Extrême... dans tous les sens

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Extrême... dans tous les sens
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Quelle sera la deuxième équipe qualifiée pour la finale du Top 14 ? Entre une équipe du Racing en quête de son glorieux passé et une formation héraultaise pleine d'avenir, entre la densité francilienne et la fraîcheur montpelliéraine, entre la rigueur de Pierre Berbizier et la science de Fabien Galthié, tout oppose les protagonistes de cette deuxième demi-finale. Sauf leur volonté de voir le Stade de France.

Quelle sera la deuxième équipe qualifiée pour la finale du Top 14 ? Entre une équipe du Racing en quête de son glorieux passé et une formation héraultaise pleine d'avenir, entre la densité francilienne et la fraîcheur montpelliéraine, entre la rigueur de Pierre Berbizier et la science de Fabien Galthié, tout oppose les protagonistes de cette deuxième demi-finale. Sauf leur volonté de voir le Stade de France. "On ne devrait pas être là, il y a un problème ! Donc profitons-en !" Et comment, Monsieur Galthié ! Invités surprises du dernier carré du championnat, un constat établi à l'aube de cet exercice 2010-2011 et pas à la lecture de leur saison, les Montpelliérains, encore loin d'être inhibés par leur rendez-vous contre le Racing-Métro 92 samedi, ont déboulé avec leur fraîcheur et leur enthousiasme vendredi au Vélodrome. "On aurait dit une équipe de cadets, qui descend du bus, à prendre des photos de partout, à se dire: "Moi je veux être dans le siège à Valbuena, Mandanda, ou autre..." Julien Tomas a dû prendre un morceau de pelouse dans sa chaussette", en souriait Fulgence Ouedraogo, le capitaine montpelliérain. Une bande de gamins, les yeux grands comme des ballons de rugby à la découverte du stade marseillais, bien décidée à vivre pleinement l'événement, car "si on est là, et même si c'est une anomalie, c'est qu'on ne l'a pas volé", rappelle Fabien Galthié, l'homme du renouveau héraultais, tour à tour papa poule et surveillant de ce groupe euphorique. Un entraîneur tout en circonvolution, tantôt énigmatique, tantôt enflammé, passé maître dans la communication, lui le consultant que l'on s'arrache, mais dont le bilan parle de lui-même. Hier champion de France avec le Stade Français (2007) qu'il avait hissé en finale du championnat et de la H-Cup pour sa première année sur un banc (2005), aujourd'hui loué pour sa réussite à la tête du MHR. L'ancien pénible demi de mêlée, redouté par ses adversaires, est devenu un tacticien reconnu, au point d'être régulièrement cité parmi les favoris pour prendre en main les rênes du XV de France à l'issue de la Coupe du monde. Une réputation qui tranche, comme une vitrine de cette demi-finale tout en contraire, avec celle de son homologue du Racing, un Pierre Berbizier de plus en plus isolé à force de se poser en victime. Chacun son chemin Et pourtant, Galthié ne s'y trompe pas en faisant le portrait de celui qui l'a entraîné quatre ans durant en équipe de France avant de l'oublier pour la Coupe du monde 1995. "On ne fait pas ce qu'il a fait par hasard. Je pense qu'il est bon, expliquait-il cette semaine sur RMC. C'était un bon joueur, il a des qualités en tant qu'entraîneur et stratège. Il est tenace, très dur. Il aime la compétition. C'est un terrible compétiteur. On n'est pas ce qu'il est par hasard." Pour réponse, celui qui s'amuse du statut de communicant de son ancien joueur, rend un hommage en creux à cette équipe héraultaise, victorieuse de leur première confrontation cette saison (36-19): "Je crois que ça a été la meilleure des leçons, qui nous a de suite sensibilisés sur la difficulté de cette compétition. Ça nous a permis de revenir sur terre et peut-être de nous retrouver en fin de saison ; je tiens à remercier les Montpelliérains qui nous ont ouvert les yeux sur notre réalité du moment et nous ont permis sur une certaine rigueur que nous n'avions pas eu ce jour-là." Depuis, le Racing-Métro 92, même avec un Sébastien Chabal sur une jambe, méforme qui lui a valu sa place en Nouvelle-Zélande et peut-être son statut de titulaire samedi à l'occasion d'une demi-finale pour laquelle il a été requalifié in extremis, est monté progressivement en puissance pour terminer à la deuxième place de la saison régulière. "Comment parler du Racing ? C'est bon partout, costaud partout, résume Galthié. Ils ont un banc aussi dans un match, où il risque de faire chaud, en plein après-midi ; quand leur banc va se lever, il va falloir s'accrocher. Il y a toutes les armes au Racing, ils ont le pied, la vitesse, la puissance, l'expérience... individuelle, pas collective." A cette puissance, les Montpelliérains opposeront l'enthousiasme de leur jeunesse, mis en garde par leur staff des risques de subir plus que de vivre l'événement. Eric Béchu, l'indissociable acolyte de Galthié, donne les clés dans les colonnes du Midi Libre : "D'un côté, il y a ce qui nous a fait avancer depuis le début de la saison, notamment la crainte de l'adversaire, cette espèce de peur de Toulon et de son effectif, la peur d'aller à Castres dans un environnement hostile et, maintenant, la peur de l'effectif, de la densité du Racing-Métro. Et, de l'autre côté, la confiance, le fait de se dire « on est capable ». Il faut essayer d'osciller entre la confiance et la crainte en trouvant le juste milieu." Une crainte que Berbizier, loin d'accepter le costume de favori que l'on prête à son équipe, a lui-même utilisé à l'évocation de cette demi-finale inédite. "En vingt ans, beaucoup de choses ont évolué, et il y a forcément beaucoup de crainte, la crainte de la découverte, rappelait-il jeudi. Le Racing se retrouve en demi-finales pour la première fois depuis vingt ans. Beaucoup de choses ont évolué depuis vingt ans. Il y a beaucoup de fierté aussi de renouer avec la légende, je crois que les garçons, qui endosseront ce maillot ciel et blanc, auront envie de renouer avec cette légende forte du Racing." Entre une équipe à la recherche de son passé glorieux et une autre qui tente de se dessiner un futur radieux, le Vélodrome est un point de convergence. Et le Stade de France une récompense pour celle qui sortira victorieuse de ce choc des extrêmes.