Forget: "On peut mieux faire"

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Forget: "On peut mieux faire"
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Après l'élimination de la France par l'Espagne en demi-finale de la Coupe Davis, Guy Forget a dressé un premier bilan du week-end à Cordoue. Le capitaine tricolore, impressionné par Rafael Nadal, estime que ses joueurs peuvent faire mieux, mais les Espagnols sont quasiment imbattables chez eux selon lui. Forget se tourne déjà vers la campagne 2012.

Après l'élimination de la France par l'Espagne en demi-finale de la Coupe Davis, Guy Forget a dressé un premier bilan du week-end à Cordoue. Le capitaine tricolore, impressionné par Rafael Nadal, estime que ses joueurs peuvent faire mieux, mais les Espagnols sont quasiment imbattables chez eux selon lui. Forget se tourne déjà vers la campagne 2012. Guy, que ce fut difficile pour "Jo" face à Rafael Nadal... Ce fut dur, même si au fil du match, ça allait de mieux en mieux. Il y avait plein d'envie, un esprit offensif marqué. Malheureusement, "Jo" a eu beaucoup plus de déchets que pendant le double hier, notamment en retours de service. Hier, en double, on avait retourné 85% des services espagnols. Aujourd'hui, le service à effet de Rafael Nadal, pourtant pas très rapide, a posé beaucoup de problèmes à "Jo". En retour, il a commis énormément de fautes directes. Parfois, il était un peu trop près. Du fond, "Jo" s'est fait bien manoeuvrer, il s'est aussi fait contrer. "Rafa" a été une nouvelle fois énorme. C'est tellement dur de jouer contre ce gars-là. C'est frustrant, parce que, par moments, "Jo" a l'impression de pouvoir faire mieux que ça. Il doit faire mieux que ça. C'est aussi dû à la qualité du jeu adverse. Pourquoi Nadal est-il si fort sur terre battue ? Vous avez vu le match comme moi. Tout d'abord, il est "indébordable". On ne peut pas lui faire un coup gagnant, à moins de servir comme "Jo" à 220 km/h, et de bien volleyer derrière. Quand "Jo" perd son service, il le perd sur deux volées faciles. En face, ça revient tellement souvent qu'à la fin, on finit par commettre quelques erreurs. C'est un vrai travail de sape. Il lifte tellement bien du fond. Il attrape toujours les extrémités du court sur ses attaques. A la fin, on veut rattraper ses erreurs, alors on tape encore plus fort, et on commet une autre erreur. Et quand on en a marre de faire de fautes, on essaie juste de remettre la balle en jeu. Et là, il en profite pour vous mettre deux banderilles qui vous clouent sur place. On le sait, sur terre, "Rafa" est presque imbattable. Quel bilan tirez-vous de ce week-end ? La France est-elle à sa place ? Franchement, elle est à sa place. Sur terre battue, face à Rafael Nadal, même avec une équipe au complet, on n'est pas assez fort pour battre les Espagnols à la régulière. Si on les affrontait dix fois, en Espagne, sur terre battue, avec leur propre équipe au complet, ils nous battraient huit ou neuf fois. C'est le constat que je peux faire aujourd'hui. Après, c'est sûr, sur certains matches, on peut mieux faire. On peut peut-être prendre un set, prendre un point sur le numéro 2, David Ferrer, mais il faudrait que tout se goupille bien. Il faudrait que l'équipe soit au complet, que tout le monde soit en pleine bourre. Cela fait beaucoup de conditions à remplir. L'Espagne est qualifiée pour la finale face à l'Argentine, et elle est bien partie pour remporter un troisième titre en quatre ans. Aujourd'hui, cette équipe-là, avec ces joueurs-là, elle est quasiment imbattable à domicile. La France a gagné seize jeux en trois matches de simple, c'est peu... Comment expliquer un tel écart ? Je viens de vous l'expliquer. D'abord par la qualité de leur jeu sur terre battue, de leur déplacement, de leur