Galfione : "Je veux prouver"

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Galfione : "Je veux prouver"
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Dans la foulée de sa participation à la Coupe de l'America en 2007 avec Areva Challenge, Jean Galfione s'est pris au jeu de la voile de compétition. Après un apprentissage sur Figaro, le champion olympique d'Atlanta en 1996 s'est fait construire l'an dernier un Class 40, Talanta, à bord duquel il dispute à partir de dimanche la Normandy Channel Race avec Eric Péron. Une course qu'il aborde avec ambition, déterminé à prouver le sérieux de son projet sportif.

Dans la foulée de sa participation à la Coupe de l'America en 2007 avec Areva Challenge, Jean Galfione s'est pris au jeu de la voile de compétition. Après un apprentissage sur Figaro, le champion olympique d'Atlanta en 1996 s'est fait construire l'an dernier un Class 40, Talanta, à bord duquel il dispute à partir de dimanche la Normandy Channel Race avec Eric Péron. Une course qu'il aborde avec ambition, déterminé à prouver le sérieux de son projet sportif. Jean, d'abord un retour en arrière et à votre participation à la 32e Coupe de l'America avec Areva Challenge. Est-ce cela qui a déclenché votre envie de vous lancer dans une «seconde carrière» de sportif ? Oui, complètement. C'est ça qui m'a permis de passer sans transition à une reconversion passionnante. La dernière année, je faisais les deux: lorsque j'ai terminé les championnats du monde à Helsinki (en 2005), deux jours après, je partais à Malmö pour l'Acte 2 de la Coupe Louis Vuitton, j'ai pas mal jonglé entre les deux, c'était un peu compliquée à organiser au début. Mais c'est clair que la Coupe m'a mis le pied à l'étrier, ça m'a donné envie d'en voir un peu plus car il y avait pas mal de types dans l'équipe qui avaient fait du large, ça m'a beaucoup intrigué quand je les écoutais parler. Après, j'ai vu, j'y ai pris goût et j'ai finalement décidé de monter mon propre projet. Je suis très content de ce choix, parce qu'il faut tout gérer de A à Z, c'est plus enrichissant que d'être un peu aux ordres et pas toujours dans la compréhension de ce qui se passe. Vous avez débuté au large en disputant la Transat AG2R 2008 avec Gilles Favennec, avec à la clé un abandon prématuré, cette transat est-elle venue trop tôt ? Disons qu'on n'était pas prêts, il y avait un problème de casting entre nous deux. Gilles est un bon marin, il n'y a rien à dire, mais il n'avait peut-être pas suffisamment d'expérience en course au large. Il n'avait fait qu'une transat en équipage, donc manquait de métier dans cet univers pour pouvoir assurer pour deux à 100%. Et moi, comme je n'avais pas assez de connaissances et d'expérience pour le rassurer, quand il était dans le rouge, je ne pouvais pas vraiment l'aider ou le rassurer. Donc oui, c'était un peu trop pour lui et un peu trop tôt pour moi. Cette expérience ne vous a pas découragé ? Non, car de ma première vie de sportif, je sais très bien que l'échec est inévitable et indispensable dans la progression, il faut juste savoir ce qu'on en fait. J'ai été déçu mais pas dégoûté et je me suis dit que ce qu'il me manquait, c'était d'acquérir de l'expérience, donc de naviguer. Pendant deux ans, j'ai du coûp tapé aux portes de beaucoup de gens pour naviguer sur tous les supports possibles, du J80 aux vieux gréements, sur les Pen Duick, un peu de Foncia avec Michel Desjoyeaux, du 60 pieds avec Sébastien Josse, du 40 pieds avec Tanguy de Lamotte l'année dernière, plein de choses différentes qui m'ont permis d'être plus à l'aise en mer, de mieux comprendre comment régler un bateau, le mât, les voiles... Et je me suis dit: il faut que j'existe, car ça ne va pas venir tout seul, on