Despres: "Je ne suis pas blasé"

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Despres: "Je ne suis pas blasé"
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Triple vainqueur de l'épreuve et tenant du titre, c'est en vieux briscard mais "pas en vieux routard" que Cyril Despres s'apprête à aborder le Dakar 2011. Confiant dans sa nouvelle machine, une KTM 450 qu'il a déjà su mener à la victoire au Maroc cet automne, le pilote francilien s'impose comme le favori de cette troisième édition sud-américaine. Une édition qui selon lui fera la part belle à la navigation, donc à l'expérience.

Triple vainqueur de l'épreuve et tenant du titre, c'est en vieux briscard mais "pas en vieux routard" que Cyril Despres s'apprête à aborder le Dakar 2011. Confiant dans sa nouvelle machine, une KTM 450 qu'il a déjà su mener à la victoire au Maroc cet automne, le pilote francilien s'impose comme le favori de cette troisième édition sud-américaine. Une édition qui selon lui fera la part belle à la navigation, donc à l'expérience. Le tenant du titre que vous êtes a-t-il la pression avant de prendre le départ de ce Dakar 2011 ? Non, je suis serein. J'ai passé les fêtes en famille, je me suis bien préparé, tranquillement... La pression, ça fait partie du jeu, vous savez. Quand on est sportif et qu'on n'a rien gagné, on s'en fait tout un monde de cette pression mais quand on connait la victoire, ce n'est pas la même chose. La pression devient alors nécessaire, presque une alliée, pour ne pas faire d'erreur, pour rester concentré et respecter ses propres limites. Je ne veux pas passer pour un vieux crouton mais après dix ans de courses, je pense gérer un peu mieux la chose. Votre équipe n'a pas changé par rapport à l'an passé. Est-ce un gage de confiance pour vous ? Tout à fait ! Ça s'est tellement bien passé l'an dernier qu'on a décidé de ne rien changer. A part Christian Califano qui va être un petit peu plus encadré par notre structure, sans toutefois faire partie du team, on est reparti comme en 2010. Du chauffeur de camion au porteur d'eau en passant par le manager... Et tout ça est très positif ! Il y avait une si belle ambiance l'an passé, c'était une vraie force pour faire face aux difficultés. En 2011, nouvelle réglementation oblige, vous courrez sur une 450. Plutôt volontiers ou à contrecoeur ? Ce n'est pas un souci. Après huit mois de développement, la moto est bien aboutie. Au vu des tests qu'on a pu faire jusqu'à maintenant, j'en suis très satisfait, dans l'esprit notamment. Ce n'est pas une machine d'enduro modifiée pour le désert, c'est une vraie moto d'aventure et c'est ce que je voulais. Ce n'était pas gagné d'avance. Preuve de votre adaptation réussie à cette nouvelle machine, votre victoire sur le rallye du Maroc cet automne. Devant Marc Coma notamment... Oui, et quand on sait l'importance de la dimension psychologique dans une compétition, cette victoire était très intéressante. Dominer un tel rival avant de partir sur le Dakar, c'est toujours bon à prendre. Maintenant, le Maroc, j'y étais surtout pour retrouver des sensations dans une année assez creuse pour ce qui me concerne. C'est pour ça que c'était important de bien figurer, d'avoir de bons réflexes et d'être à l'aise sur la moto. Cette victoire, en cela, m'a rassuré. "Le Dakar n'a jamais été aussi ouvert" Vous avez notamment pu constater la fiabilité de votre nouvelle moto sur cette épreuve exigeante... Là est le principal enseignement de ce rallye du Maroc. Avant, sur la 690, il y avait un gros travail en amont à effectuer, pour le développement de la machine, avec des tas de détails à régler par le pilote même. Avec cette 450, mon job de pilote essayeur a été assez limité vu que le gros du travail a été accompli à l'usine, par le département rallye de KTM. Je me suis contenté de le valider en conditions de course extrêmes. Un grand coup de chapeau à