"Douillet ne se fixe aucune limite"

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"Douillet ne se fixe aucune limite"
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Un strapontin pour David Douillet ! Après avoir raté le ministère des Sports en novembre 2010, «doublé» par Chantal Jouanno, David Douillet a été nommé mercredi secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger. Une étape de plus dans l'ascension politique du double champion olympique de judo, dont l'ambition est décryptée par le journaliste Arnaud Ramsay dans Le si gentil David Douillet (*). Explications.

Un strapontin pour David Douillet ! Après avoir raté le ministère des Sports en novembre 2010, «doublé» par Chantal Jouanno, David Douillet a été nommé mercredi secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger. Une étape de plus dans l'ascension politique du double champion olympique de judo, dont l'ambition est décryptée par le journaliste Arnaud Ramsay dans Le si gentil David Douillet (*). Explications. David Douillet pensait entrer au gouvernement en novembre dernier, c'est désormais chose faite, enfin ? Au forceps par une porte dérobée, mais oui, ça y est, c'est un drôle de destin. Ministre ou Secrétaire d'Etat, peu importe pour lui, l'essentiel c'est qu'il intègre le saint des saints. Député, c'était bien, ça lui donnait une légitimité électorale que n'avait pas par exemple Bernard Laporte avant lui, mais ça ne lui suffisait pas, car David Douillet est quelqu'un qui ne tient pas en place. Faute d'avoir eu les Sports, il se retrouve secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger, ce n'est certainement pas le poste auquel il aspirait, mais l'essentiel pour lui est d'être au gouvernement. Là, il va être rattaché à Alain Juppé, un chiraquien pur jus, il fait partie de la grande famille. Pourquoi a-t-il manqué les Sports lors du remaniement de novembre 2010 ? Son rêve, c'était le ministère des Sports. Il pensait y être, mais il avait peut-être eu le tort de s'y être vu trop tôt, notamment lorsqu'il avait répondu "Pourquoi pas ?" à une question sur le sujet. Ça lui avait valu une réplique de Rama Yade qui, sans le nommer, avait parlé de "ceinture noire du ridicule". Il avait même commencé à composer son équipe, d'autant que jusque-là, il n'avait pas commis de faute majeure, rendant notamment un rapport à Nicolas Sarkozy sur la capacité de la France à accueillir des compétitions sportives. Mais il est aussi tombé sur une Chantal Jouanno, elle aussi férue de sport, mais plus politique que lui et qui a réussi à mieux se placer. Contrairement au sport, le monde de la politique est plein de coups bas de partout, y compris de son propre camp. Depuis, à force de voir le maroquin lui filer sous le nez, il est devenu plus prudent dans ses discours, refusant de s'enflammer. Ça a payé, puisque cette fois, il y est, même si c'est par une porte un peu dérobée. Il se retrouve dans un poste non pas fantoche, mais un peu curieux, mais à la limite, il s'en moque. Il était champion olympique, il est devenu député, maintenant le voilà ministre, car même s'il est secrétaire d'Etat, on va lui servir du «Monsieur le Ministre». Qu'attendre de lui dans ce rôle de secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger ? Il va clairement changer de dimension, car il va côtoyer des pointures, Alain Juppé, François Fillon, ce qui va l'obliger à faire ses preuves. Mais il n'est jamais à l'abri de certaines gaffes. D'ailleurs, ce matin, j'ai reçu un message de mon père qui m'a parlé de son intervention sur Europe 1 au cours de laquelle il a déclaré: "Je ferai de mon mieux dans tous les domaines possibles et inimaginaux (sic)". Et mon père d'ajouter: "Baroin (nouveau ministre de l'Economie à qui est reprochée sa mauvaise maîtrise de la langue anglaise, ndlr) ne parle pas anglais, Douillet ne parle pas français !" Tout ça pour dire qu'il a encore beaucoup à prouver, il ne faudra pas que sa langue fourche trop. Mais cette nomination tombe à point pour lui, il commençait à tourner en rond dans son costume de député, je l'aurais très bien vu changer de vie s'il n'avait pas été nommé. "Si Alain Juppé le trouve médiocre, on n'entendra plus parler de lui" A-t-il une fibre politique de droite ? Disons que c'est avant tout un opportuniste, un rien cynique, qui a horreur du vide. A 42 ans, il avait besoin de remplir un vide. Le monde politique ne l'a jamais habité, transcendé, mais c'est un vrai homme de droite, pas toujours très fin, une droite de province, très conservatrice, un peu réactionnaire, on se souvient de sa sortie homophobe sur les "tapettes". Il croit en la valeur travail, le "gagner plus pour travailler plus", ça lui parle. Mais le vrai déclic politique date de sa rencontre avec les Chirac, Jacques d'abord avec qui il a échangé autour du sumo, mais surtout Bernadette avec son implication dans l'opération Pièces jaunes qui a été un vrai tremplin. C'est plus par intérêt pour les hommes que par conviction qu'il s'est lancé dans la course politique, c'est une corde de plus à son arc, un nouveau métier. A-t-il un avenir en politique ? La révélation a été son élection. Même si c'était dans une circonscription sur mesure historiquement à droite, il a impressionné. Maintenant, il est rattaché à Alain Juppé, c'est une autre dimension car Alain Juppé sait être sévère. David Douillet va désormais être jugé sur pièce, ses mouvements seront décortiqués, il est dans une sorte de période d'essai. S'il s'impose, et il peut très bien parce qu'il n'a pas que des défauts, loin de là, le destin peut se charger de lui offrir d'autres postes, comme le ministère des Sports. D'autant que Chantal Jouanno va se présenter aux sénatoriales. Donc en cas de réajustement ministériel, il pourrait prendre la place. Mais avant, il doit faire ses preuves pour montrer qu'il peut avoir l'étoffe. Si Alain Juppé le trouve médiocre, on n'entendra plus parler de lui. Et les guerres de clan à l'UMP peuvent aussi jouer. Pour l'instant, il est plus Xavier Bertrand que Jean-François Copé, mais il n'a pas non plus de scrupules, il est passé sans problème de la Chiraquie à la Sarkozie. Maintenant, il est déjà super fier d'être secrétaire d'Etat, il faut aussi voir d'où il vient, c'était un enfant élevé en Seine-Maritime par sa grand-mère, qui n'a connu son père qu'à 25 ans, il s'est fait tout seul. Donc se retrouver au gouvernement à 42 ans en venant de là, c'est quand même pas mal. Même si on peut toujours craindre pour lui que ses défauts finiront par le rattraper, il a le terrain idéal pour faire ses preuves. Il doit maintenant apprendre à être plus politique. Et s'il échoue, ça ne sera pas un problème, il changera de vie. Le ministère des sports reste-t-il son podium olympique de la politique ? Comme il est déjà passé à côté, il ne veut surtout pas dire qu'il veut le poste. D'ailleurs, dans ses réactions sur son blog après sa nomination, il parle de "servir la France", c'est malin. Et quand il m'avait reçu pour mon livre, il s'était attaché à me parler de tout sauf de sport, il ne veut pas qu'on le cantonne au sport. Donc il ne le dira jamais publiquement, mais oui, je pense que c'est son but ultime, c'est quand même son fonds de commerce, son podium olympique. En même temps, je suis sûr qu'au fond de lui, il ne se fixe aucune limite et qu'il se dit: "Pourquoi pas le Travail, l'Economie ?" (*) Le si gentil David Douillet (éditions du Moment), par Arnaud Ramsay, 209 pages, 17,95 euros