Gabart: "Impossible de rêver mieux !"

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Gabart: "Impossible de rêver mieux !"
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Un an après avoir été sacré champion de France de course au large en solitaire en Figaro, François Gabart a d'ores et déjà réussi son passage dans la "classe supérieure" de l'Imoca en remportant jeudi la Transat BtoB entre les Antilles et le Cap Finisterre. Joint dans l'après-midi, le skipper de Macif nous a confié son bonheur et a évoqué son prochain grand objectif, le Vendée Globe.

Un an après avoir été sacré champion de France de course au large en solitaire en Figaro, François Gabart a d'ores et déjà réussi son passage dans la "classe supérieure" de l'Imoca en remportant jeudi la Transat BtoB entre les Antilles et le Cap Finisterre. Joint dans l'après-midi, le skipper de Macif nous a confié son bonheur et a évoqué son prochain grand objectif, le Vendée Globe. Vous avez remporté ce matin cette Transat BtOB raccourcie (*), où êtes-vous actuellement ? Entre la porte d'arrivée et le Cap Finisterre, je suis en pleine mer avec pas mal de vent, j'essaie de ralentir depuis la nuit dernière pour laisser passer le gros coup de vent qui arrive sur le Golfe de Gascogne, on préfère arriver par 25-30 noeuds que par 45-50, voire plus. Du coup, je suis sous voilure réduite, trois ris dans la grand-voile, mais j'avance quand même à 13 noeuds dans 30 noeuds de vent, c'est difficile de ralentir sur ces bateaux ! Première transat en solo en 60 pieds, première victoire, votre sentiment ? C'est difficile de rêver mieux, même impossible ! Je suis vraiment ravi d'entamer ce projet Macif par une belle victoire en fin d'année, j'étais loin de faire partie des favoris, il y avait du beau monde sur la ligne de départ. Quand tu termines devant des marins qui font partie des favoris pour le prochain Vendée Globe, ça rend la victoire d'autant plus belle. Armel Le Cléac'h, Vincent Riou, ce sont des noms qui parlent beaucoup, des palmarès éloquents, une expérience énorme, j'ai réussi à être devant eux puis à les maintenir à distance en contrôlant la course, c'est une belle performance. Premier à l'arrivée, mais dernier au départ, vous avez failli arriver en retard sur la ligne, racontez-nous... Oui, le départ a été très très juste, personnellement, je ne pensais pas qu'on serait à l'heure parce qu'il y avait beaucoup de travaux à faire sur le bateau après la Jacques-Vabre. Mais l'équipe a super bien bossé, on a compressé certaines tâches pour être prêts, on a fini les derniers travaux dans la nuit précédant le départ, le matin on est partis de Saint-Martin, je n'ai même pas eu le temps d'accoster à Saint-Barth' ! C'était déjà une belle victoire d'être au départ de cette course, c'est une deuxième victoire de la gagner, ça rend le moment encore plus fort, le plaisir encore plus grand ! Où s'est jouée la victoire ? Comme toujours, elle s'est jouée partout et à tout moment, surtout avec les conditions difficiles et ventées qu'on a eues. A tout moment, on est sujet à élimination, on l'a vu avec Virbac-Paprec (Jean-Piere Dick) qui était un des concurrents les plus dangereux au départ. Il a même été devant moi et a finalement eu des problèmes techniques. D'un point de vue météo, il y a eu deux moments-clés: dès le premier jour, quand toute la flotte est partie à l'est, moi j'ai fait davantage de nord, ce qui m'a permis de créer un petit décalage, avec Virbac d'ailleurs; ensuite eu moment où on pensait qu'il faudrait faire de l'est pour contourner l'anticyclone, avec Banque Populaire, on a vu un petit couloir de vent de sud-est qui nous a permis de rester en avant du front et qui nous a réussi. Après, c'était pas mal de vitesse, j'ai essayé de ne pas trop regarder dans mon rétroviseur car je voulais imposer mon tempo et ne pas me laisser griser par les autres. Je m'étais même dit que s'ils revenaient, je n'allais pas accélérer, parce que l'objectif, c'était avant tout d'arriver de l'autre côté pour qualifier le bateau pour le Vendée Globe. Maintenant, ce n'est pas facile de ne pas regarder les autres quand tu sens la victoire à portée, mais je pense que j'ai réussi à me mettre des oeillères aux bons moments, de réduire quand il le fallait, j'ai bien navigué et de manière «safe». "Je reste un outsider sur le Vendée Globe" La qualification pour le Vendée Globe est acquise, c'est une case de cochée en