Federer dégomme l'invincible

  • A
  • A
Federer dégomme l'invincible
Partagez sur :

Sensationnel Roger Federer. Le Suisse, arrivé à Roland-Garros en catimini tant toutes les attentions se portaient sur le duel entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, a réussi l'exploit d'infliger au Serbe sa première défaite de l'année (7-6, 6-3, 3-6, 7-6), vendredi sur le court Philippe-Chatrier. L'homme aux 16 titres du Grand Chelem, que l'on n'avait pas vu à ce niveau depuis longtemps, retrouvera l'Espagnol en finale. Presque contre toutes attentes.

Sensationnel Roger Federer. Le Suisse, arrivé à Roland-Garros en catimini tant toutes les attentions se portaient sur le duel entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, a réussi l'exploit d'infliger au Serbe sa première défaite de l'année (7-6, 6-3, 3-6, 7-6), vendredi sur le court Philippe-Chatrier. L'homme aux 16 titres du Grand Chelem, que l'on n'avait pas vu à ce niveau depuis longtemps, retrouvera l'Espagnol en finale. Presque contre toutes attentes. Et Novak Djokovic a perdu. Il aura fallu attendre le début du sixième mois de l'année pour que le Serbe connaisse la défaite en 2011. Après 41 victoires (43 consécutives si l'on y ajoute celles de fin 2010 en finale de la Coupe Davis), et alors qu'il avait l'occasion d'égaler le record en la matière de John McEnroe, datant de 1984, Djokovic a trouvé son maître, vendredi, sur la terre battue de Roland-Garros. Ce maître, qu'il a été durant 285 semaines sur le circuit, n'est autre que Roger Federer. Le Suisse, distancé ces dernières semaines par le duo Nadal-Djokovic, a retrouvé de sa superbe au meilleur moment pour réussir à vaincre l'"invincible", à l'issue d'un match de très haute facture terminé à la tombée de la nuit. Cette 14e victoire de Federer sur Djokovic, Romain Arneodo l'avait pronostiqué. Qui ça ? Romain Arneodo, lequel a connu l'extraordinaire privilège d'être à la fois le sparring-partner du Suisse et du Serbe mardi et mercredi à Paris. Et après avoir fait des échanges avec les deux champions, le jeune homme de 18 ans, classé -15 et pensionnaire du pôle espoirs de Roland-Garros, avait tranché. "Avant le tournoi, j'aurais dit Djokovic. Mais après avoir tapé la balle contre Roger, je dis Federer, pronostiquait-il auprès de nos confrères de L'Equipe. Il est tellement fort." Ça on le savait, mais le Suisse n'avait pas laissé cette impression sur un court depuis longtemps, pas cette saison en tout cas. Jusqu'à son arrivée sur la terre battue de la Porte d'Auteuil. "C'est peut-être un bon cadeau pour lui (Nadal) que j'ai battu Novak" Vendredi, Federer a rappelé pourquoi il avait tant dominé son sujet pendant des années. Déjà bien en jambes depuis le début de la quinzaine, le vainqueur de l'édition 2009 a accordé sa prestation au plus que parfait, notamment lors d'une première manche d'anthologie conclue au jeu décisif (7-6 [5]) après 1h10 de coups fantastiques. Quatre échanges de break allaient émailler cette manche que Djokovic aurait pu conclure à 5-4 quand il se procurait deux balles de set consécutives sur le service adverse. Mais le Suisse serrait le jeu et les écartait grâce à deux grosses premières balles. Remonté comme une pendule et soutenu par un public presque entièrement acquis à sa cause, Federer s'adjugeait le deuxième set sur sa lancée en produisant un tennis toujours époustouflant, à la limite de dégoûter le meilleur joueur actuel (6-3). Mais le Serbe, malgré ce coup reçu sur la tête - d'autant plus s'il savait que l'Helvète n'a jamais perdu un match en cinq manches en 174 précédents après avoir mené 2-0 -, a réagi, comme le champion qu'il est. Plus agressif, il reprenait du poil de la bête dans la troisième manche. Profitant aussi d'une petite baisse de régime du Bâlois, coupable de quelques fautes qu'il ne faisait pas en début de partie, "Nole" revenait dans le coup (3-6), faisant alors planer le doute que la partie ne puisse aller à son terme en raison de l'obscurité naissante. Mais Federer allait soulager les organisateurs, qui auraient alors pu regretter d'avoir, pour la première fois, fait débuter les demi-finales messieurs à 14 heures (au lieu de 13h) afin que les spectateurs des loges puissent finir leur déjeuner tranquillement... Pourtant breaké à 4-4 et donc à un jeu de revenir sur le court samedi, le Suisse trouvait les ressources pour refaire son retard et pousser son rival, lequel l'avait battu trois fois sur trois en 2011, pour un deuxième tie-break. Comme dans le premier il s'appuyait sur une première balle diablement efficace pour faire la différence, et, comme un symbole, achevait son chef d'oeuvre sur son 18e ace de la rencontre (7-6 [5]). Voilà Federer qualifié pour sa 23e finale dans un Majeur, la cinquième à Roland-Garros. Dimanche, dans des conditions météorologiques sans doute orageuses, il y retrouvera son meilleur ennemi, Rafael Nadal, qui l'a battu quatre fois sur quatre sur la terre battue parisienne, dont trois fois sur la dernière marche (2006, 2007 et 2008). Tout sourire au micro de Cédric Pioline une fois la qualification en poche, le Suisse adressait un message plein de modestie à son futur adversaire qui fêtait ce jour son 25e anniversaire : "C'est peut-être un bon cadeau pour lui que j'ai battu Novak", faisant allusion aux récents déboires de l'Espagnol face au Serbe. Ce dernier, qui pouvait à la fois en cas de victoire devenir numéro 1 mondial, égaler la marque de John McEnroe donc et se qualifier pour sa première finale à Roland-Garros, a beaucoup perdu d'un coup. Mais pas contre n'importe qui.