Estevan: "Ne rien regretter"

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Estevan: "Ne rien regretter"
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Nommé à la tête de Boulogne à la fin de l'année, Michel Estevan va disputer son premier match dimanche, à l'occasion des 32e de finale de la Coupe de France face à Amiens. Le technicien provençal, à l'envie intacte, évoque avec franchise l'épisode de son éviction d'Arles-Avignon. Attristé pour les joueurs, il règle ses comptes avec les dirigeants et Faruk Hadzibegic, son successeur.

Nommé à la tête de Boulogne à la fin de l'année, Michel Estevan va disputer son premier match dimanche, à l'occasion des 32e de finale de la Coupe de France face à Amiens. Le technicien provençal, à l'envie intacte, évoque avec franchise l'épisode de son éviction d'Arles-Avignon. Attristé pour les joueurs, il règle ses comptes avec les dirigeants et Faruk Hadzibegic, son successeur. Michel, comment se sont passés les premiers contacts avec Boulogne ? Le président Wattez m'a appelé, c'est aussi simple que cela. Des personnes qui s'occupent des intérêts des uns et des autres m'ont contacté pour savoir si j'étais intéressé par Boulogne. Moi, j'ai dit oui. Ensuite, j'ai rencontré le président Wattez, on s'est vu, on a discuté et on s'est mis d'accord. Son discours, tout le monde le connait. C'est quelqu'un, je pense, que tout le monde a envie de rencontrer dans sa vie d'entraîneur. Je demandais une chose: je ne voulais pas prendre la place de quelqu'un si la personne était toujours en place. Le départ de Laurent Guyot vous a ouvert la porte ? A partir du moment où le poste était vacant, là ça m'intéressait d'entraîner. Monsieur Wattez s'est comporté comme je le souhaitais. Il a vu Laurent (Guyot) et le poste est devenu vacant. On a discuté franchement et on n'a pas mis longtemps pour tomber d'accord. Souhaitiez-vous reprendre un club aussi rapidement ? Oui, j'avais envie. Quand on est entraîneur, on est fait pour être sur un terrain. Tout ce qui s'est passé, tout ce qui a été dit dans les journaux, cela ne sert qu'à faire du mal. Donc oui, j'avais envie de retrouver le terrain. J'ai eu une proposition en Grèce, je suis d'ailleurs allé visiter les installations d'un club de première division, mais j'ai décliné l'offre. J'ai eu d'autres contacts au Maghreb, trois clubs et une sélection, mais je n'avais pas envie de donner suite. Je souhaitais rester en France, peu importe la région. Avez-vous reçu des propositions en France, avant Boulogne ? Déjà, il n'y avait pas de poste vacant. Ceux qui m'ont contacté, des agents surtout, pour me représenter, je leur ai dit que je voulais que la place soit libre. Pas question d'être proposé à un club dont la situation est un peu ambigüe, d'être le détonateur. "Je pense que j'ai fait le bon choix" Boulogne, c'est le style de club que vous recherchiez ? Je n'avais pas de recherche précise. Il fallait d'abord un club qui s'intéresse à moi. Cela a été le cas avec Boulogne. Maintenant, je pense que j'ai fait le bon choix, parce que c'est un club familial, structuré, organisé. Ce sont de bonnes conditions pour réussir et il faut qu'on réussisse. Justement, quels sont vos objectifs ? Le maintien le plus rapidement possible. Après, on fera le bilan pour voir où on en est, si on a atteint la barre des 44 points. S'il reste une journée et que c'est cuit, tant pis. S'il reste dix journées, on va tout faire pour y arriver. On verra au fur et à mesure, mais déjà le maintien. Racontez-nous la première prise de contact avec les joueurs ? Je les ai rencontrés la semaine dernière, quand je suis allé à Boulogne pour me mettre définitivement d'accord avec le club et Monsieur Wattez. Moi, j'ai senti un groupe réceptif, qui ne demande qu'à travailler. C'est sincèrement un bon groupe. Après, je les ai sentis choqués par ce qu'il s'est