Desjoyeaux, un Rhum de travers

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Desjoyeaux, un Rhum de travers
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Comme sur la Transat Jacques-Vabre 2009, Michel Desjoyeaux est passé loin de la victoire sur la Route du Rhum 2010 pour se contenter de la sixième place, la faute à une mauvaise option stratégique. Une erreur dans la décision que le « Professeur » explique par son manque de navigation cette année. Pas par la mise à l'eau tardive de son bateau qu'il a peut-être inconsciemment protégé...

Comme sur la Transat Jacques-Vabre 2009, Michel Desjoyeaux est passé loin de la victoire sur la Route du Rhum 2010 pour se contenter de la sixième place, la faute à une mauvaise option stratégique. Une erreur dans la décision que le « Professeur » explique par son manque de navigation cette année. Pas par la mise à l'eau tardive de son bateau qu'il a peut-être inconsciemment protégé... "Desjoyeaux trop prudent ?", s'interrogeait-on déjà l'année dernière à pareille époque en pleine Transat Jacques-Vabre. Une question qui revient à l'issue de la Route du Rhum 2010 du « Professeur ». Il y a un an, le double vainqueur du Vendée Globe (2000-01, 2008-09) se contentait que de la quatrième place de la transatlantique en double (avec Jérémie Beyou), une course dont il était le tenant du titre, après avoir plongé au sud dès son entrée dans l'Atlantique, refusant d'affronter le coeur d'une grosse dépression, fatale il est vrai à BT de Sébastien Josse et Jean-François Cuzon. Un an après, rebelote ! Alors que tous ses concurrents, sauf Arnaud Boissières (Akena Vérandas), ont décidé de coller à la route directe, quitte à souffrir au près, Michel Desjoyeaux a vite filé au sud sur cette Route du Rhum pour ne prendre que la sixième place, près de trois jours après l'arrivée triomphale en Guadeloupe de Roland Jourdain. Arrivé de nuit, peu après 1h30' (à 6 heures, 31 minutes et 4 secondes, heure de Paris), Mich' Desj' a terminé la course de manière anonyme, discrétion qui colle mal avec son statut de seule star de la voile française. La faute à ce contournement par le sud de l'anticyclone des Açores. "Peut-être que Michel a vu quelque chose que les autres n'ont pas vu", confiait alors naïvement Yann Eliès, notre chroniqueur, conscient que l'issue était mince. "Comme j'étais le plus décalé à gauche avec Kito (de Pavant) et comme j'avais envie d'aller dans le Sud depuis longtemps, j'ai fait ce que j'avais envie de faire. De temps en temps, on essaie des trucs, ne sachant pas très bien si c'est bon ou pas bon", se justifiait Desjoyeaux à l'arrivée. Le verdict est vite tombé. "Je l'ai plutôt très mal vécu sur le moment", avouait-il à quai. "Pas tant pour le résultat. Parce que ça m'arrivera de prendre des boîtes et de devoir m'en remettre. C'est plus sur la méthode. D'avoir un peu joué mon va-tout en me disant: « tiens, je ne vais pas au même endroit que les autres et on verra ce que ça donne ». Même si à la base il y avait une réflexion calculée sur un fichier, il y avait d'autres indicateurs qui disaient que ce n'était pas forcément bon..." La Barcelone World Race pour refermer le livre Et le « Professeur » de se remettre en question: "Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est de comprendre le système de décision qui m'a poussé à faire un truc un peu contre mon bon sens. Car j'étais venu faire cette course pour une bagarre et en même temps, on dirait que j'ai tout fait pour qu'elle n'ait pas lieu..." Le marin de Concarneau a-t-il voulu, consciemment ou non, préserver son bateau tout neuf, mis à l'eau moins de deux mois seulement avant le départ de Saint-Malo ? Difficile de tirer les vers du nez de l'intéressé qui refusait déjà le débat sur la fiabilité d'un tel projet avant la course. "Une des explications, mais ce n'est pas la seule, c'est de me dire que je n'ai pas assez navigué cette année. Ce n'est pas sur l'utilisation du bateau que j'ai eu du mal. Là-dessus, j'ai d'emblée été à l'aise. C'était plus une question de tempo, de rythme dans la succession des manoeuvres, les transitions, les coups météo", expliquait celui qui s'est beaucoup investi dans la construction de son bateau, au point de se faire rare sur l'eau. Un bébé qu'il a peut-être surprotégé pour sa première sortie en course, comme beaucoup à terre semblent le penser, un sentiment renforcé par une de ces petites phrases pleine de distance dont Desjoyeaux s'est fait une spécialité. "Ce qui est sûr c'est qu'on était bien au soleil, quand je vois comme les autres en ont ch...", lâchait-il comme pour donner du grain à moudre aux critiques. Fort de son palmarès à rallonge, le skipper de Foncia n'a plus à se justifier. Et se félicite de n'avoir rencontré aucun problème technique, lui qui en 15 jours n'a eu besoin que d'une "toute petite clé Allen pour resserrer une petit visse qui tient un safran". "Par contre, j'ai fait une liste de toutes les petites choses à améliorer", ajoutait-il dans un désir de clore ce chapitre. "J'ai eu le temps de digérer, maintenant on va passer à autre chose et la vie continue. On a un beau bateau, j'en suis suffisamment content de ce que j'en ai vu. On va tourner la page", promet celui qui sera au départ de la Barcelona World Race le 31 décembre prochain, accompagné de François Gabart, pour sa dernière course en Imoca avant de prendre le virage du MOD70 (trimarans monotypes de 70 pieds en équipage, ndlr) comme Roland Jourdain, arrivé en tête à Pointe-à-Pitre. Un vainqueur que Desjoyeaux n'a pas oublié de saluer. "Bilou s'est bien placé, il a toujours attaqué, il a super bien navigué. Il n'a pas hésité à être incisif, à se décaler et à remettre le couvert quand il fallait. Le tout sans souci technique ce qui lui a permis de se focaliser sur sa trajectoire, et de faire une course de toute beauté, d'autant plus belle qu'il y avait de la bagarre." Une bagarre à laquelle il n'aura jamais pris part...