Dusautoir: "Le capitaine, c'est moi"

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Dusautoir: "Le capitaine, c'est moi"
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Libéré par sa récente prolongation au Stade Toulousain, où il entend achever sa carrière, Thierry Dusautoir a pu retrouver l'esprit libéré le XV de France avec lequel il attaquera samedi, face à l'Ecosse, la défense du Grand Chelem conquis en 2010 par les Bleus. Dans un entretien exclusif accordé à notre site, le capitaine tricolore révèle avoir proposé à Marc Lièvremont d'abandonner le brassard, avant d'être conforté dans un rôle qu'il entend assumer jusqu'à la Coupe du monde. Plus motivé que jamais.

Libéré par sa récente prolongation au Stade Toulousain, où il entend achever sa carrière, Thierry Dusautoir a pu retrouver l'esprit libéré le XV de France avec lequel il attaquera samedi, face à l'Ecosse, la défense du Grand Chelem conquis en 2010 par les Bleus. Dans un entretien exclusif accordé à notre site, le capitaine tricolore révèle avoir proposé à Marc Lièvremont d'abandonner le brassard, avant d'être conforté dans un rôle qu'il entend assumer jusqu'à la Coupe du monde. Plus motivé que jamais. Thierry, est-ce que votre récente prolongation de 4 ans au Stade Toulousain représente pour vous la meilleure garantie pour durer en équipe de France ? Il est évident que j'aimerais aller encore loin avec l'équipe de France. Mais prolonger avec Toulouse, c'est avant tout pour moi un choix de coeur parce que je me sens bien dans cette ville, j'aime le public et j'aime ce club, dont j'ai toujours la fierté de porter le maillot et de perpétuer l'héritage. J'avais aussi la volonté d'être identifié au Stade Toulousain à la fin de ma carrière. Ça fera neuf ans que je joue à Toulouse à l'issue de ce nouveau contrat, j'espère que ce sera assez pour être considéré comme un joueur à part entière de ce club et de son histoire parce que ça me tient vraiment à coeur. Et si la santé est là et que je reste performant, alors oui je chercherai à grappiller encore quelques sélections. A l'heure d'aborder ce Tournoi, et pour être totalement disponible pour l'équipe de France, il était important pour vous d'être libéré de cette question de votre avenir en club ? Oui, c'est important parce qu'on est aussi professionnel. On joue aussi dans ces circonstances notre avenir personnel et familial. C'était une pression en moins et j'avais quelque part imposé un accord éventuel avant le Tournoi. J'arrive de ce point de vue-là l'esprit libre. Je sais qu'aujourd'hui et jusqu'à la fin de ma carrière mon maillot sera celui du Stade Toulousain, et j'en suis particulièrement heureux. "Je ne suis pas qu'un grand sentimental" Cette stabilité et cette fidélité dans la carrière d'un rugbyman professionnel aujourd'hui est de plus en plus rare, le cas Skrela le prouve. Auriez-vous pu quitter le Stade et repartir de zéro ? Oui, parce que j'avais aussi cette curiosité d'aller voir ailleurs comment ça se passe... J'avais la possibilité de découvrir un championnat anglais, qui m'a toujours beaucoup plus et attiré. Egalement des offres de clubs français, qui se construisent actuellement et c'était le moyen de prendre part à une nouvelle aventure. Mais le choix de l'affectif et du coeur a fait la différence, même si je ne suis pas qu'un grand sentimental. Je reste au sein d'un Stade Toulousain qui, selon moi, est l'une des équipes les plus performantes au niveau européen. Et comme je suis aussi un compétiteur, c'est un moyen pour moi de continuer à briguer des titres. En tout cas, il est clair que si je n'avais eu que les euros en tête, je serais parti... Il y a deux mois, après la déroute face à l'Australie, par-delà les critiques qui ont pu ébranler votre leadership de capitaine, pourquoi avoir accepté de continuer à porter ce brassard ? Pour être honnête, j'ai proposé à l'époque à Marc (Lièvremont) de me retirer le brassard. Parce qu'après la défaite, j'avais eu des propos assez violents restés dans le cadre de nos réunions. Ça a bouleversé pas mal de choses, mais ça a déclenché aussi une réflexion et pas mal de joueurs ont été sondés sur la nécessité peut-être de changer de capitaine pour avoir un autre discours. