Forget: "Créer l'exploit"

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Forget: "Créer l'exploit"
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A dix jours de la demi-finale de Coupe Davis en Espagne, Guy Forget a dévoilé sa présélection. Le capitaine de l'équipe de France a retenu Gaël, Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet, Michaël Llodra et Julien Benneteau. Face à Rafael Nadal et ses coéquipiers, c'est une montagne que les Bleus devront franchir pour jouer une deuxième finale consécutive.

A dix jours de la demi-finale de Coupe Davis en Espagne, Guy Forget a dévoilé sa présélection. Le capitaine de l'équipe de France a retenu Gaël, Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet, Michaël Llodra et Julien Benneteau. Face à Rafael Nadal et ses coéquipiers, c'est une montagne que les Bleus devront franchir pour jouer une deuxième finale consécutive. Guy, quels joueurs avez-vous retenus pour affronter l'Espagne, à Cordoue, en demi-finale ? Nous allons partir à Cordoue avec six joueurs. Pour l'instant, les quatre joueurs que j'ai retenus sont, par ordre de classement, Gaël Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon et Richard Gasquet. Je vais également faire venir Michaël Llodra et Julien Benneteau. Il y a d'ailleurs de fortes chances que Michaël Llodra entre dans les quatre et que je sorte un des joueurs de simple dans la composition définitive, la semaine prochaine. Aujourd'hui, Richard Gasquet et Gaël Monfils ont encore des petits soucis physiques. J'espère que tout sera rentré dans l'ordre d'ici-là. Quels sont les pépins physiques dont vous parlez ? Richard a une petite douleur au coude. Il doit passer des examens complémentaires. Quant à Gaël, il éprouve encore une gêne au genou. Mais tout cela devrait prendre une bonne tournure dans les jours qui viennent. Comme nous devons communiquer notre sélection aujourd'hui (mardi), j'ai préféré élargir le groupe à six joueurs. J'ai fait ce choix-là, tout en sachant qu'il sera modifié au moment du tirage au sort. Quoi qu'il arrive, intégrerez-vous un joueur de double parmi les quatre sélectionnés ? Oui, absolument. Partir à six joueurs, c'est une première ? Non, on l'a déjà fait. On a prévu de faire des exercices spécifiques en double. Cela obligera à passer plus de temps sur le terrain. Et c'est bien, dans ces cas-là, d'avoir un joueur supplémentaire pouvant se mettre à la disposition des autres. Sans pépins physiques, avez-vous déjà votre composition définitive en tête ? J'ai ma petite idée, mais cela peut évoluer. On sait que les choses peuvent bouger d'un jour à l'autre. Si ma décision devait être prise demain, je sais quels seraient mes choix. Ensuite, j'ai besoin de parler avec les joueurs, savoir comment ils se sentent, comment ils s'adaptent à la terre battue, comment l'idée de jouer tel ou tel adversaire les séduit ou non, afin de savoir si on est bien sur la même longueur d'ondes. Ce sont des choses que je pourrai faire uniquement une fois le dialogue entamé avec eux. Et bien sûr, je ne peux pas le faire pendant l'US Open. La présence ou non de certains joueurs côté espagnol pourrait-elle modifier votre choix quant à votre équipe ? Ça peut changer quelque chose d'un point de vue "choix des hommes" par rapport à tel ou tel adversaire. Mais on a quand même des joueurs qui, en simple, sont relativement proches les uns des autres. Au niveau du double, ils ont trois équipes très fortes. Préparer plusieurs joueurs sur un match comme celui-là n'est pas un luxe pour nous. "Les progrès de l'équipe passent par les progrès individuels de chacun" Que pensez-vous des performances françaises à l'US Open ? Certains sont encore en course, d'autres ont été éliminés prématurément... Gilles Simon contre Del Potro et Jo-Wilfried Tsonga contre Verdasco et Fish ont fait des matches solides. L'un et l'autre ont encore des chances d'aller plus loin dans ce tournoi. Que pensez-vous de Gaël Monfils qui semble vouloir donner une orientation plus offensive à son jeu, ce que vous lui recommandiez depuis déjà un bon moment ? C'est le devoir de tous les joueurs de faire évoluer leur jeu, de le rendre plus complet et plus performant. Quand on voit les qualités de fond de court de Gaël ou même de Richard, on ne peut que saluer cette démarche de chercher à être plus offensif. Pour autant, le jeu de Gaël, avec ses nouvelles intentions, a semblé quelque peu désordonné face à Juan Carlos Ferrero à l'US Open... Les choses ne se mettent pas en place du jour au lendemain. Quand tu décides de donner une orientation différente à ton jeu, plus offensive, tu en fais parfois un peu trop, parfois pas assez. C'est seulement au fil des matches que tu arrives à trouver un bon équilibre. C'est ce qu'est en train de faire Gaël. Quels enseignements aviez-vous tirés du quart de finale face à l'Allemagne, qui s'était disputé également sur terre battue ? Même si l'adversaire n'avait pas la même valeur que l'Espagne sur cette surface, y avait-il des leçons importantes à tirer de cette rencontre ? Des enseignements, oui et non. Je pense qu'avant tout les progrès de l'équipe passent par les