Forget: "Oui, j'ai eu peur"

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Forget: "Oui, j'ai eu peur"
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Guy Forget est aux anges. L'équipe de France vient en effet de remporter le double de la finale de Coupe Davis et mène 2-1 face à la Serbie. Le capitaine a avoué avoir eu peur durant la rencontre mais il a su conforter Clément et Llodra afin de leur permettre de renverser la vapeur et de s'imposer en cinq sets. Pour lui, les Bleus sont "dans les temps" et donc bien placés...

Guy Forget est aux anges. L'équipe de France vient en effet de remporter le double de la finale de Coupe Davis et mène 2-1 face à la Serbie. Le capitaine a avoué avoir eu peur durant la rencontre mais il a su conforter Clément et Llodra afin de leur permettre de renverser la vapeur et de s'imposer en cinq sets. Pour lui, les Bleus sont "dans les temps" et donc bien placés... Quel est votre sentiment après ce succès ? C'était vraiment un grand match de Coupe Davis. Je crois qu'on a tous eu beaucoup de chances d'assister à ce match et de vivre de l'intérieur. Parce que c'était long, laborieux, émouvant, dramatique... On s'est parfois énervés. Et puis, à la fin, on s'est tombés dans les bras. C'était un match incroyable. Je tire un grand coup de chapeau à « Mika » et Arnaud. Avez-vous eu peur ? Oui, je le confirme. Même si en apparence, je leur montrais beaucoup de sérénité. A deux sets à zéro, je leur ai dit qu'ils allaient gagner le troisième, le quatrième et le cinquième set. J'étais obligé d'être très optimiste. Mais vu leur jeu jusqu'à ce moment-là, il était difficile d'envisager ce scénario. Je leur ai dit de jouer les points les uns après les autres, qu'ils étaient loin de leur meilleur niveau et qu'il suffisait de faire un break pour que cette rencontre bascule. Il fallait jouer avec cet état d'esprit là. Ils l'ont fait. Et à partir de là, comme par magie, les pièces du puzzle se sont assemblées. C'était loin d'être terminé, mais j'ai trouvé que les Serbes commençaient à baisser de niveau de jeu. Nous, on a commencé à jouer de manière plus constante et régulière. C'est un travail de fourmis, mais à l'arrivée, c'est payant. Dans le Top 10 de vos émotions de capitaine, cette rencontre arrive à quelle position ? Je ne sais pas, mais à chaque fois je me disais : « Ce n'est pas possible, tu ne vas pas revivre un truc pareil. » Mais c'est tellement magique à la fin. C'est tellement de bonheur et d'émotions. Je parle au nom de tous les Français. Les supporters nous ont donné un coup de pouce formidable. Ils ont été chouettes. Je pense également à tout le banc, le staff et tous les autres joueurs, Julien Benneteau et Jo-wilfried Tsonga qui étaient là aussi. Ils n'ont pas arrêté un seul instant de les booster. C'est une victoire vraiment collective. Est-ce qu'ils ont gagné ce match à l'expérience ? Oui, quand on a vingt ans et que l'on joue avec un partenaire de son âge, dans ces conditions là, et avec deux sets de retard, c'est très, très dur de le renverser. Il y a beaucoup de choses auxquelles ils ont pu se raccrocher: leur complicité, leur expérience, leurs résultats passés. Ils sont à un moment de leur vie où ils savent qu'ils ne le revivront pas de sitôt. Ils sont vraiment allés puiser très loin pour revenir dans ce match. "Un beau clin d'oeil pour Clément" Arnaud Clément était absent de l'équipe de France depuis deux ans. Là, il revient pour cette campagne 2010. Il dispute enfin une finale et il vit un moment incroyable... Je crois que c'est beau clin d'oeil pour lui. C'est tellement mérité. Pour moi, Arnaud, c'est un peu « Monsieur Coupe Davis ». Il a toujours été présent et irréprochable dans son attitude, dans ses entraînements et son investissement dans cette aventure humaine. Il se retrouve avec des gars plus jeunes que lui. Un peu par défaut, car Julien Benneteau était blessé. Il assure contre l'Argentine à Lyon. Et puis, une nouvelle fois, il est là, présent. Julien n'est pas remis. Il rapporte un point qui est très précieux pour l'équipe de France. Je me souviens de 2001 