Donetsk, c'est loin l'Euro...

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Donetsk, c'est loin l'Euro...
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A un an de l'Euro 2012 qu'elle co-organise avec la Pologne, l'Ukraine s'offre une exposition médiatique à l'occasion de la réception de l'équipe de France lundi soir en amical à Donetsk. Si côté sportif, les sélections qui iront jouer dans la ville minière peuvent se réjouir à l'idée d'évoluer dans la somptueuse Donbass Arena, côté infrastructures, il reste du travail...

A un an de l'Euro 2012 qu'elle co-organise avec la Pologne, l'Ukraine s'offre une exposition médiatique à l'occasion de la réception de l'équipe de France lundi soir en amical à Donetsk. Si côté sportif, les sélections qui iront jouer dans la ville minière peuvent se réjouir à l'idée d'évoluer dans la somptueuse Donbass Arena, côté infrastructures, il reste du travail... De Minsk la "stalinienne", ravagée pendant la Seconde guerre mondiale et reconstruite dans le plus pur style soviétique, à Donetsk l'industrielle, nichée dans le Donbass (d'où le nom du stade), bassin minier de la région qui emploie une bonne partie de ses deux millions d'habitants (et fait, d'après une de nos accompagnatrices, son lot de victimes de coups de grisou....), le suiveur couvrant la tournée dans l'Est de l'Europe de l'équipe de France a de quoi être aussi dépaysé que saisi par le contraste. En débarquant dans le petit aéroport local sous une forte chaleur, première surprise: pour récupérer ses bagages, point de tapis roulant, le moyen le plus rapide est d'aller se servir sur le tarmac devant le terminal usé de l'aéroport international de Donetsk, ville située au sud-est de l'Ukraine. En sortant, après avoir montré pattes blanches à des officiers affublés de larges casquettes et aux visages impassibles, un petit coup d'oeil à droite suffit pour constater que le nouveau terminal, en cours de construction, n'est pas près d'être terminé. "Mais il sera prêt dans les temps", nous assure Oleg, l'interprète chargé, sans note, des traductions de Laurent Blanc et des joueurs français lors des conférences de presse. La petite demi-heure nécessaire pour rallier notre hôtel, le kitchissime Eva Hotel, avec son escalier en stuc et son long couloir bordé de bustes... grecs, est l'occasion d'un retour quelques décennies en arrière: tramways aussi rouillés que brinquebalants, vieilles Lada toussottantes, on s'attend presque à voir débarquer un char à boeufs à chaque coin de rue. Mais la ville a son charme, avec ses longues avenues aérées et ombragées, fort appréciables par cette forte chaleur, bordées de trottoirs défoncés et peu éclairés la nuit, gare aux chevilles ! La Donbass Arena, un "diamant" pour Laurent Blanc Voilà pour la première impression, la seconde, au moment de se rendre aux conférences de presse de l'équipe de France est saisissante: construite il y a deux ans en face du stade olympique, l'ancien stade du Shakhtar, la Donbass Arena est une magnifique et ultramoderne enceinte sportive qui ferait passer le Stade de France pour un stade d'un autre siècle (ce qu'il est d'ailleurs). Réseau wifi surpuissant, au point qu'on le capte à 500 mètres à la ronde (merci les ondes!), sièges confortables, vue imprenable sur la pelouse magnifique, quel que soit l'emplacement, ce stade tout entier aux couleurs noire et orange du Shakhtar, qui a coûté la bagatelle de 270 millions d'euros, a même laissé Laurent Blanc, qui en a pourtant vu d'autres, pantois: "Il y a tout: la salle de presse est extra, les vestiaires sont extraordinaires, la pelouse est dans un état magnifique, le surnom de ce stade, je crois que c'est "le diamant", c'est vraiment le cas", a ainsi commenté le "Président". Et la ville ? "Je ne la connais pas très bien, je ne pense pas avoir le temps de la visiter", a-t-il répondu, déclenchant de nombreux sourires parmi les représentants de la presse française qui, eux, avaient pris le temps de s'y balader. Pour mesurer l'ampleur de la tâche qui attend les autorités locales d'ici l'Euro 2012. Car si la Donbass Arena et le parc paysager qui l'entoure sont une formidable vitrine qui fait la fierté d'une population qui n'en a que pour le football - "Les 75 ans du Shakhtar cette année ont donné lieu à une fête phénoménale", nous assure Oleg -, les infrastructures ne suivent pas: capacités hôtelières insuffisantes, transports en commun en retard, sans compter une population locale qui semble guère concernée (un journaliste local nous l'a confirmé) et maîtrise très mal l'anglais, ce qui semble assez gênant pour accueillir dans un an des supporters venus des quatre coins de l'Europe. Bref, quand le tirage au sort sera connu - cinq matches auront lieu à Donetsk dont une demi-finale -, on conseille forcément au touriste-supporter de se précipiter sur les centrales de réservation pour s'assurer une chambre confortable et bien équipée (ce qui est d'ailleurs le cas pour les hôtels terminés). Pour les autres, il faudra soit se contenter de campings, soit accepter d'être délocalisés à quelques dizaines ou centaines de kilomètres de la ville qui célèbre Lénine et Bubka (les deux ont droit à leur statue en centre-ville), on leur souhaite bien du courage... Le maire de la ville Alexander Lukianchenko, se veut cependant rassurant, trouvant en notre interprète Oleg un parfait porte-parole: "Les retards seront comblés, ici, on parle de l'Euro partout, dans les écoles, à la télé, dans les journaux et il y a un réel engouement pour assister aux matches, même de la part des Ukrainiens des autres villes. On veut montrer à l'Europe qu'on est capables de bien l'accueillir et d'organiser une grande fête et l'Euro 2012 va faire beaucoup pour faire évoluer notre ville." On veut bien le croire car après tout, n'oublions pas qu'en son temps, la candidature d'Athènes à l'organisation des JO 2004 avait été éreintée partout, pour, à l'arrivée, un bilan unanimement jugé positif. Chacun son rythme...