Gavignet: "Je n'ai pas peur"

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Gavignet: "Je n'ai pas peur"
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C'est le dimanche 31 octobre à 13h02 que s'élancera de Saint-Malo la neuvième édition de la Route du Rhum. Dans la nouvelle catégorie Ultimes (bateaux sans limitation de taille), Sidney Gavignet, 41 ans, disputera sa première Route du Rhum à bord d'Oman Air Majan, trimaran conçu dans les moules du Sodebo de Thomas Coville. Doté d'un CV nautique impressionnant, l'intéressé la joue profil bas, mais ne manque pas d'arguments...

C'est le dimanche 31 octobre à 13h02 que s'élancera de Saint-Malo la neuvième édition de la Route du Rhum. Dans la nouvelle catégorie Ultimes (bateaux sans limitation de taille), Sidney Gavignet, 41 ans, disputera sa première Route du Rhum à bord d'Oman Air Majan, trimaran conçu dans les moules du Sodebo de Thomas Coville. Doté d'un CV nautique impressionnant, l'intéressé la joue profil bas, mais ne manque pas d'arguments... Comment vous retrouve-t-on aujourd'hui à la barre d'un trimaran défendant les couleurs du sultanat d'Oman ? C'est un beau clin d'oeil car c'est grâce à mon parcours anglo-saxon, mais aussi à cause de ce parcours. A cause parce que je n'ai jamais pu être présent auparavant sur la Route du Rhum ou le Vendée Globe qui était pourtant mon rêve de jeune navigant, grâce, puisque le patron d'Oman Sail est anglais. C'est en débriefant ma dernière Transat Jacques-Vabre avec Samantha Davies sur Artemis, un sponsor anglais, que j'ai ouï dire qu'Oman Sail préparait la Route du Rhum, je lui ai alors proposé mes services pour la Route du Rhum. Vous allez y participer sur un bateau construit dans les moules de Sodebo, pouvez-vous nous en parler ? La plateforme, c'est le sistership de Sodebo, c'est le même moule, il a été fait en Australie, dans le même chantier, il a ensuite été assemblé à Oman pour lui donner la touche locale. En revanche, on ne peut pas dire que c'est pas le même bateau car Sodebo a des gros plus typés course: les foils, récemment installés, et le mât basculant, ce qui fait que sur le papier, on ne se bagarre pas pour la même place. Les foils, ça peut rapporter 3-4 noeuds à certaines vitesses. Pour comparer à l'automobile, ce serait prendre le départ d'un rallye avec une voiture qui, en pointe, va 20 à 30 km/h de moins que ses adversaires, ce qui est mon cas, car les quatre autres bateaux récents ont tous des foils. Ce qui signifie que vous ne boxez pas dans la même catégorie sur ce Rhum 2010 ? Sur le papier, pour moi, il n'y a pas photo: je n'ai pas de foils, je suis donc cinquième. Maintenant, je me sens très bien préparé et il y a tout un tas d'incertitudes: est-ce que Franck Cammas va s'en sortir avec son gros engin ? Est-ce que Yann Guichard va avoir la météo qui lui permet d'utiliser le plus qu'a son bateau ou va-t-il y avoir du temps un peu corsé qui va l'obliger à lever plus le pied beaucoup plus que nous ? Moi, je viens surtout faire une belle course dans sa globalité et à titre personnel, je viens atteindre un niveau de moi-même jamais atteint. Après, si ça me mène cinquième, troisième ou premier, c'est presque annexe dans ma motivation qui est un peu plus profonde. Si j'atteins ce niveau perso, je pense que je ferai une bonne place. "J'adore le rassemblement d'amateurs et de pros" Vous parlez de développement personnel, cette Route du Rhum doit-elle être un palier à franchir ? Oui, je sens un palier atteignable au-dessus de moi, dans le domaine de la concentration, du focus, de la lucidité. Pourquoi je me centre là-dessus ? Parce que je pense que la clé est là. Tous les gars au départ sont bons sur la ligne, donc la différence se fait sur l'approche personnelle, la motivation. En revenant du tour des îles britanniques (il a battu le record en solitaire en août, ndlr), je me suis dit que cette Route du Rhum, c'était un don du ciel pour moi et je me suis demandé comment être à la hauteur de ce don. Je me suis dit que la réponse à ce don, c'était de m'élever à un niveau jamais atteint dans mon sport et ma vie d'homme. Si j'atteins ce niveau, ce sera une marche qui me permettra d'aller vers d'autres. Quand on vous parle de Route du Rhum, quelles images vous