en Australie. Il était là déjà. Il avait tout donné à l'entraînement. En 2002 à Bercy, il avait eu mal au poignet. C'est chouette de le voir sur le terrain. Et pour une fois, c'est lui qui a porté « Mika » et qui l'a remis en selle dans ce double. On lui tire tous un grand coup de chapeau. La France vire en tête. Tout va donc se jouer dimanche... On va d'abord assister au match entre Novak Djokovic et Gaël Monfils qui va être énorme. Parce que Djokovic, numéro 3 mondial, devant son public et dos au mur, va, à mon avis, tout donner. Il va mettre la barre très haute pour relancer complètement son équipe. Gaël est à un moment de sa carrière où ce match arrive au bon moment. Il a franchi un cap à tous points de vue. Au niveau psychologique, il est capable de gérer la pression et dans les moments difficiles de se transcender. On l'a vu en Coupe Davis, alors que ses débuts à Maastricht n'étaient pas forcément très positifs. Il s'exprime de plus en plus sur ce qu'il ressent et la manière dont il gère les moments difficiles. On sent que dans son jeu ses options tactiques sont de plus en plus intéressantes. J'aimerais les voir un peu plus complètes. C'est un joueur qui arrive à maturité. Il rêve les yeux grands ouverts. Je sens chez lui une motivation énorme. Est-ce que cela va suffire pour battre Djokovic demain (dimanche) ? Je n'en sais rien. Mais je sais qu'il va tout donner. Je n'ai aucun doute là-dessus. Quand on se réveille le dimanche matin avec la possibilité de rapporter le point décisif pour le Saladier, est-ce jouissif ou flippant ? C'est flippant ! Je me souviens de mon trajet en voiture avec Arnaud Boetsch à Lyon en 1991. On menait 2 à 1. Il essayait de me dire des bêtises pour me faire sourire. Mais je lui avais dit : « Tu vois Arnaud, si je te dis que je suis serein, c'est un mensonge. » Parce que j'avais les chocottes. C'est normal et je pense que c'est bien car c'est ça qui nous pousse à être hyper vigilant et à tout donner. Encore une fois, Gaël a suffisamment d'expérience pour faire un gros match. Je ne peux pas vous dire qu'il va gagner car Djokovic est un gros poisson. Mais tous les voyants sont au vert pour lui. Cela va être un peu le match référence pour lui. "Il y a un garçon de mon équipe qui est prêt à jouer ce match" Qu'allez-vous faire s'il y a deux partout demain ? Je ne vais pas vous le dire, bien qu'il y ait un garçon de mon équipe qui est prêt à jouer ce match. Mon discours va être de dire aux deux joueurs de simple : « Ce match là, c'est le bon. » Il faut jouer pour le gagner. On va préparer aussi bien le premier que le deuxième pour n'avoir aucune surprise. Dans cette situation, il faut vraiment aller la chercher cette Coupe Davis. Elle ne tombe pas toute seule en attendant que l'adversaire fasse des erreurs. Il faut vraiment aller la chercher avec ses tripes, sa volonté et son talent aussi. Les deux garçons qui vont rentrer sur le terrain, ils en ont du talent. Est-ce que cette rencontre vous rappelle la finale 2002 avec Paul-Henri Mathieu lancé dans le grand bain. Est-ce que le profil du joueur pour le cinquième match lui ressemble justement ? C'est une bonne question, mais elle ne me plaît pas du tout car vous me rappelez de mauvais souvenirs. Je n'y pense pas car chaque campagne est différente. Ce ne sont pas les mêmes joueurs, c'est une autre époque. J'espère aussi que l'issue sera différente. Quand j'ai fait ma sélection. J'avais dit : « Si on se trouve à 2-1 samedi soir, on est dans les temps. » C'est ce que j'imaginais. C'était le scénario le plus probable. Maintenant, le talent et la volonté des uns et des autres vont faire la différence. Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Il y a tellement d'inconnues. Moi, mon rôle est de les préparer à ce match et de ne pas les lâcher un seul instant, comme je l'ai fait dans le double pour qu'on puisse ramener ce Saladier à Paris. Cela paraît tellement proche, car on le voit ce Saladier. Par accident, je l'ai effleuré tout à l'heure, mais il semble bien haut sur la montagne. Ce sera un travail de longue haleine, mais on est prêts.