Gabart: "Content de tout"

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Gabart: "Content de tout"
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Vainqueur mercredi de la dernière étape de la Cap Istanbul, ce qui lui permet de remporter la course et le titre de champion de France de course au large en solitaire, François Gabart (Skipper Macif 2010) a confirmé l'énorme potentiel que ses précédents résultats laissaient supposer. Pour ce jeune homme pressé de 27 ans, la prochaine étape s'appelle Barcelona World Race avec Michel Desjoyeaux sur Foncia, avant, espère-t-il, un premier Vendée Globe.

Vainqueur mercredi de la dernière étape de la Cap Istanbul, ce qui lui permet de remporter la course et le titre de champion de France de course au large en solitaire, François Gabart (Skipper Macif 2010) a confirmé l'énorme potentiel que ses précédents résultats laissaient supposer. Pour ce jeune homme pressé de 27 ans, la prochaine étape s'appelle Barcelona World Race avec Michel Desjoyeaux sur Foncia, avant, espère-t-il, un premier Vendée Globe. Vous avez remporté cette dernière étape au prix d'une trajectoire radicale au nord, comment avez-vous fait ce choix ? Je ne pensais pas monter autant dans le nord, mais dès le départ, ma stratégie était de protéger la gauche, ça me paraissait le plus pertinent. Je me suis positionné comme ça assez rapidement, après, le vent a été très à droite avec un bon bord tribord, du coup, j'ai fait tribord en attendant la gauche qui est arrivée plus tard que prévu. Je me suis retrouvé décalé dans le nord, plus que je pensais au départ, mais c'est ce que je voulais faire. J'étais content d'avoir suivi la route qui me paraissait la plus intelligente, sans regarder ce que faisaient mes petits copains à côté alors que, comme j'étais troisième (au général, ndlr), hyper serré avec Jeanne (Grégoire, quatrième, ndlr). J'aurais pu rentrer dans une stratégie plus contrôle de Jeanne. Mais non, je me suis dit qu'il fallait faire sa route et éventuellement attaquer les deux premiers, ça a marché, c'est super. Au moment d'arriver, vous ne saviez pas où étaient vos principaux rivaux au général ? Non, je n'avais pas de classement sur l'eau parce que j'avais un problème d'Irridium. Je ne savais pas si j'étais en tête de l'étape. Je m'en doutais au fur et à mesure que la journée passait, parce que j'avais tiré des bords dans le bon sens, mais je n'étais pas à l'abri d'avoir des bateaux devant moi, en plus la visibilité était très mauvaise. En arrivant sur Istanbul, comme je voyais le bateau média près de moi et qui n'allait jamais devant, je me suis dit qu'il ne devait y avoir personne devant, par contre, je n'avais aucune idée où étaient Gildas et Fabien (Morvan et Delahaye, alors premier et deuxième de la Cap Istanbul, ndlr), ce n'est vraiment qu'une fois la ligne d'arrivée franchie que j'ai compris. On me disait: Bravo !" Je répondais: "Bravo pour quoi ? Pour l'étape ? Pour le général ? Pour quel classement ? Je veux savoir maintenant !" Pensez-vous que Gildas Morvan a fait une erreur de marquage ? C'est dur de juger, je n'ai pas discuté avec lui, il doit être déçu, comme je l'étais lorsque j'ai perdu la tête du général à Bozcaada (après la quatrième étape, ndlr). Mais derrière, j'avais encore un joker, une dernière étape pour me racheter, pas lui. Est-ce qu'il a fait une erreur de marquage ? C'est difficile à dire, d'abord parce que s'il avait un bateau à marquer, c'était d'abord Fabien (Delahaye) qui était très proche de lui, il n'était pas dans une situation confortable. Il s'est tout de suite décalé à un endroit où Fabien et moi on n'était pas, c'est peut-être dommage qu'il n'ait pas suivi à ce moment, mais contrôler les bateaux dans la nuit et avec la visibilité très mauvaise qu'on avait, c'était très difficile. "Une victoire qui compte triple" Cette Cap Istanbul, c'est un peu votre course porte-bonheur ? Oui, j'ai fait toutes les marches du podium (deuxième en 2007, troisième en 2008, ndlr), c'est une belle course, que j'aime bien à tous points