passé. Par rapport à Laurent Guyot, parce qu'ils ont vécu des choses ensemble durant un an et demi. Ils ont vécu un traumatisme, mais c'est normal. Vous avez connu la Ligue 1 assez brièvement avec Arles-Avignon. Avez-vous envie d'y retourner ? Plus que tout ! Mais pas n'importe comment et pas à n'importe quel prix. Si demain ça se termine avec Boulogne et qu'un club de Ligue 1 vient me chercher, je me renseignerais sur tout l'entourage et mon choix se fera en fonction du président. Il ne peut y avoir de bon entraîneur sans bon président. "Hadzibegic, quelqu'un de pas bien..." Vous semblez encore amer de la fin de votre histoire à Arles. Non, non, pour moi c'est fini. Je sais ce que j'ai fait, eux savent ce qu'ils ont fait. Le seul regret que je peux avoir, c'est qu'on ne m'a pas laissé de chance. On m'a tendu un piège, je le savais, j'ai quand même voulu y aller par respect des couleurs de la ville, des couleurs du club, pour tous les supporters et les joueurs. Dès le mois de septembre, je savais qu'il n'y avait pas d'issue. Suivez-vous encore les résultats de l'équipe ? Êtes-vous attristé de sa situation ? Pour les joueurs, oui. Pour certains dirigeants, c'est bien fait pour eux. C'est comme dans une entreprise: quand il y a de mauvais dirigeants, l'entreprise coule. Ils sont à l'origine de cette situation. Le recrutement a été mal fait. Que j'ai été consulté ou pas, ce n'est pas le problème. Il faut avoir des joueurs compétitifs, c'est tout. Avez-vous eu des contacts avec Faruk Hadzibegic, votre successeur ? C'est quelqu'un de pas bien... On ne peut pas solliciter une place comme il l'a fait, être représentant de l'UNECATEF (Union nationale des entraîneurs et cadres techniques professionnels du football, ndlr) et se comporter comme il l'a fait. C'est-à-dire ? Moi, j'ai dit que je ne voulais pas servir de détonateur. Lui, s'il avait pu s'en servir, il l'aurait fait. Je le lui ai dit d'ailleurs, lors de la seule occasion où on s'est vu, à Clairefontaine pour les inscriptions au DEPF (Diplôme d'entraîneur professionnel de football, ndlr). Il a eu une attitude cavalière, voire déplacée. Notamment certains propos dans la presse. Il a dit que l'équipe était mal entraînée. On avait le préparateur physique de l'équipe de France et sept fois champion de France avec Lyon (Robert Duverne, ndlr) et moi. Je ne suis pas grand-chose, avec deux clubs j'ai réussi à monter huit fois. Lui est à la tête de l'équipe depuis deux mois, elle est "mieux entraînée" mais elle ne gagne pas plus. "On a proposé ma place à Duverne" Le départ de Duverne n'annonçait-il pas déjà la fin de votre aventure à Arles ? Non, ce n'est pas ça. On lui a proposé ma place. Il est venu me le dire, aux joueurs également. Il n'a pas accepté parce qu'il n'avait pas les qualités requises et l'envie. Être numéro un en première division, il ne voulait pas. Il était venu à Arles pour Michel Estevan et pas pour un autre. Il a préféré démissionner. Les dirigeants d'Arles m'ont tenu un autre discours. Mais j'ai eu Robert au téléphone après et il m'a dit: "Ce que je t'ai raconté, c'est la vérité". Moi, je le crois. Je fais confiance aux gens. Parfois trop, mais je fais confiance. C'est le cas à Boulogne ? Oui, c'est l'impression que j'en ai. Après, tout peut arriver dans la vie. Si on n'a pas de résultats, on est écarté. Ce n'est pas pour autant que les gens se sont mal comportés. En tout cas, j'attends beaucoup de mon équipe. Surtout au niveau de l'état d'esprit. S'il y a un engagement total, s'ils ont mis leurs tripes sur le terrain, pas de problème. C'est à moi ensuite de régler les problèmes tactiques et techniques. Quand on est généreux, qu'on se donne à fond, qu'on s'appuie sur les vraies valeurs de la vie, les résultats viennent. La chance sourit aux audacieux et c'est ce que je vais essayer de leur inculquer. Et ne rien regretter.