Et ce n'est que le Japon...

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Et ce n'est que le Japon...
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Fidèle à sa tradition qui la voit bredouiller son rugby à l'entame de chaque Coupe du monde, l'équipe de France, avant de signer sur le tard un succès bonifié (47-21), a surtout frôlé la correctionnelle face au Japon samedi, à North Shore, où Dusautoir et les siens se sont liquéfiés, en même temps que leur jeu, après le repos. Surtout, les maux restent les mêmes et les solutions bien rares.

Fidèle à sa tradition qui la voit bredouiller son rugby à l'entame de chaque Coupe du monde, l'équipe de France, avant de signer sur le tard un succès bonifié (47-21), a surtout frôlé la correctionnelle face au Japon samedi, à North Shore, où Dusautoir et les siens se sont liquéfiés, en même temps que leur jeu, après le repos. Surtout, les maux restent les mêmes et les solutions bien rares. Tremblez All Blacks et Tonguiens ! L'équipe de France est lancée. Bien sûr, ce dimanche matin, les experts-comptables tricolores n'auront aucune raison de ruer dans les brancards en constatant que les Bleus, crédités d'une première victoire bonifiée (47-25) dans cette Coupe du monde, pointent en tête de la Poule A en compagnie de McCaw et ses superstars. Que demande le peuple, pourrait-on dire. Beaucoup plus justement que cette prestation ô combien inquiétante, qui ne risque pas d'avoir donné des insomnies aux rivaux des Français. Marc Lièvremont a toutes les peines à réprimer une désagréable impression de déjà-vu lorsqu'il dénonce dans un premier temps "la suffisance" face aux Japonais de ses joueurs qu'il n'a pourtant pas cessé de mettre en garde sur les qualités de jeu de cette formation nippone. Peine perdue... Ses Bleus ont une nouvelle fois joué les dilettantes et dilapidé une avance de près de vingt points. "C'est le mal français, dès qu'on a vingt points d'avance, on met les mains en haut du guidon et on relaxe..., regrette ainsi Aurélien Rougerie, pour la première fois dans le dur depuis son match de reprise de Dublin -le Clermontois avouera avoir "eu quelques douleurs cette semaine". "On n'arrive pas à enfoncer le clou directement et à se mettre à l'abri assez rapidement. Ça met du suspense pour le public, mais nous, ça nous fait chier", se lamente un Vincent Clerc, auteur de son quatrième essai en cinq matches. Et les Français de réveiller d'un coup d'un seul leurs démons quand à l'heure de jeu, au comble de la débandade tricolore, le Japon a entrevu l'improbable exploit en revenant à quatre points de ses adversaires. Médard: ""Putain, ça va faire comme l'Italie !"" "On se dit: « Putain, ça va faire comme l'Italie ! »", avoue Maxime Médard encore marqué, quoi qu'en disent ses partenaires, par le désastre romain du dernier Tournoi. "En plus, tout le public était derrière eux, personne avec nous, c'était un peu compliqué." A la différence près que Dusautoir et les siens ne sont pas ici coupables d'un manque basique d'engagement, comme le notait plein d'à-propos face aux micros un François Trin-Duc, nettement moins inspiré sur le terrain: "Aujourd'hui, on avait beau y être, si on avait envie de mettre des coups de tête dans les rucks, le ballon était déjà sorti." Un constat encore plus inquiétant qui, à niveau d'engagement égal, laisse l'équipe de France à portée de la 13e nation mondiale... Gênant lorsqu'on vise le titre suprême. Une ambition qui apparaît plus que jamais déplacée... Forcément douloureux de voir cette équipe de France, dont on aimerait croire qu'elle attend encore son pic de forme (voir par ailleurs), à nouveau à ce point ballotté, d'une fébrilité confondante et toujours sans fond de jeu digne de ce nom, où chacun va tenter de sauver la patrie en danger... Sauf que question individualités, capables de renverser une rencontre à elles toutes seules, c'est la confirmation que les Bleus n'ont pas ce genre d'outil en magasin. "On a essayé d'avoir des réactions individuelles, regrettera Clerc, et puis, on est revenu dans du collectif sur les vingt dernières minutes. Mais il a fallu se canaliser, se calmer et remettre la marche avant." Lièvremont le dénonce: ses joueurs ne jouent pas ensemble dans ces moments de turpitude. Or, point de salut pour cette équipe de France sans collectif. "On a réussi à marquer sur des lancements de jeu. Ça veut dire qu'il n'y a que le collectif qui nous permettra de nous en sortir, abonde en ce sens un Yachvili, auteur d'un match brouillon", selon ses propres termes. Les Nippons ne juraient avant la rencontre que par le rugby champagne de leurs prestigieux adversaires. Ils repasseront... Ce sont les joueurs de John Kirwan qui ont samedi enflammé la pelouse du North Harbour Stadium. On attendait des progrès de l'équipe de France, on a surtout constaté la nouvelle dimension de cette équipe du Japon, capable, c'est peu de le dire, d'en remontrer en matière de jeu et dont on n'ose imaginer ce qu'elle aurait fait des Bleus si elle avait été dotée d'une mêlée digne de ce nom. "Et malgré tout, le contrat est rempli ce soir (samedi), ose finalement Yachvili. On a gagné, on a le bonus, on est heureux et on va travailler sur tout ça." Une manière plutôt partielle de voir les choses. "Ça aurait pu être pire, on l'a connu en 2007, en 1999, je me souviens que les premiers matches n'avaient pas été bons non plus, et ça n'avait pas empêché d'atteindre la demi-finale et la finale." Des arguments qui, autant le dire, peinent à convaincre...