Dick: "Comme l'Everest et le K2"

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Dick: "Comme l'Everest et le K2"
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Tenant du titre, victoire qu'il avait partagée avec Damian Foxall, Jean-Pierre Dick, qui compte aussi deux participations au Vendée Globe (dont un abandon), est de retour sur la ligne de départ de la Barcelona World Race, cette fois-ci associé à Loïck Peyron. Le skipper de Virbac-Paprec 3 est peut-être le mieux placé pour comparer ce tour du monde en double au Vendée Globe.

Tenant du titre, victoire qu'il avait partagée avec Damian Foxall, Jean-Pierre Dick, qui compte aussi deux participations au Vendée Globe (dont un abandon), est de retour sur la ligne de départ de la Barcelona World Race, cette fois-ci associé à Loïck Peyron. Le skipper de Virbac-Paprec 3 est peut-être le mieux placé pour comparer ce tour du monde en double au Vendée Globe. Que retenez-vous de la Route du Rhum, votre première course sur votre nouveau bateau ? Pour moi, c'était une expérience un peu frustrante. Je termine quatrième alors que j'étais encore troisième juste quelques heures avant l'arrivée. Et puis, j'ai eu pas mal de soucis électriques. J'ai eu l'impression, et c'est la pire impression que l'on peut avoir, de ne pas avoir vraiment vécu la course mais de l'avoir subie. C'est comme si j'avais fait un match de boxe et que je n'avais pas pu donner des coups. Ce n'est pas très agréable. Vous connaissez en revanche mieux votre bateau... Oui. Il y a des choses très positives à cette course. J'ai aussi été le meilleur participant des gens qui font la Barcelona... Je suis quatrième, Michel (Desjoyeaux) termine sixième. Donc ça va... Ce n'est pas dramatique. Mais j'aurais préféré faire cette course dans de meilleures conditions. Néanmoins, c'était important pour revenir dans la course. Ça faisait un an et demi que je n'avais pas navigué en compétition. Il faut naviguer, il faut remettre sur l'ouvrage pour, quelque part, ne pas oublier et rester dans le match. Vous enchaînez donc avec la Barcelona World Race dont vous êtes le tenant du titre. Ce statut change-t-il votre approche de la course ? Dans ma tête, non. Pour les médias, peut-être. Pour moi, dès que je suis sur une ligne de départ, dans ma tête, je repars de zéro. Parce qu'on ne peut pas être sérieux si on ne vit que sur ses acquis. Vous êtes le seul au départ à avoir pris part à cette course et au Vendée Globe. Peut-on faire un parallèle entre ces deux courses ? Ce sont deux complexités différentes. Ce sont deux sommets différents. On ne peut pas comparer parce que les difficultés ne se situent pas dans les mêmes zones. C'est comme si on comparait deux montagnes différentes, l'Everest et le K2, il y en a une qui est plus haute mais l'autre est plus pentue. Donc elles requièrent des qualités différentes. Là, c'est un peu pareil : le Vendée Globe, il faut des capacités psychologiques personnelles très fortes, il faut être capable d'être fort dans sa tête, alors que sur la Barcelona World Race, il faut savoir communiquer avec son coéquipier. La clé est là. "Le parcours, c'est un tour du monde. Il ne faut pas se leurrer" Vous ne partez pas dans l'inconnu avec Loïc Peyron... Oh non. S'il y en a bien deux qui ne partent pas dans l'inconnu complet, c'est nous deux. On a vécu tous les deux de belles choses (victoire dans la Transat Jacques-Vabre 2005), des projets communs (les deux hommes ont partagé la construction de leur 60 pieds respectif en vue du Vendée Globe 2008). On fonctionne comme une association de deux solitaires... qui se parlent. On va être chacun dans son quart mais on va partager sur la façon de mener le bateau et sur la stratégie météo. Apprenez-vous encore à son contact ? Oh oui ! Ce n'est pas seulement une question d'apprentissage mais surtout d'infuser, de rentrer dans la tête de l'autre. Souvent, on dit que pour apprendre avec les meilleurs, il faut regarder ce qu'ils font et potentiellement essayer de les imiter, à notre façon bien sûr parce qu'on y met toujours notre sauce. C'est un peu les méthodes que j'ai choisi. En m'associant à Damian Foxall (lors de la première édition en 2007-2008), j'ai appris à percuter sur certaines choses, il allait très vite. Là, avec Loïc, je vais encore en apprendre d'autres. C'est quelqu'un de très attachant. A chaque fois qu'on le voit, il transmet de l'énergie. C'est une des clés. Dans une entreprise, il y a des dirigeants qui transmettent cette énergie, que ce soit par le charisme, leur façon d'être, leur discours aussi. Loïc a ça en lui. Par exemple, quand on construisait nos bateaux, je passais souvent pas lui quand j'avais un problème, ça allait mieux, alors qu'avec les équipes techniques, c'était souvent plus compliqué, plus tordu. Que répondez-vous à ceux qui vous collent l'étiquette d'un très bon marin... en double plus qu'en solitaire ? Ma force, c'est peut-être justement de savoir écouter les autres, peut-être parce que je viens de l'équipage mais aussi de l'entreprise. L'entreprise, c'est aussi de savoir fonctionner ensemble. En solitaire, j'ai encore une courbe d'apprentissage. C'est vrai qu'aujourd'hui, je suis expérimenté mais j'attends encore mon heure de gloire. Je ne sais pas si je l'aurai un jour, en tout cas, je vais tout faire pour l'avoir. Vous êtes le seul, parmi les favoris, à avoir déjà emprunté ce parcours. Est-ce un avantage ? Le parcours, c'est un tour du monde. Il ne faut pas se leurrer. Il y a quelques différences avec un Vendée Globe, la sortie de la Méditerranée, le détroit de Cook, on va passer un peu plus près de l'Australie... Mais globalement, c'est un parcours de tour du monde. Donc, un Michel Desjoyeaux connaît ce parcours, je vous rassure. Ce n'est pas là que se fera la différence. Sur quoi peut-elle se faire ? Sur l'envie de gagner, de se défoncer. Au final, c'est ce qui fait la différence. Je trouve que la Route du Rhum est un bon exemple. On a senti un « Bilou » (Roland Jourdain) très motivé, il n'a pas fait d'erreur. Ça s'est joué sur la confiance en soi. C'est un peu ce qui s'est passé sur la dernière Barcelona, on a pris confiance en nous rapidement et on a vu qu'on pouvait gagner cette course. Au début, on a toujours un point d'interrogation en tête. Et puis, on a vite senti qu'on avait la vitesse.