Fernandez-Martinez, l'argent du large

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Fernandez-Martinez, l'argent du large
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En coupant la ligne d'arrivée de la Barcelona World Race en deuxième position mardi, moins d'un jour après les vainqueurs, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, les Espagnols Iker Fernandez et Xabi Martinez ont fait une entrée fracassante dans le monde de la course au large. Sur l'ancien Foncia de Michel Desjoyeaux, le tandem, qui s'était jusqu'ici illustré en 49er, série olympique, a fait preuve de surprenantes capacités d'adaptation.

En coupant la ligne d'arrivée de la Barcelona World Race en deuxième position mardi, moins d'un jour après les vainqueurs, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, les Espagnols Iker Fernandez et Xabi Martinez ont fait une entrée fracassante dans le monde de la course au large. Sur l'ancien Foncia de Michel Desjoyeaux, le tandem, qui s'était jusqu'ici illustré en 49er, série olympique, a fait preuve de surprenantes capacités d'adaptation. "Imaginez qu'il y a quatorze mois, nous n'avions jamais navigué sur un 60 pieds en débarquant à Port-la-Forêt." Ainsi parlait en fin de semaine dernière le volubile Iker Martinez, au moment où, en compagnie de son taiseux alter ego Xabi Fernandez, il s'apprêtait à entrer en Méditerranée et à faire route vers Barcelone, terme de la deuxième édition de la Barcelona World Race. Une Barcelona World Race que l'un comme l'autre disputaient pour la première fois, eux qui, jusqu'ici, s'étaient surtout fait connaître dans le monde de la voile par leurs exploits sur une embarcation trois fois et demie plus petite qu'un 60 pieds Imoca et 85 fois plus légère, le 49er. Depuis la fin des années 1990, les deux compères collectionnent en effet les honneurs dans cette série olympique, sacrés champions olympiques à Athènes en 2004 avant de décrocher l'argent en 2008 à Pékin, mais également champions du monde (2002, 2004, 2010) et champions d'Europe (2002, 2007, 2008). Un palmarès qui a fini par attirer l'attention dans un pays, l'Espagne, qui, depuis une décennie, ne cesse de s'ouvrir à la course au large, spécialité jusqu'ici très anglo-française, puisque «Iker et Xabi» ont participé aux deux dernières éditions de la Volvo Ocean Race, course autour du monde en équipage, la première sur Movistar en 2005-06 (abandon), la seconde sur Telefonica Blue en 2008-09, avec à la clé une place sur le podium et deux victoires d'étape. Un professeur nommé Michel Desjoyeaux... L'ancienne Whitbread a sans doute agi comme un déclencheur pour le tandem, tout comme la prise en main par la FNOB, fondation destinée à développer la voile de compétition sur le littoral catalan, de l'organisation de la Barcelona World Race. Passée sous pavillon ibérique, la course se devait de proposer un plateau espagnol, les organisateurs ayant tout fait pour susciter des vocations. Iker Fernandez et Xabi Martinez n'ont sans doute pas été difficiles à convaincre de se lancer dans l'aventure du tour du monde en double, restait à trouver un professeur et pour cela, rien de mieux que celui dont le surnom est justement «le Professeur», Michel Desjoyeaux en personne, qui leur a non seulement vendu son Foncia 1, plan Farr avec lequel il a gagné le dernier Vendée Globe, mais surtout assuré le service après-vente en accueillant ses élèves au Pôle Finistère Course au large de Port-la-Forêt. "Quand on a vu le bateau, on s'est dit: Par où on commence ?", se souvenait vendredi dernier Iker Martinez. Michel Desjoyeaux se charge de l'apprentissage express, avec un cahier des charges qu'il décrit lui-même en février 2010: "Ils ont une expérience du large mais ils n'ont pas abordé les aspects stratégie, météo, électronique, outils de communication qui font partie intégrante de la problématique du marin en mer aujourd'hui. Du coup, ils sont un peu sceptiques face à leur capacité à intégrer et digérer tous ces aspects. Je suis là pour leur transmettre une partie de ce savoir et les rassurer. Et pour la petite histoire, quand je leur ai annoncé que je lançais également la construction d'un nouveau 60 pieds avec Foncia pour m'aligner sur la Barcelona World Race, Iker, du tac au tac, a répondu: Super ! On n'aura plus besoin de travailler la météo, on n'aura qu'à te suivre !" Un avenir de nouveau olympique ? Et c'est effectivement ce que feront les deux Basques lors de la première partie de cette Barcelona World Race, avec une entame de course dans le peloton, que les intéressés remontent peu à peu, au gré des avaries et abandons des autres concurrents. Après un mois et l'abandon de Foncia, les voilà deuxièmes, une place qu'ils ne quitteront plus, en dépit de pépins techniques auxquels ils n'échapperont pas (dérive abîmée dans l'Indien, casse de drisse peu après le Cap Horn). S'ils reviendront un temps à moins de 10 milles de Virbac-Paprec 3, Iker Martinez et Xabi Fernandez finiront par se rendre à l'évidence, le premier déclarant mi-mars: "C'est vraiment difficile d'envisager de les rattraper. Ils ne vont pas faire de grosses erreurs. Ce sont des leaders, ce n'est pas pour rien, ils naviguent très bien." Un compliment que leur renverra Jean-Pierre Dick lundi peu après son arrivée victorieuse: "Ce sont d'excellentes recrues (sic), j'ai été sidéré du potentiel de ces deux coureurs, c'est assez impressionnant d'apprendre à cette vitesse. Loïck au début me disait: Tu verras, ils ne feront pas long feu. Finalement, ils ont tenu pas mal !" A l'arrivée, même si Mapfre n'a observé aucun arrêt (contre deux pour Virbac-Paprec 3), moins d'un jour (23 heures 4 minutes 59 secondes) ont séparé les deux bateaux à Barcelone après plus de trois mois de mer, le tandem espagnol gagnant haut la main ses galons dans la classe Imoca. De quoi voir plus loin, notamment du côté du Vendée Globe ? "Non, pas du tout, répondait vendredi dernier Iker Fernandez. Je suis un joueur olympique (sic), pas un joueur solitaire. En plus, ma femme ne me laisserait pas partir ! Pour les Français, c'est un choix, c'est le chemin par lequel ils pensent arriver à la gloire. Mais je ne comprends pas bien comment ils font ! J'aimerais bien refaire une autre Barcelona, ou le Dakar !" Mardi, peu après son arrivée, l'intéressé, tout à sa joie de finir deuxième, ajoutait: "La course était géniale, encore mieux que ce que l'on espérait . Dans le futur, nous aimerions revenir sur ce circuit, nous pouvons tout imaginer désormais , si l'on revient une autre fois, on pourra faire mieux encore." En attendant, il est fort probable que leur avenir immédiat passe par une autre quête d'or, olympique, puisqu'il se murmure que les deux hommes se verraient bien tenter de décrocher un deuxième titre en 49er à Londres en août 2012. Insatiables avec ça...