plus en vue du Vendée Globe ? C'est quelque chose d'important, on n'a plus cette contrainte sur le planning 2012, on peut aller faire les courses et les entraînements qu'on voulait sans cette contrainte. Mais le but aussi était pour moi de finir cette première course en solitaire pour poursuivre mon apprentissage. Vous parliez de beaucoup de travaux à faire après la Jacques-Vabre, le bateau avait-il souffert ? C'était sa première course, donc il y avait beaucoup de choses qui n'avaient pas pu être validées en course, on était vraiment court au niveau du timing. A l'arrivée, on a réussi à faire les deux transats dans de bonnes conditions, donc on n'a aucun regret. Mais ces bateaux sont très longs à fiabiliser, ça prend des mois, voire des années, ce n'est même jamais complètement terminé. Là, la vingtaine de jours de la Jacques-Vabre, la douzaine sur la BtoB et les sept jours du convoyage entre le Costa Rica et Saint-Barth' ont été très précieux pour nous en termes de collecte d'informations, j'ai appris plein de choses. Avec cette victoire, vous posez-vous comme l'un des favoris du prochain Vendée Globe ? Cette victoire marquera peut-être les esprits des gens, elle me marque aussi dans la mesure où j'avais plein d'incertitudes avant le départ qui ont été en partie levées. Maintenant, est-ce que je change pour autant de statut ? Je ne crois pas. Je reste un outsider sur le Vendée Globe. Certes, j'ai prouvé qu'on pouvait gagner pour sa première course Imoca en solitaire, j'ai quand même déjà disputé deux Jacques-Vabre et un début de Barcelona en Imoca, j'ai aussi bouclé une transat en solo en Figaro (voir encadré), ça fait déjà une petite expérience. Mais le Vendée Globe, c'est différent, et certains qui l'ont déjà fait ont beaucoup plus d'expérience en la matière. Moi, ce sera mon premier tour du monde, l'expérience acquise cette année ne me permettra pas, je pense, de compenser l'expérience d'autres concurrents et bateaux qui ont déjà fait le Vendée. Vous parliez d'incertitudes en partie levées, quelles sont-elles ? Des incertitudes sur ma capacité à manoeuvrer, à gérer la machine d'un point de vue technique, à gérer les vitesses élevées. J'avais déjà été à ces vitesses en double, mais dans ce cas, c'est plus facile car tu barres et tu t'appuies sur quelqu'un d'autre. Là, la question était: est-ce que le bateau peut-il aller aussi vite sous pilote ? Allais-je être capable de bien régler les pilotes ? Les réponses sont positives. A l'arrivée, il y a beaucoup d'enseignements positifs, on apprend énormément en course, encore plus en solitaire, et à mon retour, j'aurai un carnet entier des réglages et optimisations à faire cet hiver ! Je pense que le projet Macif est celui qui a le plus progressé lors des quatre derniers mois, on partait de rien il y a quatre mois lors de la mise à l'eau, là, une grosse partie du travail a été dégrossie. La suite du programme ? Déjà rentrer jusqu'à Lorient dans 30 noeuds de vent, ce n'est pas si évident. Après, il y aura un bilan à faire, un "feed-back" auprès de l'équipe et des fournisseurs pour voir comment orienter le chantier et les évolutions du bateau cet hiver. Ensuite, du repos ! Car j'ai pas mal tiré sur le bonhomme, j'ai enchaîné ma saison de Figaro en 2010 puis sur l'Imoca en 2011 avec la Barcelona World Race, puis le chantier, la Jacques-Vabre et le BtoB, j'ai besoin de faire un bon break, de faire le plein d'énergie pour reprendre les navigations en mars 2012. Côté course, il y aura la Course de l'Europe en mai-juin, puis essentiellement des entraînements en solo. 2010 avait été une pleine réussite, 2011 s'achève par une victoire, vous êtes un marin comblé ? Oui, je suis comblé, c'est évident que l'année est archi-positive avec une victoire qui va faire du bien à tout le monde: à l'équipe technique, qui a énormément bossé pour la construction du bateau et pour l'opération difficile réussie avec brio entre les deux courses; au sponsor, car cette victoire va permettre de fédérer davantage en interne. S'investir sur un tel projet est un choix difficile, c'est donc important que cela soit récompensé par des victoires. (*) En raison d'un très gros coup de vent attendu vendredi sur la Bretagne, la direction de course a décidé de fixer la ligne d'arrivée (initialement à Lorient), entre deux points au large du Cap Finisterre pour éviter d'exposer les skippers et les bateaux à des risques d'avaries trop importants.