viennent à l'esprit ? J'ai commencé la voile relativement tard par rapport à beaucoup de Bretons, j'ai fait mes premiers bords à quinze ans sur le Lac d'Annecy, je me souviens d'Eugène Ridiguel, j'avais un bouquin de lui avec des récits et des dessins un peu psychédéliques, c'est vraiment le personnage qui m'a le plus inspiré. Sinon, les images, c'est Olympus sur la première édition (le trimaran de Mike Birch qui bat le monocoque de Michel Malinovsky, ndlr), la victoire de Florence Arthaud parce que c'est la première fois qu'une femme bat les hommes, et l'édition 2002 parce que je travaillais avec Yvan Bourgnon sur la cellule météo, ça avait été une aventure d'aller le chercher (comme beaucoup, ce dernier avait chaviré, ndlr). La Route du Rhum revient au «no-limit» cette année, qu'en pensez-vous ? Le «no-limit», c'était la Route du Rhum au début, donc, je trouve ça très bien, ça a un côté aventure, la seule limite, ce sont les muscles, c'est d'ailleurs très bien qu'on ait refusé à Banque Populaire la possibilité d'utiliser les winches électriques ou hydrauliques, ça aurait faussé la poésie du truc. Et c'est chouette d'avoir cette ligne de départ de 85 bateaux de tailles diverses et variées, c'est la beauté de cette course. J'adore le rassemblement d'amateurs et de pros, c'est important d'avoir des courses populaires comme ça. En plus, j'ai la chance de toquer à la porte le jour où ça s'ouvre aux grands bateaux. "L'adrénaline, c'est important" Vous parliez de votre parcours anglo-saxon, vous avez effectivement disputé trois fois (et gagné une) la Volvo Ocean Race, qu'en gardez-vous ? La Volvo, il n'y a pas pire dans la difficulté physique et mentale. On peut penser que l'équipage, c'est plus facile, mais non, car on vit un an et demi dans une ambiance commando. Pour peu qu'il y ait un skipper qui n'ait pas trop de charisme, ça part vite en vrille, ça peut être très dur. Mais c'est aussi ce qui fait sa beauté, l'intensité sur une durée très longue, j'adore cette course, j'aimerais y revenir en tant que skipper pour être confronté à cette notion de management. Vous deux dernières participations ont en effet été assez contratsées... Oui, c'était assez opposé. La première (victoire sur ABN Amro 2 avec Mike Sanderson, ndlr), on avait un skipper très basique, c'était lui le chef. L'avantage, c'est que tout le monde savait où il allait. La deuxième, c'était un skipper pseudo gentleman (l'Américain Ken Read, sur Puma, ndlr), pas très bon au large et assez politique dans sa façon de faire, du coup, tout a été beaucoup plus difficile. Ça a été une expérience très dure pour moi, car la solution au problème d'équipe aurait été de jouer contre-nature, c'est-à-dire de faire le boulot «seulement», j'ai eu du mal. Vous parlez de votre envie d'y retourner, êtes-vous plus attiré par le large que par d'autres disciplines, comme la Coupe de l'America ? Je commence à avoir de la bouteille, j'ai fait beaucoup de large, je m'y sens à l'aise, parce que c'est beaucoup moins ciblé sur un rôle seulement. Sur une Coupe, je ne pourrais pas être barreur ou tacticien, parce que je n'ai pas assez fait de match-race, je pourrais être régleur, mais même si c'est du très haut niveau, ce n'est pas un truc qui m'éclate assez. Le large, il y a plus de notions d'aventure, de risque. L'adrénaline dans mon boulot, c'est important et j'en ai clairement plus en faisant du large. L'adrénaline vient aussi de la vitesse, comment gérez-vous avec votre famille le stress inhérent à la navigation en solitaire sur multicoque ? Ça se vit plus ou moins bien selon ce que j'émane. Là, je me sens vraiment serein, je sens un bateau bien préparé, du coup ma famille est assez cool par rapport à d'autres courses auxquelles j'ai pris le départ. Maintenant, la navigation en solitaire, c'est dangereux. Du coup, il y a toujours un petit truc quand on est sur l'eau, mais l'expérience joue pas mal. Et sur ce bateau, je n'ai pas peur. C'est certes une grosse machine, mais il est tellement marin... A chaque fois que je me suis fait un peu surprendre avec du vent fort qui rentre, j'ai toujours eu le bon réflexe calmement, j'ai à chaque fois trouvé la solution à l'inattendu qui s'est présenté à moi. Il faut être vigilant, mais je suis assez serein.