Dumas, l'homme du président

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Dumas, l'homme du président
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Beaucoup auraient pris la porte pour moins que ça. Malgré un passage en Ligue 2 la saison dernière et un terrible coup de frein depuis deux mois, sanctionné par huit matches sans victoire, le Stade Malherbe de Caen n'a pas changé d'entraîneur. Fort du soutien de son président, Jean-François Fortin, Franck Dumas est toujours en poste. Prêt à se battre. Avec ses mots.

Beaucoup auraient pris la porte pour moins que ça. Malgré un passage en Ligue 2 la saison dernière et un terrible coup de frein depuis deux mois, sanctionné par huit matches sans victoire, le Stade Malherbe de Caen n'a pas changé d'entraîneur. Fort du soutien de son président, Jean-François Fortin, Franck Dumas est toujours en poste. Prêt à se battre. Avec ses mots. C'est un luxe dans le football qu'ils sont peut-être une poignée en Europe à revendiquer. Sir Alex Ferguson à Manchester United, Arsène Wenger à Arsenal et peut-être aujourd'hui Pep Guardiola à Barcelone. Et encore, ces exemples n'en sont pas vraiment tant les intéressés se sont montré indispensables dans leur club respectif par les résultats et les titres obtenus. Le cas de Franck Dumas est peut-être tout simplement unique dans ce milieu de fausses amitiés et de vraies hypocrisies, celui d'un entraîneur au crédit presque illimité. Là où les relations entre un entraîneur et son président suivent généralement la courbe de résultats du club, la loyauté que s'accordent mutuellement Franck Dumas et Jean-François Fortin à Caen ne souffre d'aucun accroc. Pas plus hier qu'aujourd'hui malgré la série de cinq défaites consécutives que connaît actuellement le Stade Malherbe, à la recherche d'une victoire depuis maintenant deux mois. Une confiance, aveugle diront certains, que le président normand a renouvelé à son entraîneur cette semaine. "Je ne crois pas régler le problème des prestations de l'équipe en me séparant de lui", a-t-il confié dans les colonnes du quotidien Ouest France. "Mais si je pensais que la solution serait qu'il passe la main, mes relations avec Franck m'aideraient à le lui dire d'autant plus facilement", a-t-il ajouté. L'ancien défenseur central caennais reconverti entraîneur en 2005 peut-il se faire du souci ? Pas encore. L'intéressé a déjà survécu à la descente du club à l'échelon inférieur au terme de l'exercice 2008-09. Fortin, le chef d'entreprise, s'en expliquait encore l'été dernier au lendemain de la remontée du club: "Lorsqu'un directeur commercial vient d'un entretien et qu'il a perdu un marché, ma première idée n'est pas de le licencier. Ma première idée est d'analyser avec lui les raisons pour lesquelles on a perdu ce marché. J'ai eu le même raisonnement avec Franck Dumas. Est-ce que les raisons qui peuvent expliquer la descente en Ligue 2, est-ce que c'est le travail de Franck Dumas ? Et, à tort ou à raison, à partir du moment où j'avais répondu à la question, qui était "non" même s'il a sûrement une part de responsabilité, tout comme moi, je ne réponds pas au problème en le licenciant." Les joueurs derrière lui Voilà comment l'ancien Monégasque, très attaché au Stade Malherbe, "sa vie, son club de coeur" comme le justifie Jean-François Fortin, attaque sa sixième saison sur le banc caennais. Sans usure ni lassitude. "A part la descente la saison dernière, je n'avais pour l'essentiel plutôt connu que des satisfactions avec ce club. Et puis je suis arrivé devant la difficulté et c'est peut-être là qu'on apprend le plus de ce métier. Je n'ai peut-être pas eu le temps d'apprendre vite, mais en tout cas en une saison, j'ai appris beaucoup", nous expliquait-il au soir de la montée. Assez pour savoir que cette saison ne serait pas un long fleuve tranquille. "Ça ne veut pas dire que dans deux mois je ne vais pas revivre les mêmes galères. On va dire que je les aborderai mieux." L'état d'urgence est pourtant déjà déclaré à Caen avant de se déplacer à Toulouse samedi. Et le constat cinglant de la part de Franck Dumas à l'issue de la défaite concédée à domicile le week-end dernier face à Sochaux (0-3). "Il manque plusieurs aboyeurs, analysait l'entraîneur normand. Ce sont des bons mecs, mais pas pour la Ligue 1. A mon époque on avait affaire à des mecs. J'ai connu des moments difficiles dans certains clubs mais ce qui nous a souvent sauvés, c'est le courage et la volonté et si on oublie d'avoir ça, ça va être très difficile." Des mots très durs qui auraient pu froisser son vestiaire. C'est tout le contraire. "Au fond, il a dit des choses que tout le monde pense, et il est obligé d'essayer des trucs, de chercher des solutions", expliquait cette semaine à Ouest France Thomas Heurtaux. "On connaît bien Franck, sa façon de fonctionner, moi j'adhère et quand il dit qu'on n'est pas des hommes, ça se comprend vu qui s'est passé sur le terrain", renchérissait Alexis Thébaux. Des joueurs qui, comme leur président, n'entendent pas savonner la planche de leur entraîneur. "On peut avoir n'importe quel entraîneur, ça ne changera rien", traduit Yoann Mollo, toujours dans les colonnes du quotidien régional. "Le vestiaire ne lâchera pas Franck, insiste Heurtaux. On est tous ensemble, il faut qu'on le reste, et si on commence à vouloir éliminer quelqu'un, que ce soit parmi les joueurs, le staff ou dans le club, ça nous desservira encore plus." Franck Dumas, qui avouait dimanche dernier "monter tranquillement en énervement", n'a pas mis longtemps à cogiter. "La solution est dans le comportement et la volonté. Je vais tout changer", promettait-il alors. Chose promise, chose due: Grégory Tafforeau et Anthony Deroin, deux anciens de cette équipe, sont de retour à Toulouse. L'heure est à la révolte. Sans révolution.