Diniz: "Ce n'est qu'une étape"

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Diniz: "Ce n'est qu'une étape"
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ATHLE - Couronné pour la deuxième fois sur le 50 km marche, Yohann Diniz raconte Barcelone 2010.

ATHLE - Couronné pour la deuxième fois sur le 50 km marche, Yohann Diniz raconte Barcelone 2010. Yohann, comment s'est passé le retour après cette belle aventure barcelonaise? Bien. Il y a eu trois départs mais, personnellement, je suis rentré en voiture. Ça faisait un petit moment que j'étais en stage à Font-Romeu et j'étais allé à Barcelone en voiture parce que ce n'est pas trop loin. Donc j'ai fait les 1 300 kilomètres de Barcelone jusque chez moi en voiture. Pour la récupération ce n'était pas l'idéal! Concernant la course, avez-vous conscience de ce que vous avez réalisé en partant ainsi dès les premiers mètres ? En fait non, je n'ai pas vraiment conscience. J'ai du mal à me rendre compte. Pour moi, c'est ce que je suis capable de faire à l'entraînement. Même si je fais des sessions de quarante kilomètres, quand on le fait deux fois par semaine on sait qu'on est capable de faire cinquante kilomètres. On va dire que j'ai bien mené ma barque, tout simplement. Et à sept kilomètres de l'arrivée, vous chutez. Cela ne semble pourtant pas provoquer le moindre affolement chez vous ? En fait, c'est une faute de déconcentration. Je savais que j'étais champion d'Europe. Je les voyais tous tomber comme des mouches derrière. Je me suis mis à cogiter, sur mes deux dernières années très difficiles. Je me suis dit : "C'est gagné, je reviens à mon niveau". J'ai cogité en pensant à ça donc j'ai perdu un peu de lucidité, d'adrénaline. Et après je me suis reconcentré. Mais je ne cherchais plus du tout le chronomètre. Il s'agissait de gagner. S'il y avait eu un échec, ça aurait été compliqué de repartir mentalement. Peut-être pas tout arrêter, je ne sais pas. Je me suis vraiment beaucoup investi. Même en 2008 ou 2009 quand je n'ai pas réussi, j'étais autant investi mais il y avait des blocages psychologiques. Et là, j'ai vraiment tout donné, j'ai tout mis pour que ça marche. Ça l'a fait, tant mieux parce que je suis épuisé psychologiquement. Ça a quand même été dur de vivre ça. C'est une discipline dure, où on est seul. On est jugé sur une seule compétition dans l'année. C'est vraiment lourd psychologiquement. "L'impression d'avoir le statut de papy, de taulier qui réussit encore à faire la médaille" D'autant qu'après ces grosses déceptions à Pékin puis à Berlin, l'objectif était particulier cette année : frapper fort dans votre discipline, montrer que vous étiez toujours là ? J'avais vécu deux échecs, les JO puis les Mondiaux à Berlin où je finis douzième, donc demi-finaliste. J'avais terminé quand même, contrairement à Pékin. L'objectif était vraiment de se rebooster et ça passait par un podium. Au début, c'était le podium que je visais, au final il y a la victoire au bout. Ça me relance. J'ai l'impression d'avoir pris le statut de papy dans cette équipe de France, du taulier qui réussit encore à faire la médaille. Je suis encore là pour pas mal de temps. C'est pour cela que c'est bien que l'osmose ait pris, que tout le monde fasse des médailles. Aussi bien les jeunes que les vieux. Il y a vraiment eu une émulation qui est très saine au sein du groupe. Comment expliquer cet état d'esprit ? Est-ce que cela avait été mis en place avant Barcelone, discuté entre vous avec l'objectif de redorer le blason du sport français ? Non pas du tout, c'est venu comme ça, instinctivement. Le collectif s'est créé tout seul. On est vraiment dans un sport individuel, on s'entraine toute l'année seul. De fait, également par le peu