Gabart, trois en un !

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Gabart, trois en un !
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Troisième de la Cap Istanbul à une demi-heure du leader Gildas Morvan au moment de prendre mardi le départ de la dernière étape mardi entre Marmara et Istanbul, François Gabart a réussi un improbable retour, remportant mercredi à 16h22 à la fois l'étape, la course et le titre de champion de France de course au large en solitaire. A 27 ans, François Gabart n'en finit plus d'étonner...

Troisième de la Cap Istanbul à une demi-heure du leader Gildas Morvan au moment de prendre mardi le départ de la dernière étape mardi entre Marmara et Istanbul, François Gabart a réussi un improbable retour, remportant mercredi à 16h22 à la fois l'étape, la course et le titre de champion de France de course au large en solitaire. A 27 ans, François Gabart n'en finit plus d'étonner... "Ils sont où les autres ?" C'est par ces mots que François Gabart a coupé en vainqueur ce mercredi à 16h22'37" Istanbul la ligne d'arrivée de la cinquième et dernière étape de la Cap Istanbul 2010, course en solitaire par étapes disputée sur Figaro Bénéteau 2. Privé de moyen de communication, le jeune homme de 27 ans ne savait alors pas qu'il était parvenu, sur les 110 milles du parcours entre Gelibolu et la métropole turque, à fausser compagnie à toute la flotte au prix d'une option nord le long des côtes que seuls les outsiders Isabelle Joschke, Louis-Maurice Tannyères, deuxième et troisième de l'étape, ont également osé emprunter. "J'avais décidé de me positionner à gauche de la flotte. C'était ma stratégie avant le départ, c'était très clair pour moi. Mais je ne pensais pas que ça me mènerait aussi près de la côte, il a fallu se recaler un peu mais lorsque la bascule à gauche est enfin arrivée, là, j'ai su que c'était une bonne opération." L'arrivée ? "Je savais que j'étais dans le coup mais je ne savais pas du tout si Gildas et Fabien (Gildas Morvan et Fabien Delahaye, premier et deuxième devant lui au classement provisoire avant cette étape, ndlr) étaient loin ou pas !" Ils l'étaient, laissant François Gabart remporter une deuxième victoire d'étape synonyme de victoire tout court sur cette Cap Istanbul et surtout de premier titre de champion de France de course au large en solitaire, dont la Cap Istanbul était la dernière des trois manches (après la Quiberon Solo et la Solitaire du Figaro). "C'est énorme ! Et j'apprécie d'autant plus cette victoire qu'après la quatrième étape, je m'étais fait à l'idée d'avoir perdu tout espoir de gagner la course et de décrocher le titre de Champion de France. Quand on a perdu quelque chose et qu'on le retrouve, c'est d'autant plus fort. On en déguste et apprécie encore plus la valeur." Leader du classement général du Championnat au moment de prendre le départ à Hyères le 19 septembre, le Skipper Macif 2010, deuxième des deux premières étapes, vainqueur de la troisième, pensait en effet avoir tout perdu lors de la quatrième, un souci de ballast lui ayant fait rater le départ tandis que devant, Gildas Morvan, son dauphin au Championnat, prenait la poudre d'escampette pour remporter l'étape avec une avance de 51 minutes sur son rival qui se transformait au classement général de la Cap Istanbul en 30 minutes et 23 secondes. Un retard a priori insurmontable pour François Gabart qui voyait du coup ses rêves de remporter le Championnat quasiment s'envoler, puisque Morvan pouvait être sacré à condition de terminer à Istanbul devant lui. Prochain rendez-vous: la Barcelona World Race avec Michel Desjoyeaux Restaient les derniers 110 milles entre Gelibolu et Istanbul à parcourir, un ultime parcours avant lequel Gildas Morvan se montrait méfiant: "Il n'y a rien de fait. On peut très bien s'attendre à du suspense jusque dans les derniers instants. Il va falloir être sur le qui-vive, rester concentré, bien naviguer... L'histoire se répète car voilà deux ans, nous étions dans la même configuration avec François, dans cette même course. On ne jouait alors «que» la deuxième place de la Cap Istanbul mais déjà le titre de champion de France, et déjà, j'avais une demi-heure d'avance sur lui avant la dernière étape. C'était chaud bouillant: j'avais bien failli tout perdre mais au final, j'avais réussi à conserver mon avantage et à être champion. J'espère que ce sera la même chose cette année !" Les voueux du skipper de Cercle Vert n'ont pas été exaucés, car faute de marquer son rival, qu'il a laissé filer au nord pour rester avec le gros de la flotte, il s'est fait piéger, perdant à la fois la course et le Championnat dont il était le double tenant. C'est donc François Gabart qui, à seulement 27 ans, lui succède, lui dont la Cap Istanbul est un peu la course porte-bonheur, puisque c'est elle qui l'a révélé, en 2007 (deuxième place avec Laurent Pellecuer, alors en double) et l'a confirmé un an plus tard (troisième cette fois-ci en solitaire). Depuis, le jeune homme pressé, vainqueur du classement bizuth de la Solitaire du Figaro 2008, avait enchaîné des places d'honneur, troisième de la Transat BPE 2009, deuxième de la Transat Jacques-Vabre 2009 avec Kito de Pavant sur le monocoque de 60 pieds, Groupe Bel, et surtout deuxième de la dernière Solitaire du Figaro derrière l'intouchable Armel Le Cléac'h. Interrogé avant le départ de la Cap Istanbul sur le phénomène Gabart, Christian Le Pape, qui l'accueille depuis 2007 dans son Pôle France Finistère Course au large de Port-la-Forêt, s'il reconnaissait le talent d'un skipper doté d'une "palette de choix très large", tempérait les ardeurs des thuriféraires du jeune homme en notant: "C'est une gloire exagérée, il n'a encore rien gagné de majeur pour l'instant. Il faut être raisonnable, pour avoir la gloire, il faut gagner." C'est désormais chose faite avec cette première victoire significative sur le circuit Figaro, que l'intéressé tentera de faire fructifier à partir du 31 décembre dans la «classe supérieure», l'Imoca, au côté d'un certain Michel Desjoyeaux sur la Barcelona World Race.