progrès individuels de chacun des membres du groupe. Je crois surtout en ça. C'est par rapport à ça qu'on est complètement impliqué dans ce qu'ils font tout au long de l'année avec leurs entraîneurs individuels respectifs. La France possède aujourd'hui quatre joueurs dans le Top 15 mondial, ce qui est assez exceptionnel. Pensez-vous que votre équipe est plus forte que l'an passé et qu'elle a les moyens d'aller gagner en Espagne ? Déjà, elle est plus forte parce qu'à chaque fois cette saison, on a eu une équipe au complet. C'est un vrai plus. Après, je ne sais pas quand l'Espagne a perdu chez elle sur terre battue pour la dernière fois, mais c'était il y a fort longtemps. On ne peut pas imaginer obstacle plus grand à franchir que celui-là. Aujourd'hui s'il y a une équipe à éviter, c'est l'Espagne chez elle. Autant tu peux jouer la Serbie chez elle... Je pense que c'est moins fort que l'Espagne chez elle. Idem pour l'Argentine chez elle. Le summum serait d'arriver à créer l'exploit en battant les Espagnols chez eux. C'est le défi qui nous attend. Pour répondre à votre interrogation, la dernière défaite de l'Espagne à domicile remonte à 1999. C'était face au Brésil de Gustavo Kuerten. Depuis, elle reste sur dix-neuf victoires consécutives à domicile, toutes remportées sur terre battue... Voilà, ce n'est pas si étonnant ! Alors, comment aborde-t-on une telle montagne ? Il n'y a rien de révolutionnaire, il n'y a pas de choses miraculeuses à faire. Il faut juste essayer de préparer la rencontre au mieux, en étant bien physiquement, en faisant des choix tactiques marqués, en essayant de respecter les consignes de jeu. Au-delà du fait de battre Nadal en Coupe Davis, il faut surtout battre Nadal en cinq sets. Or, des joueurs capables de battre Nadal en cinq sets sur terre battue, à part Robin Söderling il y a deux ans à Roland-Garros, je n'en connais pas. Voilà ce qui nous attend ! Et moi sur le terrain, je vais tout faire pour que mes joueurs puissent se sublimer, chacun d'entre eux, sur chaque match. Car quand ce ne sera pas Nadal en face, ce sera David Ferrer et il n'a pas perdu beaucoup de matches non plus sur terre en cinq manches ! Par rapport à ça, je pense que Gaël fait partie des garçons qui peuvent apporter un ou même deux points précieux. "On ne battra pas l'Espagne en étant timides" Est-ce facile de se ré-acclimater à la terre battue après un passage aussi long sur dur ? Non, c'est un peu long. Mais je me souviens que Gaël par le passé l'a pas mal fait, Gilles l'avait bien fait aussi contre l'Autriche. On va essayer de faire au mieux. Il faut se dire que cela va être pareil pour les joueurs espagnols. Quelle sera selon vous la clé de la rencontre ? Il faudrait déjà gagner le point du double. Ce sera hyper, hyper important. Et réussir si possible à gagner le point du numéro deux. Et si à un moment donné, un joueur est capable de créer l'exploit en battant Nadal, c'est sûr que ce sera extraordinaire. Mais on va essayer de mettre l'accent sur les matches qui sont, entre guillemets, un peu plus accessibles, en sachant que celui qui devra affronter Nadal le vendredi, s'il joue, n'aura rien à perdre. Il devra essayer d'être très percutant dès le début, sans round d'observation. Le Nadal actuel semble peut-être un tout petit peu plus vulnérable qu'il y a quelques mois, y compris sur terre battue... Est-ce également votre sentiment ? On disait la même chose le concernant avant Roland-Garros, cela ne l'a pas empêché de gagner le tournoi ! Il y a Nadal à Wimbledon, sur dur, et puis, il y a Nadal sur terre battue, qui plus est chez lui. C'est quelque chose qu'il faut prendre en ligne de compte aussi. Tu sais que quand tu joues en cinq sets face à lui sur terre, tu es obligé de faire un match plein. Pour une telle rencontre, avez-vous envie d'instaurer un esprit commando entre les joueurs ? Oui, mais quelque part ce sont des phrases qu'on a dites une ou deux fois et qu'on nous ressort maintenant à chaque fois ! Nous devrons prendre des risques et être audacieux. On ne battra pas l'Espagne en étant timides. Pensez-vous que l'équipe d'Espagne sera revancharde par rapport à l'an passé et sa défaite à Clermont-Ferrand ? Peut-être un peu, mais pas parce qu'on l'a battue en France. Tout simplement, parce que quand l'Espagne joue chez elle devant 13 000 personnes, elle a envie de montrer le visage d'une équipe hyper forte et quasi imbattable. Ce sera forcément très, très difficile. Pensez-vous que les victoires enregistrées à l'US Open par Julien Benneteau sur Almagro, par Jo-Wilfried Tsonga sur Verdasco, même si le contexte était différent, même si la surface était différente, pourraient avoir un impact psychologique ? Tout match gagné face à l'adversaire, que ce soit en Grand Chelem, ou sur une autre surface, te fait marquer des points. C'est bien. Si Almagro, par exemple, se retrouve sur le terrain, il aura en tête qu'il a perdu contre un Français à l'US Open. Toutes les défaites peuvent avoir des conséquences. Mais d'un autre côté, Nadal a gagné tous ses matches sur terre battue contre les Français depuis des années. Et ça, ça donne une confiance terrible.