efficacité du fond du court. Ils font moins de fautes que nous et ils sont plus physiques. Donc, pour les prendre, il faut soit les faire rater avec une patience hors norme, soit réussir des coups d'attaque de tout premier ordre. Or, ce week-end, on n'a pas été capables d'être performants dans cet exercice-là. On se fait prendre en contre. On a commis beaucoup trop d'erreurs. Voilà. On peut mieux faire. Mais franchement, de là à aller chercher la victoire, ça me paraît quasiment impossible en Espagne. "On veut bien jouer tout le monde sur terre battue, mais pas l'Espagne" 2012 peut-elle être la bonne année pour l'équipe de France ? Il y a deux ou trois ans, j'ai dit aux gars: on a une équipe formidable, mais pour gagner la Coupe Davis, il faut beaucoup de choses, il faut avant tout des joueurs en forme au moment de la rencontre. Il faut pouvoir bénéficier de l'équipe au complet, car un des joueurs peut avoir une défaillance. Il faut aussi de la chance. Si on doit jouer l'Espagne, l'affronter en France ou à l'extérieur, ce n'est pas tout à fait pareil... Il faut que tous ces paramètres soient au rendez-vous, à moins d'avoir dans sa propre équipe des joueurs comme Nadal, Ferrer, Verdasco, Lopez et Almagro. Là, on peut se dire qu'on va pouvoir gagner plusieurs fois. Ce n'est pas notre cas. L'année prochaine, effectivement, peut être notre année, à condition toutefois que tout le monde soit en forme au bon moment. Avec d'éventuelles rencontres face à l'Espagne, à la Serbie ou encore aux Etats-Unis qui auraient lieu à domicile, on peut avoir une belle carte à jouer. Attendons maintenant le tirage au sort. Y a-t-il une "Gaël Monfils dépendance" dans l'équipe de France ? C'est toujours facile de se poser les questions après coup. Est-ce que Gaël Monfils aurait battu Rafael Nadal aujourd'hui ? La réponse est non. Etait-il capable de battre Ferrer ? Je me pose la question. Peut-être, mais il aurait pu perdre aussi quand on voit la manière dont Ferrer a joué avec le soutien de son public. Battre Ferrer à Roland-Garros avec 15 000 Français derrière soi, c'est une chose. Le battre ici, c'est une autre paire de manche. Il nous a manqué, au même titre que "Jo" nous a manqué l'année dernière en Serbie pour la finale, en indoor sur surface rapide. Il aurait peut-être mieux valu ne pas avoir de spécialiste de la terre battue en indoor... et l'avoir en Espagne. Maintenant, ce que j'aimerais, et ça n'a pas été le cas malheureusement, c'est, dans les grandes rencontres, avoir tout le monde en forme, au même moment et avoir un problème de riche à résoudre. Pourtant cette équipe, sur le papier, elle avait de la gueule. Aujourd'hui, beaucoup de nations rêveraient d'avoir une équipe comme celle que j'avais, avec Gilles, Richard, "Jo" et "Mika". Mais face à l'Espagne, la meilleure équipe du monde, ça ne suffit pas. On se situe juste derrière. Au prochain classement de l'ITF, je pense qu'on sera 2e ou 3e nation du monde. C'est déjà pas mal de se situer à ce niveau-là. Peut-on dire que la terre battue n'est pas, actuellement, une surface pour l'équipe de France de Coupe Davis ? Si, c'est une surface pour nous, contre l'Allemagne, contre les Etats-Unis, contre peut-être même la Serbie. Mais ce n'est pas une surface pour nous contre l'Espagne. On veut bien jouer tout le monde sur terre battue, mais pas l'Espagne. Mais je crois qu'on n'est pas les seuls dans ce cas-là ! On n'a pas de joueurs suffisamment complets pour rivaliser ? Si, on a des joueurs complets. On a Gaël, on a "Jo", on a Gilles, on a des tas de joueurs extrêmement performants sur cette surface. Mais en face, on a Nadal et Ferrer, c'est-à-dire les n°1 et n°3 ou 4 sur terre battue. Et c'est sûr qu'on n'a pas le 2 et le 3 dans notre équipe. "Je suis partant pour faire