très grande qualité, mais je pense que resterais sur moi-même, tout simplement. Si je suis capable de faire un beau premier 50 m, je serais capable de faire un très beau retour. J'ai confiance en mes qualités. Et le 50 m ? Le 50 m, c'est une course où là, cette fois, je ne me suis pas qualifié. L'été dernier j'ai eu une médaille de bronze à Budapest. C'est encore une course qui, pour moi, est incertaine, un peu ballante. C'est-à-dire qu'un jour ça passe, un jour ça ne passe pas. Pour moi, le 50 m, c'est une course d'expérience, une course de vieux. C'est-à-dire qu'il faut être le plus puissant possible, le plus explosif possible, tout en étant le plus relâché possible, pour ne pas se crisper. Et ça c'est quelque chose, qui, pour moi, avec mon caractère un peu sanguin, explosif, ce qui s'est vu sur le finale de Strasbourg à partir un peu trop vite, j'ai besoin de la canaliser. Sur 50 m, je n'ai pas encore trouvé la clé qui me permette d'attraper l'eau et de canaliser cette énergie.