eux, donc. En revanche, chaque pilote KTM a développé sa machine dans son coin... Avec Marc Coma, nous sommes deux pilotes de pointe, deux rivaux, alors c'est vrai que nous ne nous sommes jamais retrouvés ensemble lors des tests. D'autant qu'il y a encore quelques tensions qui traînent. Pour les mécaniciens, vu qu'on a tous les deux des réglages différents, c'était par ailleurs intéressant d'avoir des commentaires divergents. Je pense que ça a été bénéfique pour la machine. Ces réglages personnels pèseront d'autant plus dans la balance que tout le monde est logé à la même enseigne cette année en termes de cylindrées. L'art de la navigation devrait également faire la différence dans ces conditions... Oui, c'est sûr. La fiabilité sera une des clefs de ce Dakar 2011 mais vu que les motos iront toutes à la même vitesse, c'est probablement la navigation qui fera la différence entre les pilotes. La navigation et l'expérience, pour éviter les écueils du désert. Pensez-vous que les pilotes qui couraient déjà sur 450 en 2010, comme Francisco Lopez ou David Casteu, partiront avec un avantage ? Je ne sais pas... Francisco Lopez a fait quelques belles courses cette année, Helder Rodrigues, qui court depuis plusieurs années en 450, aussi. Ces pilotes ont le potentiel pour créer la surprise, c'est certain. Après, je ne vais pas aborder une compétition en pensant que ce sont les autres qui vont s'imposer. Le Dakar n'a jamais été aussi ouvert, c'est une chose. Il y a beaucoup de prétendants à la victoire mais il n'y aura qu'un vainqueur et moi, justement, j'y vais pour gagner ! "Je ne suis pas du genre à foncer tout droit sans me poser de questions" Le parcours de ce Dakar 2011 est nettement plus nordiste que lors des deux éditions précédentes. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle donne ? C'est toujours sympa de découvrir de nouveaux horizons. C'est la philosophie du Dakar et les organisateurs s'emploient généralement à la respecter. Sur ce point-là aussi, tous les pilotes seront donc logés à la même enseigne. Mis à part quelques Sud-Américains qui connaissent un peu la région, on partira pour la plupart à l'aveugle. Je sais qu'il y a notamment trois ou quatre étapes inédites au programme. C'est quelque chose qui me plaît ! Découvrir de nouveaux pays, de nouvelles régions, ça fait partie intégrante du rallye-raid à mon sens. Le Dakar 2011 s'annonce beaucoup plus corsé en deuxième semaine. Cette montée en puissance dans la difficulté est-elle pour vous plaire ? J'ai arrêté de croire que le Dakar pouvait être plus facile en première semaine ! Il n'y a qu'à voir les horaires de départ de cette première semaine pour s'en convaincre. Pendant dix jours, on va se lever entre 3h et 3h30 du matin alors les journées s'annoncent longues et difficiles... Sur le papier, c'est sûr, ça a l'air moins costaud, en termes de kilomètres notamment, mais il faut toujours se méfier. L'an dernier, c'est sur une spéciale de 170 kilomètres que le tiers de la caravane avait lâché prise, à Fiambala, dans une chaleur extrême. J'ai beau avoir dix ans de rallye derrière moi, je ne joue pas au vieux routard blasé. Je suis toujours sur le qui-vive ! Vous êtes papa depuis peu. La paternité a-t-elle changé quelque chose dans votre manière d'aborder la course, voire de piloter ? Non... A la limite, l'an dernier c'était plus compliqué parce que je venais d'apprendre que j'allais être papa. Vous savez, ma grande fierté c'est d'avoir participé à 65 rallyes dans ma carrière et d'en avoir fini 62 ou 63. Je n'ai jamais pris de risques inconsidérés et je crois savoir courir en fonction de ma condition physique, de mes capacités du moment, de ma forme du jour... Je ne suis pas du genre à foncer tout droit sans me poser de questions pour gagner une course. Maintenant, après un mois en Argentine, c'est sûr que je ne sais pas si ma fille va me reconnaître...