encore une année, aller au bout de cette aventure" Pensez-vous qu'il faudrait augmenter le nombre de courts en terre battue en France ? Oui, d'ailleurs c'est une politique qui a déjà été mise en place. Mais il faut vraiment mettre l'accent là-dessus. On en parle souvent avec les élus de la Fédération. Quand on voit la manière de jouer des Espagnols et l'efficacité qu'ils ont dans le jeu de jambes, dans la régularité, c'est quelque chose qui s'apprend tout petit. Et plus on va être capable de jouer sur cette surface-là tôt, plus on aura des joueurs capables de bien jouer à Roland-Garros. On attend tous d'avoir un joueur qui puisse s'imposer à Paris, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça se fait en l'espace de quelques années. Aujourd'hui, il y a une vraie volonté politique de le faire, de mettre pas mal de courts en terre battue dans certains centres. Moi, je suis partisan de le mettre de manière systématique dans tous nos pôles et dans tous nos centres d'entraînement pour qu'on puisse avoir des joueurs avant tout forts sur cette surface, et accessoirement sur d'autres, plutôt que l'inverse. On parle beaucoup des cadences infernales du circuit et du calendrier. Voir Novak Djokovic qui abandonne dans l'autre demi-finale vous interpelle-t-il quelque part ? D'abord, il faut voir que la Serbie, quand elle n'a pas Djokovic, n'est plus la même équipe. Alors que l'Espagne, sans Nadal, va battre les Etats-Unis chez eux. L'Espagne a un potentiel de joueurs beaucoup plus fort, c'est ce qui fait la richesse d'une telle nation. Ils sont capables de gagner sur tous les continents, sur toutes les surfaces, même parfois sans leur leader. Quand "Rafa" est là, c'est une équipe qui est quasiment imbattable. Quant à Djokovic, il a payé les efforts de son été américain, de son parcours extraordinaire à l'US Open. On sait qu'ils ont l'un et l'autre aligné les matches avec des conditions climatiques très mauvaises. Et on voit que "Rafa" est encore supérieur à Djokovic dans la récupération. Nadal, ça ne nous aurait pas dérangé qu'il boycotte un match sur cette rencontre pour cause de fatigue. Or, ça n'a pas été le cas, il était présent et a été très bon. Serez-vous encore capitaine de l'équipe de France en 2012 ? J'ai un contrat qui court encore sur une année, donc je ne sais pas si c'est vraiment le moment de se poser la question. A priori, je suis dans la course. Maintenant, je pense que le président parlera avec les joueurs. Moi, je suis partant pour faire encore une année, aller au bout de cette aventure. Il faut que tout le monde ait envie de le faire. Si je peux encore filer un coup de main, ce sera avec plaisir. Sentez-vous qu'il y a une complicité de plus en plus importante avec cette génération ? Oui. Cette génération s'entend bien depuis pas mal de temps. Sans que ce soit forcément toujours les meilleurs copains du monde, ils ont un intérêt commun, c'est d'unir leurs forces pour gagner la Coupe Davis. J'espère que dans les semaines et les mois à venir, ils arriveront à coordonner leur programme pour jouer des doubles ensemble. Qu'ils élaboreront des plannings intelligents afin de ne pas arriver carbonisés, voire blessés, sur des rencontres de Coupe Davis. Et qu'ils arriveront à progresser individuellement pour rendre cette équipe encore plus forte. Si demain Richard Gasquet, Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga ou Gaël Monfils gagnait un tournoi du Grand Chelem, notre équipe deviendrait tout à coup encore plus forte. Et quand on voit ces quatre garçons aux portes du Top 10, avec "Mika" Llodra et Julien Benneteau derrière, on se dit que l'équipe peut devenir énorme. Alors voilà, ce qu'on espère tous, c'est de les voir très vite dans les derniers carrés de tous les grands tournois.