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de problèmes et que j'étais prêt à laisser ce brassard. Il m'a quand même dit qu'il réfléchirait. Mais après réflexion, il m'a finalement conforté dans ma position. A partir de ce moment-là, je n'ai pas de doutes à avoir, le capitaine, c'est moi et je le serai jusqu'à la Coupe du monde. Donc maintenant, il faut foncer. Samedi, face à l'Ecosse, est-ce que ce sera l'heure de la revanche pour cette équipe de France ? Le sentiment que j'ai, au-delà de cette évidence pour moi qu'on ne vaut pas de prendre 59 points face à l'Australie, mais qu'on vaut bien mieux et que la réalité est toute autre, c'est cette envie de sortir du terrain en se disant: « Je suis content de ce que l'équipe a produit aujourd'hui, je me suis régalé et j'ai pris du plaisir en portant le maillot de l'équipe de France ». Et dans 90 % du temps, lorsqu'on sort du terrain avec cette sensation, le match est gagné. Voilà vraiment l'objectif ! Moi, j'ai retrouvé un groupe à Marcoussis vraiment enthousiaste, avec une ambiance et une envie de se retrouver et de partager des choses, et c'est déjà beaucoup. Ce Tournoi peut-il n'être qu'une compétition de réglage pour la Coupe du monde ? Il est important parce qu'on a pris du retard sur ce qu'on voulait faire et parce qu'on n'a pas su donner les garanties suffisantes au public du XV de France. Maintenant, gagner le Tournoi nous apporterait encore plus de confiance. Après, si on le perd, il n'y a pas péril en la demeure. La priorité de 2011 reste quand même de réaliser une très belle Coupe du monde. Alors défendre le Grand Chelem, je ne sais pas, mais gagner ce Tournoi, oui, on en est capables. Le cliché aujourd'hui reste celui d'une Ecosse moribonde, mais c'est bien ce XV du Chardon qui a dominé les Springboks à l'automne dernier... On est prêts à relever le défi. On est tout à fait capables de le faire et on va le faire. Même si dans l'imaginaire, l'Ecosse reste l'équipe d'Ecosse d'il y a dix ans, qui perdait tous ses matches et n'avait le plus souvent droit qu'à la cuillère de bois. Mais les choses changent, et si on prend de l'analyser à la vidéo, on se rend compte que c'est une équipe solide ; évidemment pas au niveau de l'Australie, mais qui se montre solide, donc il faudra une belle équipe de France samedi. "Le public du Stade de France ne s'ennuiera pas samedi..." Sébastien Chabal déclarait que pour se reconstruire, il faut savoir rester près de ses bases. C'est aussi votre avis à l'approche de ce premier match ? Il va falloir évidemment jouer sur nos points forts depuis un certain temps, dont la conquête, ainsi que notre discipline. Mais aussi se lâcher offensivement et proposer du jeu parce que les Ecossais ne vont pas se gêner pour le faire ; quoi qu'il arrive, le public du Stade de France n s'ennuiera pas samedi parce que le jeu des Ecossais depuis un certain temps se montre très ouvert, voire même plus ouvert que le notre. Mais pour gagner, il faut marquer des essais et il faudra trouver aussi des solutions offensives. Est-ce que la reconstruction de cette équipe de France ne peut passer que par la victoire ? Et par la défense du Grand Chelem ? La reconstruction passera déjà par le plaisir qu'on aura de jouer et l'enthousiasme qu'on montrera. Si ces ingrédients sont là et qu'on valide nos bases, aussi bonne soit l'équipe d'Ecosse, ce match, on le gagnera. L'important aujourd'hui, ce n'est pas ce que cette équipe d'Ecosse va faire, mais ce que fera l'équipe de France. Et je crois que l'équipe de France sera performante. Après, parler du Grand Chelem après ce qu'on a vécu en novembre, c'est un peu présomptueux. Mais gagner le Tournoi, c'est bien sûr un objectif parce qu'on ne rentre pas dans une compétition pour faire de la figuration. Si on est assez bons pour gagner nos trois premiers matches, qui vont s'annoncer très durs, alors on ne sait jamais... Si on vous demande aujourd'hui pour quelles raisons il faut croire dans les chances de cette équipe de France d'être sacrée championne du monde dans sept mois en Nouvelle-Zélande ? Déjà si je vous dis que parce que c'est l'équipe de France et qu'elle reste capable vraiment de tout (sourires). Mais il faut croire en cette équipe de France parce qu'elle compte dans ses rangs des joueurs d'exception. On a fait des erreurs, mais j'ose espérer qu'on en a tiré les leçons. On sait tous que ce sera très compliqué, mais mon message, c'est qu'on se retrouve dans une position, où on n'aura rien à perdre. Il faut savoir quand même que l'équipe de France depuis la création de la Coupe du monde a été pour le mieux finaliste et dans le pire des cas cinquième. Cette pression du résultat, d'être champion du monde, elle ne doit pas nous peser. C'est un Graal qu'on va aller chercher, il faut avoir la détermination de le chercher, mais il ne faut pas le vivre comme une pression, si ce n'est celle de se régaler et de faire plaisir à notre public. Et si on y parvient réellement, alors je peux vous assurez que l'équipe de France, vous la verrez loin...