Deux records avant l'Indien

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Deux records avant l'Indien
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Moins de douze jours pour entrer dans l'Indien ! C'est la performance réussie par Banque Populaire V qui, parti le 22 novembre dernier à l'assaut du Trophée Jules-Verne, n'aura mis que 11 jours, 21 heures, 48 minutes et 18 secondes pour avaler l'Atlantique et doubler le Cap de Bonne-Espérance. Ce nouveau record, après celui établi entre Ouessant et l'équateur, se traduit sur l'eau avec près de 2000 milles d'avance sur le tableau de marche de Groupama 3.

Moins de douze jours pour entrer dans l'Indien ! C'est la performance réussie par Banque Populaire V qui, parti le 22 novembre dernier à l'assaut du Trophée Jules-Verne, n'aura mis que 11 jours, 21 heures, 48 minutes et 18 secondes pour avaler l'Atlantique et doubler le Cap de Bonne-Espérance. Ce nouveau record, après celui établi entre Ouessant et l'équateur, se traduit sur l'eau avec près de 2000 milles d'avance sur le tableau de marche de Groupama 3. Le pire, c'est qu'ils ne sont pas à fond ! "Le meilleur moyen de battre un record, c'est de le finir", aime à rappeler Loïck Peyron. Et le skipper baulois n'a aujourd'hui aucune de raison de changer de philosophie. La preuve par les chiffres. Même avec une certaine retenue de la part de ses barreurs, Banque Populaire V continue de dévaler à grande vitesse depuis son départ le 22 novembre dernier à l'assaut du Trophée Jules-Verne, propriété depuis 2010 de Groupama 3 (48 jours 7h44'52"). Après avoir déjà accroché à son tableau de chasse le record entre Ouessant et l'équateur en 5 jours, 14 heures, 55 minutes et 10 secondes, le maxi-trimaran de 40 mètres (la taille de sa coque centrale) a établi ce dimanche matin un nouveau temps de référence entre la ligne de départ et le Cap de Bonne-Espérance en 11 jours, 21 heures, 48 minutes et 18 secondes. "C'est du délire !", osait Peyron samedi à la veille de ce rendez-vous avec le premier des trois grands caps au programme de cette circumnavigation. "C'est indécent", confirmait-il ce dimanche à l'occasion d'une vacation spéciale tenue depuis Le Nautic, invoquant Charlie Barr, qui longtemps aura détenu le record de traversée de l'Atlantique nord d'ouest en est en un peu plus de 12 jours. Un siècle plus tard, il aura donc fallu moins de temps à Banque Populaire V (qui a ramené le record de traversée de l'Atlantique à 3 jours, 15 heures, 25 minutes et 48 secondes en 2009) pour engloutir l'Atlantique du nord au sud. Pour mieux comprendre la portée de cette performance, il suffit de la ramener au temps de passage de Groupama 3 en 2010 lors de sa tentative fructueuse : Franck Cammas et ses hommes avaient mis 14 jours, 13 heures, 31 minutes et 43 secondes sur ce même tronçon, soit 2 jours, 15 heures, 43 minutes et 25 secondes de plus que le nouveau temps de référence absolu et une traduction sur l'eau de 1800 milles d'avance aujourd'hui pour Banque Populaire V. Thompson bridé à 30 noeuds "Il y a peu de machine capable de faire ça, il n'y en a peut-être qu'une seule d'ailleurs et c'est Banque Populaire V", se réjouissait Peyron, conscient d'avoir hérité d'un joujou fantastique en prenant le relais de Pascal Bidégorry, débarqué de son poste de skipper l'hiver dernier après une première tentative avortée sur avarie. "Ce que l'on fait là, ce n'était pas faisable il y a trois ans, il a fallu fiabilisé le bateau, c'est le fruit de milliers d'heures de navigation", précisait le Baulois pour dédouaner son prédécesseur. Et pour mener cet "outil extraordinaire" autour de la planète, il faut savoir le ménager. "Le plus important est de savoir ralentir", insistait Peyron, vu quelques minutes plus tôt au moment de passer la barre à Brian Thompson, flashé dans la semaine à 42 noeuds, interdire à l'Anglais de dépasser les 30 noeuds. "La mer est très formée, il faut se bagarrer à la barre pour ralentir", justifiait Peyron. "C'est surtout l'état de la mer qui nous permet d'avancer au non. Là, on avance à 70% du potentiel", ajoutait-il, avouant choisir la route au côté de Juan Vila en fonction de l'état de la mer plus que du vent. Quelle est justement la suite du programme pour Banque Populaire V ? A leur entrée dans l'Indien, les 14 navigants ont empanné, changeant de bord après un long contournement de l'anticyclone de Saint-Hélène sur la même coque. "Il y a un long front au nord duquel on glisse, le jeu étant d'essayer de s'en approcher sans le traverser parce qu'il n'y a beaucoup de vent en dessous", confiait Peyron. A ce rythme, ils espèrent doubler dans la nuit de lundi à mardi les Kerguelen sans savoir encore de quel côté passer. Puis ils devraient remonter au nord pour éviter une grosse zone d'icebergs avant d'atteindre le Cap Leuwin dans une petite semaine, soit pour un nouveau record. Sans avoir besoin de descendre très sud pour couper le fromage et raccourcir la route. "Il vaut mieux assurer, on n'a aucune raison de prendre des risques, que ce soit en terme de vitesse ou de route. Alors on allonge", résume Peyron. Et jusqu'ici, ça leur réussit plutôt bien.