de vue: forcément d'un point de vue sportif parce que j'ai fait de bons résultats, mais aussi parce que c'est une course différente des autres, on a une belle relation entre les coureurs, on va dans des coins qui sont vraiment beaux, la traversée de la Mer Egée, c'est chouette, on a la chance de pouvoir naviguer dans ces coins-là, même si le vent est un peu tordu. A l'arrivée, qu'est-ce qui vous fait le plus plaisir: votre première grande victoire ou le titre de champion de France ? Je n'ai pas trop à me poser la question car tout arrive en même temps, je suis content de tout. Mais gagner la Cap Istanbul, c'est quelque chose d'important. Gagner deux étapes plus une course, ce n'est pas rien, le Championnat de France derrière, c'est la cerise sur le gâteau, ça reflète une belle saison. Mon objectif en arrivant sur la Cap Istanbul était de gagner une étape, j'avais fait beaucoup de podiums depuis deux ans, mais la nouvelle marche, c'était d'arriver à gagner. J'ai réussi à gagner une étape à Didim (la troisième, ndlr), en gagnant l'étape d'hier, je gagne le général et le Championnat, c'est une victoire qui compte triple, c'est super. Pour vous, c'est une étape importante de franchie ? C'est sûr, c'est une étape importante parce que je pense qu'il y a une grande différence entre faire deuxième ou troisième et gagner. J'avais fait des podiums, je savais avant cette course que je faisais partie des bateaux qui vont bien, après, de là à gagner, il y a une petite marche. Je ne savais pas combien de temps ça allait me prendre pour gagner une étape ou une course, j'ai réussi assez rapidement à tout faire. C'est important pour moi dans la tête de finir ma saison sur une victoire, je n'ai pas à regarder derrière en me demandant ce que j'aurais pu faire pour gagner. Comment expliquez-vous cette réussite, par du travail ? C'est sûr que je suis un bosseur, je ne le cache pas. Après, c'est dur de trouver des explications toutes faites. Ce qui est sûr, c'est que j'ai ça en tête depuis un bout de temps, je navigue beaucoup, je m'entraîne, j'ai bien bossé avec Eric (Péron, Skipper Macif 2009, ndlr) sur la saison. Petit à petit, je progresse, il n'y a pas de solution miracle, de magie, ça s'est fait petit à petit. Aujourd'hui, je suis en confiance. "Une grosse envie de Vendée Globe" La prochaine étape pour vous, c'est la Barcelona World Race avec Michel Desjoyeaux, là aussi un gros palier à passer ? Oui. Je ne cache pas que ça fait depuis longtemps que j'ai envie de faire un tour du monde, donc c'est un gros palier qui arrive pile au bon moment après une belle saison en Figaro. J'ai plus que jamais envie d'aller faire du 60 pieds autour du monde, j'y pensais beaucoup cette saison, parce que ça me tient vraiment à coeur, encore plus avec Michel Desjoyeaux. J'ai la chance de faire ça rapidement, je suis vraiment heureux de repartir sur ce projet, ce sont de belles choses qui s'enchaînent. J'ai vraiment hâte d'aller naviguer sur le bateau que je n'ai pas encore vu puisqu'il a été mis à l'eau le lendemain du départ à Hyères. Et derrière, il y a toujours l'objectif de disputer le prochain Vendée Globe ? Oui, c'est plus que jamais envisageable, j'ai toujours eu ça dans la tête, avant même de faire du Figaro ! C'est une grosse envie, quelque chose qui me fait rêver, et depuis deux ans, à chaque course en Figaro, à chaque bon résultat, je me dis que j'en suis plus proche. Là, après une belle saison en Figaro, juste avant d'avoir une belle expérience avec Mich pendant laquelle, je suis sûr, je vais beaucoup apprendre et je vais vivre de belles choses pour préparer un Vendée, si j'ai la possibilité matérielle de partir sur le prochain, j'y vais. Même si ça arrive vite et que je suis jeune, j'en rêve et je ferai tout pour y être. Cette possibilité matérielle, en êtes-vous proche ? Je travaille dessus. On peut être très près et ça ne se fait pas, ou parfois assez loin dans la négociation et ça arrive assez vite, il n'y a pas de règle. Pour l'instant, je ne l'ai pas, mais je passe du temps pour y arriver.