va forcément m'oublier parce que je n'ai aucune raison de marquer les esprits par les performances. J'ai donc décidé de me lancer dans la construction d'un bateau, le but étant de prouver que mon projet est sérieux. Je pense que je ne me suis pas trompé. "Cette année est un vrai test grandeur nature pour moi" Comment avez-vous procédé pour la construction du bateau ? Comme je ne me sentais pas capable d'être en face d'un architecte pour lui dire ce que je voulais et discuter de mécaniques de fluide ou de sujets que je ne maîtrisais pas, je suis passé par le chantier Structures qui sortait le Pogo S². Les retours sur les deux précédents modèles étaient très bons, je me suis dit que ça allait être difficile de se tromper avec eux, d'autant qu'ils travaillaient avec Finot Conq, une référence en matière de dessins de carène de bateaux de course. En plus ils sont à côté de la maison ! Sitôt mis à l'eau, je l'ai loué à Nico Troussel en lui disant: "Je te propose une location pas chère mais avec moi à bord jusqu'au départ de la course !" Donc de juillet à fin septembre, j'ai navigué tout le temps avec lui, on a mis au point le bateau ensemble, j'ai beaucoup écouté ses réflexions, j'ai apporté les miennes, c'était super intéressant. Je ne lui ai pas demandé d'être prof ou pédagogue, juste que je sois son équipier. Aujourd'hui, le bateau marche bien, il a fait de belles perfs sur la Route du Rhum (deuxième avec Nicolas Troussel à la barre, ndlr), et le fait que des gens de compétence acceptent de naviguer avec moi comme Nico Troussel, Tanguy de Lamotte, Sam Davies ou Eric Péron, montre que le projet a de la gueule parce qu'ils n'ont pas envie de galérer sur des voiliers qui ne marchent pas. Donc l'ensemble du projet tient la route et moi, je progresse à grands pas dès que je sors sur l'eau. Aujourd'hui, j'essaie de faire pas mal de sorties en solitaire pour vraiment maîtriser ce qui se passe. Pourquoi avoir fait le choix du Class 40 et pas du Figaro ? Parce que pour progresser, il faut avoir des camarades de jeu à son niveau et en Figaro, ils sont tous très jeunes et très bons, donc j'aurais continué à ramasser des bouées encore pas mal de temps avant de titrer mon épingle du jeu. Je me suis donc dit qu'il fallait que je trouve une classe avec un éventail plus large de niveaux, la Class 40, qui va des projets pros très pointus à des projets amateurs, me convenait mieux. Maintenant, à moi de me situer et de trouver des camarades pour progresser. Cette Normandy Channel Race est-elle le premier vrai test ? C'est plus cette année qui est un vrai test grandeur nature pour moi. La Normandy Channel Race est ma première grosse course en tant que skipper du bateau, avec Eric Péron qui est un mec talentueux, un Bigouden comme moi et un copain, j'attends beaucoup de son expérience, d'autant que le double, c'est aussi beaucoup de solitaire. Ce qui est certain, c'est que j'ai besoin de prouver que ce n'est plus qu'un effet d'annonce, je veux montrer que j'ai ma place, que j'existe en tant que tel, que mon projet est sérieux. Le top, ce serait de finir dans les trois premiers, mais la première partie de tableau, ce serait déjà vraiment bien. C'est important pour la suite de montrer que j'ai aussi une légitimité sportive. Justement, votre passé d'ancien athlète champion olympique vous aide-t-il au moment de trouver des partenaires ? Disons que c'est plus facile pour ouvrir des portes, mais derrière, les gens ont besoin d'autres arguments, parce que les critiques sont dures. Ils ne peuvent pas se permettre de se lancer sur un truc sans crédibilité sportive. Quand on parle beaucoup d'un projet qui ne marche pas, ce n'est pas bon, c'est pour ça que j'ai pris le problème dans l'autre