Double Rhum pour Jourdain !

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Double Rhum pour Jourdain !
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Et de deux pour Roland Jourdain ! Quatre ans après avoir remporté la Route du Rhum, le skipper de Veolia Environnement a remis ça sur l'édition 2010, réussissant un inédit doublé dans la classe des monocoques de 60 pieds après 13 jours 17 heures 10 minutes et 56 secondes. Et comme la précédente, sa victoire ne souffre aucune contestation, «Bilou» ayant mené la course pendant dix jours en dépit des efforts d'Armel Le Cléac'h qui fera un beau dauphin.

Et de deux pour Roland Jourdain ! Quatre ans après avoir remporté la Route du Rhum, le skipper de Veolia Environnement a remis ça sur l'édition 2010, réussissant un inédit doublé dans la classe des monocoques de 60 pieds après 13 jours 17 heures 10 minutes et 56 secondes. Et comme la précédente, sa victoire ne souffre aucune contestation, «Bilou» ayant mené la course pendant dix jours en dépit des efforts d'Armel Le Cléac'h qui fera un beau dauphin. Abandon sur le Vendée Globe 2004-05, victoire sur la Route du Rhum 2006, abandon sur le Vendée 2008-09, victoire sur le Rhum 2010 ! Pour Roland Jourdain, les cycles se suivent et se ressemblent... Et s'il se passerait très volontiers des grosses désillusions vécues sur les deux dernières éditions du tour du monde en solitaire - notamment, la dernière, interrompue aux Açores au retour alors que la deuxième place lui tendait les bras -, le Quimpérois a le chic pour se consoler à grandes rasades de Rhum, une course devenue en l'espace de deux éditions sa chasse gardée. Comme il y a quatre ans, l'atterrissage sur Pointe-à-Pitre aura été bien pénible avec un final dans le petit temps, mais le tour de la Guadeloupe, sur lequel Jourdain faillit tout perdre il y a quatre ans, voyant son avance de plus de 100 milles sur Jean Le Cam fondre comme neige au soleil antillais, moins stressant. Car son poursuivant immédiat, Armel Le Cléac'h (Brit Air), est lui aussi resté sous l'emprise d'un très faible alizé, ce qui l'a empêché de jouer les trouble-fête de son voisin de Concarneau, désormais double vainqueur du Rhum, une performance inédite dans la classe Imoca (*). "Je sais que je peux le refaire", nous confiait il y a un mois le toujours volubile «Bilou» au moment d'évoquer son objectif de remporter pour la deuxième fois de rang la Route du Rhum 2010, il l'a fait et de quelle manière ! Car pour couper en vainqueur la ligne d'arrivée mouillée devant la plage de Gosier ce dimanche à 6h12'56 (heure de Paris, 1h12 sur place) après 13 jours 17 heures 10 minutes et 56 secondes (à la vitesse moyenne réelle de 12,02 noeuds), le skipper de Veolia Environnement y a mis du sien, à force petites options stratégiques toujours appropriées, comme son positionnement à l'ouest après les Açores ou son recalage en fin de parcours devant celui qui lui aura longtemps tenu la dragée haute, Armel Le Cléac'h, mais surtout à coups d'accélérateur bien sentis. "Il faut savoir lâcher les chevaux quand on peut", nous expliquait-il avant le départ lorsqu'on lui demandait quels étaient les ingrédients nécessaires pour remporter le Rhum. La suite sur trimaran Et les chevaux, Roland Jourdain, les a lâchés à plusieurs reprises lors de cette traversée de l'Atlantique de deux semaines (son record de 2006, 12 jours 11 heures 58 minutes et 58 secondes n'est pas battu), provoquant l'admiration de notre chroniqueur, Yann Eliès (qui part dimanche à Pointe-à-Pitre pour effectuer le convoyage retour sur Veolia Environnement): "Bilou est un sacré torcheur de toile. Dans les conditions ventées et au portant qu'ils ont eues, il a mis du charbon, il a vraiment mené la course de la tête et des épaules." Un peu plus de dix jours également, entre le 3 novembre, date de sa prise de pouvoir, et ce 14 novembre, période pendant laquelle le skipper de Veolia Environnement a mené les débats, parvenant non seulement à résister aux 60 pieds dernier cri, sortis de chantiers cette année (notamment PRB et Virbac-Paprec), mais également à les distancer irrémédiablement sur un bateau qu'il aura réussi à apprivoiser en six mois. Car pour rester compétitif sur l'Atlantique, «Bilou» avait décidé de changer de monture, cédant son plan Lombard mis à l'eau en 2004 à l'Américain Ryan Breymaier pour louer l'ancien BT de Sébastien Josse, plan Farr qui, il y a un an, connut une sérieuse avarie sur la Transat Jacques-Vabre alors qu'il était en tête. Cette fois, Veolia Environnement a été au bout et devant, prouvant qu'il n'est pas forcément besoin de disposer d'un bateau neuf pour briller dans une classe qui, après le dernier Vendée Globe, a instauré de nouvelles règles de jauge afin de limiter la puissance des bateaux et donc les coûts de développement, tout en augmentant les exigences de sécurité. "Les anciens bateaux vont aussi vite que les nouveaux, c'est super intéressant, constate Yann Eliès. La classe arrive à ce qu'elle voulait faire, il y a très peu d'abandons, et l'intérêt sportif est intact. Contrairement à l'Orma en son temps (classe des multicoques de 60 pieds qui n'existe plus), l'Imoca est en passe de prendre le bon virage." Roland Jourdain, lui aussi, s'apprête à prendre un virage, puisque juste avant le départ, « Bilou » a annoncé qu'il tournerait la page Imoca à l'issue de cette année 2010 pour se lancer dans un nouveau défi avec son partenaire, en trimaran et en équipage, le nouveau circuit MOD 70. Autant dire que celui qui navigue en 60 pieds depuis plus de dix ans s'offre un final en apothéose avec ce doublé qui fera date. ----------------------------------- (*) Laurent Bourgnon a remporté le Rhum deux fois, en 1994 et 1998, sur multicoque de 60 pieds, Franck-Yves Escoffier trois fois, en 1998, 2002 et 2006, mais dans une classe moins relevée, celle des multicoques de 50 pieds