de densité dans certaines disciplines, comme la marche ou par le niveau. Quelqu'un comme Christophe Lemaitre est rapidement seul. Tu t'entraines vraiment tout seul tout l'année et puis tu te retrouves à ta sélection, au sein du groupe France et tu vas chercher naturellement ce collectif. Car, étant seul durant l'année, tu as naturellement tendance à aller plus vers les gens. Tu ne te mets pas en retrait comme ça peut être dans un sport d'équipe, c'est totalement différent. Il y a vraiment un collectif qui s'est créé sur un sport individuel et c'est très bien. Comment le conserver ? Il faut garder ça à l'esprit, retenir tout ce qui a pu se passer de positif à Barcelone pour l'utiliser dans un autre grand championnat. Car ce n'est qu'une étape. L'an prochain, les Championnats du monde vont se passer différemment. Moi, j'ai l'expérience de ces grands championnats mais il y a cette petite génération de jeunes qui arrive. Et les Américains, les Jamaïcains ne vont pas se laisser faire. Il va vraiment falloir s'employer pour refaire ce qu'on a pu réaliser à Barcelone. C'est déjà bien de dominer son continent. C'est une première étape. Maintenant la prochaine étape, ce sont les championnats du monde. "Vite se mettre au travail" Les conditions ont aussi leur rôle. La chaleur était importante à Barcelone... En fait, on a eu beaucoup d'humidité ce jour là. C'était plus l'humidité que la chaleur. Mais oui, c'étaient des conditions difficiles. On ne peut pas se préparer pour ces conditions mais il fallait s'attendre à quelque chose de difficile, et moi j'aime ce qui est difficile. Je n'aime pas être dans la facilité donc c'était très bien comme ça. L'humidité, c'est aussi ce que vous avez connu à Pékin et c'est ce qu'on attend à Daegu pour les championnats du monde 2011 ? Et c'est aussi ce que j'ai connu à Osaka quand je suis vice-champion du monde en 2007. Il faisait très chaud et humide donc ça ne me fait pas peur. C'est ce qu'on attend à Daegu. Il faut être prêt et ensuite on peut faire face à tout climat. Se préparer uniquement pour ce climat là, sur place, je ne sais pas si c'est une bonne solution. Il vaut mieux arriver frais et se préparer psychologiquement à faire face à des conditions difficiles. Mais l'emporter à Barcelone dans des conditions comparables, cela rajoute-t-il un surplus de confiance dans l'optique de l'an prochain ? Bien sûr. Mais après, sur un cinquante kilomètres, on repart à zéro à chaque fois. Ce n'est pas un 1 500 ou 3 000 mètres. Il y a vraiment plein de choses qui peuvent se passer. Mes adversaires seront là mais je pense que je leur ai fait très mal à la tête. Je pense qu'ils vont analyser ça et ils vont revenir plus fort pour lutter avec moi l'an prochain. Avant cela, quel est le programme pour la fin de saison ? Je n'ai plus grand chose. Je pars en vacances pour deux semaines au bord de l'Océan Atlantique. Après, il y aura certainement le meeting de Villeneuve d'Ascq. Je ferai un 5 000 mètres, sans objectif de temps. Pour moi, la saison est terminée. J'ai beaucoup donné psychologiquement et là, il y a beaucoup de pression évacuée. C'est fini. Il faut se remobiliser et se reconcentrer pour les deux prochaines années. Là, ce n'est qu'une étape. J'ai conscience de ce qui nous attend derrière l'an prochain, et l'année suivante. On va nous attendre. Dans ma discipline, tout le monde était là. Il y avait les trois premiers des championnats du monde de Berlin et le champion olympique. J'ai montré que j'étais de retour pour un titre aux Jeux ou aux championnats du monde. En tout cas, il ne faut pas s'endormir, je n'ai pas envie de reproduire les erreurs passées. Il ne reste qu'un seul gros objectif, les Jeux et il faut vite se mettre au travail.