sens en me disant: "Fais tes preuves, après, ça viendra." Là, j'ai un partenaire qui me permet de payer les frais sur l'année, sauf la Jacques-Vabre que je ne ferai pas car le budget est trop élevé, je remercie énormément Leatherman qui me permet de naviguer, ils sont les premiers à me faire confiance en tant que skipper de mon projet. Alphand ? "Un coup de com' de DCNS et de Marc Thiercelin" Quels sont vos objectifs à plus long terme ? Dans mes objectifs, il y a la Solidaire du Chocolat l'année prochaine (transat en double sur Class 40, ndlr) pour laquelle je cherche un gros partenaire. Après, on verra selon les moyens dont je disposerai. Je suis bien incapable de faire un plan de carrière, je ne vais pas fanfaronner sur des projets qui ne sont pas réalisables. Et la Route du Rhum ? Dans la logique d'une progression, on pourrait imaginer d'aller jusqu'au Rhum, mais aujourd'hui, je ne m'en sens pas capable. Peut-être dans deux-trois ans voire dans six ans, ce n'est pas exclu, mais aujourd'hui, ce n'est pas planifié, même si c'est une course qui fait rêver. Vous n'êtes pas le seul à tenter une reconversion dans la voile, puisque Luc Alphand participera cette année à la Jacques-Vabre au côté de Marc Thiercelin. Son arrivée semble provoquer pas mal de scepticisme dans le «milieu», avez-vous, vous-même, reçu un tel accueil ? Ce n'est pas comparable parce que quand je suis arrivé sur la Coupe, c'était à un poste qui était de tourner des manivelles, un poste physique, je m'occupais aussi de la préparation physique. C'était un peu un coup de com', mais il y avait une certaine cohérence, on utilisait mes compétences. Alors que Luc arrive sur un 60 pieds Open, il ne connaît pas grand-chose à la voile, c'est clairement un coup de com' de DCNS et de Marc Thiercelin. Après, la motivation de Luc est très bien, c'est un mec de projet, d'aventure, il est sympa, il se retrouve là-dedans, il prend ça avec la banane et il fait ça sérieusement. J'espère qu'il va vraiment s'éclater, mais il ne faudrait pas qu'il soit dégoûté. Parce que moi, aujourd'hui, on me proposerait de faire une Jacques-Vabre en double en 60 pieds, avec mon expérience, je ne suis pas sûr que je serai prêt à le faire. Il faut quand même réaliser ce que ça représente, ça peut vite être le bagne si ça ne se passe pas bien. Revenons pour finir sur votre «ancienne vie» de perchiste, que pensez-vous de votre successeur, Renaud Lavillenie, qui a récemment franchi 6,03 mètres aux Championnats d'Europe en salle de Bercy ? C'est un type extraordinaire, un grand champion, mais aussi un homme d'une grande valeur humaine. Il n'a que 23 ans, mais il fait preuve d'une grande maturité, il est toujours très courtois, aimable, intelligent, il a beaucoup d'humour, c'est un passionné de la perche qui saute sans calcul; à chaque compétition, il est à 110%. A Bercy, tout le monde avait envie d'être sauteur à la perche ! Et surtout, il est talentueux et bluffant, parce que c'est un petit gabarit, je le connais depuis longtemps, jamais je n'aurais imaginé qu'il allait arriver à faire ça. Il montre à plein de monde que les limites sont avant tout dans la tête. C'est une bouffée d'espoir pour plein de monde. Justement, ses limites sont-elles au-dessus du record du monde de Sergueï Bubka ? Aujourd'hui, il est à 6,03 mètres, Bubka, c'est encore un autre domaine, le record du monde ne le concerne pas encore, mais ça pourrait le concerner. Il a d'abord une deuxième étape avant, celle de devenir le deuxième perchiste le plus haut de l'histoire, c'est-à-dire faire plus de 6,06 mètres. Ce serait déjà extraordinaire, un exploit absolument dingue, derrière on verra. Mais il est jeune et il n'y a aucune raison qu'il ne continue pas à progresser.