Gavignet toujours debout

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Gavignet toujours debout
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On l'avait quitté sur une Route du Rhum terminée trop tôt, son maxi-trimaran ayant explosé en vol. On le retrouve à Boston où il participe à la quatrième étape des Extreme Sailing Series à la barre d'Oman Air. Malgré la difficulté de la tâche, Sidney Gavignet, trajectoire peu commune de la voile française, s'y attelle avec passion et conviction. Un peu pour les autres. Beaucoup pour lui.

On l'avait quitté sur une Route du Rhum terminée trop tôt, son maxi-trimaran ayant explosé en vol. On le retrouve à Boston où il participe à la quatrième étape des Extreme Sailing Series à la barre d'Oman Air. Malgré la difficulté de la tâche, Sidney Gavignet, trajectoire peu commune de la voile française, s'y attelle avec passion et conviction. Un peu pour les autres. Beaucoup pour lui. Crac, boum, hue... Et le joujou extra de Sidney Gavignet s'est brisé. C'était en novembre 2010 sur la Route du Rhum, une course qu'il voulait vivre comme un voyage intérieur. Il a fini dans une cabine du Cavo Alexander, un cargo venu à son secours au large des Açores. "Ça m'a permis d'être isolé et de faire le point. Je suis assez vite venu à l'idée que je n'avais pas fait de connerie. Ça ne servait à rien de se flageller, le bateau a cassé, point. Je ne suis pas entré en dépression", dit-il. D'aucuns auraient craqué, après cette occasion manquée d'obtenir enfin des galons bleu-blanc-rouge que le parcours à la britannique de l'intéressé ne lui offrait pas encore dans ce pays ne vivant que pour le solitaire. Il restera pour une partie du grand public comme celui qui a abandonné son bateau au milieu de l'Atlantique. "C'est un fait... Je n'ai pas peur qu'on ne retienne que ça. Faire du bateau, c'est bien. Faire du bateau tout seul, ça ne sert à rien. Ce que j'ai dit à ce moment-là, ça racontait quelque chose." L'histoire d'un autodidacte, né à la voile sur un thonier bateau-école à bord duquel il passe onze mois de son adolescence. Un marin français qui a grandi loin de la Bretagne et de ses conventions. Passé par la voile olympique (Laser), le Figaro (1999-2000) ou encore la Coupe de l'America (1994-1995), il vient jouer dans le jardin des Anglo-Saxons en participant à trois éditions de la Volvo Ocean Race, ce tour du monde en équipage et avec escales qui réclame de rester à sa place. "La hiérarchie, c'est très important pour qu'un système fonctionne. Nous, Français, on pense souvent qu'on peut faire aussi bien que l'autre et on oublie souvent de faire sa propre tâche", résume-t-il. Cette épreuve pour les durs, à laquelle s'attaque cette année Franck Cammas, il la remporte en 2000. Mais ce n'est pas suffisant. "J'ai un chouette parcours, j'ai gagné la Volvo, mais c'est un truc en équipe. Je n'ai pas le résultat qui..." Qui lui permettrait de s'asseoir à la table des Desjoyeaux, Peyron ou autre Cammas ? "De trouver ce côté tueur qui me permettrait d'éliminer quelque chose en moi", corrige ce cérébral qui se verrait bien passer à l'écriture un jour. "La différence de culture est énorme..." Il réfléchit à un retour en Figaro. Les circonstances font qu'il se retrouve à la barre d'Oman Air sur le circuit des Extreme Sailing Series, mais le Rhum reste dans un coin de sa tête. "Se mettre au départ d'une course comme celle-là, c'est aussi se mettre en danger", se projetait-il huit mois avant de prendre, pour la première fois de sa riche carrière, le départ de la Route du Rhum, l'autre monument de la voile française avec le Vendée Globe. Au final, il ne se sera jamais aussi bien senti "au bon endroit et au bon moment" que sur cette course. "Plus je me préparais à la Route du Rhum, plus je me disais que le résultat n'avait aucune importance. J'avais bien compris à quoi me servait la Route du Rhum. Là, le résultat est très important." Malgré l'impatience de son sponsor, il se fait toujours attendre, avec, lors des trois premières épreuves de la saison en Extreme 40, deux places de huit et une de neuf sur onze équipages engagés. "J'ai dû tout réapprendre, à commencer par un simple virement de bord", se défend celui qui a élu domicile avec femme (journaliste télé) et enfants (deux filles de 13 et 8 ans) à La Courneuve, en banlieue parisienne. Un engagement par nature. "Des fois, on se demande pourquoi...", souffle-t-il, lui qui marche sur des oeufs au sein de cette équipe omanaise. "Je suis très exigeant avec moi-même. Je n'hésite pas à me faire mal. Plus je vieillis et plus je m'aperçois que tout le monde ne fonctionne pas comme moi", précise-t-il. Sous-entendu, ses jeunes élèves. Qu'il couve comme un grand frère mais qu'il voudrait plus volontaires, plus proactifs. "La différence de culture est énorme..." Mais l'envie est toujours là. La confiance surtout. "La Route du Rhum m'a donné la possibilité de la faire éclore. C'est un beau virage dans mon parcours malgré ce goût d'inachevé." Crac, boum, hue, Gavignet est loin d'être à genoux...