Desjoyeaux : "On a été dans le coup"

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Desjoyeaux : "On a été dans le coup"
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Michel Desjoyeaux sur plusieurs fronts ! A La Rochelle le week-end dernier pour baptiser le dernier-né de la flotte Imoca, Macif, skippé par François Gabart, le «Professeur» est cette semaine à Antibes pour la dernière étape du Vulcain Trophy, championnat de Décision 35, qu'il a toutes les chances de remporter. A côté de cela, le skipper de Foncia a débuté ses premières navigations sur son MOD70. Autant de raisons de s'entretenir avec lui...

Michel Desjoyeaux sur plusieurs fronts ! A La Rochelle le week-end dernier pour baptiser le dernier-né de la flotte Imoca, Macif, skippé par François Gabart, le «Professeur» est cette semaine à Antibes pour la dernière étape du Vulcain Trophy, championnat de Décision 35, qu'il a toutes les chances de remporter. A côté de cela, le skipper de Foncia a débuté ses premières navigations sur son MOD70. Autant de raisons de s'entretenir avec lui... Vous avez baptisé le week-end dernier Macif, le 60 pieds Imoca de François Gabart, était-ce important pour vous d'en être le parrain ? En général, quand tu es parrain, ce n'est pas toi qui décide ou qui choisis, par contre ça peut être à toi qu'on le propose ! François est venu me le proposer il y a quelques semaines d'une façon directe, comme il est: "Bon, je voudrais que ce soit toi le parrain.""Bon, si tu me le demandes, on va le faire"... C'est vrai que ça tombe bien parce que ça a un côté suite logique. J'étais déjà quelque part le parrain du projet dans son ensemble, puisque le projet a été hébergé chez Mer Agitée (la société dédiée à la course au large de Michel Desjoyeaux, ndlr). C'est moi qui suis allé chercher François il y a un an pour aller faire la Barcelona World Race avec moi (ils furent contraints à l'abandon, ndlr), et son bateau, que nous lui avons construit cette année, est une évolution de celui que j'avais avant (Foncia 2, devenu Banque Populaire pour Armel Le Cléac'h, ndlr) et avec lequel on avait couru ensemble. Enfin, c'est quelqu'un que j'apprécie non seulement pour le côté humain, mais aussi pour ses qualités intrinsèques de compétiteur et de marin. Tout ça fait que je me suis laissé tenter par la chose. L'équipe avait préparé une ancre sur le balcon avant (pour mieux casser la bouteille de champagne, ndlr), je leur ai dit: "Non, non, pas de ça, je baptise un bateau, je ne baptise pas une ancre, vous pouvez l'enlever, je me débrouillerai." Je n'ai d'ailleurs pas laissé beaucoup de chances à la bouteille... Vous êtes-vous beaucoup impliqué dans la construction de Macif ? Oui, dans la mesure où c'est nous qui nous en occupions (sous la maîtrise d'oeuvre de Mer Agitée, il a été construit au chantier CDK dirigé par Hubert Desjoyeaux, le frère de Michel, décédé en mai, ndlr). Je l'ai en revanche beaucoup moins suivi que Foncia, mais là, c'était plutôt à l'excès. Et dans ces histoires-là, ce n'est pas tout de faire un très bon bateau, il faut qu'il plaise à son skipper. Et pour qu'il plaise à son skipper, il faut lui laisser décider suffisamment de choses. C'est l'articulation qu'on a essayé d'avoir: aider François à avoir le bateau qu'il voulait en corrigeant certaines petites erreurs qu'on avait pu faire sur le précédent, plus de l'ordre du confort que de la performance. A l'arrivée, Macif vous semble-t-il très proche de Foncia 2 ? En termes de performances, ça ne va pas être très épais. Il y a des petites différences d'aménagement de l'intérieur par rapport à des problèmes de fiabilité. Par exemple, on n'a pas mis les batteries et une partie du système électrique au même endroit que sur le précédent parce que j'ai failli ne pas finir la Route du Rhum à cause de problèmes d'envahissement d'eau dans le système électrique. On a corrigé le tir dessus. On a aussi pris le temps de faire des profils de dérive issus de chez VPLP (le cabinet d'architectes, ndlr) alors que sur l'autre, on avait fait les mêmes dérives que mon précédent bateau, mais la différence est de l'ordre du trait de crayon. On a modifié le dessus de la soute à voile pour avoir un peu plus de volume dans la soute, on a un panneau beaucoup plus grand et cette subtilité nous a permis de gagner quelques kilos. Le gréement est quasiment le même, à tel point qu'on a pu utiliser le gréement de remplacement de Foncia qu'on avait pour le retour de la Barcelona, car les dimensions sont les mêmes. Au final, à 95%, c'est du copier-coller. François Gabart disputera la Jacques-Vabre avec Sébastien Col, vous a-t-il proposé de l'accompagner, histoire de «boucler la boucle» ? Ça aurait pu se faire, mais c'est une question d'emploi du temps qui n'a pas collé. Pour finir sur l'Imoca, que devient votre plan Farr, Foncia 1, vainqueur du Vendée Globe 2008-09 ? On a eu un compromis de vente qui s'est arrêté. Forcément, il y a des gens intéressés par ce bateau qui est performant, fiable et disponible sur le marché. "Je vais essayer de finir un peu mieux que l'équipe de basket !" Passons au Décision 35, vous disputez ce week-end à Antibes le dernier Grand Prix de la saison, fort d'une belle avance au Championnat sur Alinghi, on vous imagine satisfait de votre année ? Je vais essayer de finir un peu mieux que l'équipe de basket ! Mais c'est vrai que pour le moment, on est plutôt vachement contents, parce que c'était une première saison pour cet équipage-là et qu'on s'en sort bien. Après le sixième rendez-vous de la saison, on est toujours en tête et on a plutôt fait de la place autour de nous. On n'a presque plus qu'un adversaire (Alinghi à 4 points, ndlr), mais on n'est pas à l'abri d'une déconvenue car sur les plans d'eau méditerranéens, tu peux avoir des redressements de situation: tu peux te retrouver à faire deux mauvaises manches et puis ne plus pouvoir naviguer derrière parce qu'il n'y a plus de vent, et donc te prendre une grosse boîte au classement. Maintenant, en tout état de cause, on aura cette satisfaction d'avoir été dans le coup à maintes occasions, tout ça avec peu d'expérience et peu de pratique, je me mets en tête de liste là-dessus, j'ai encore des trous dans certaines conditions où j'ai un peu de mal à faire avancer le bateau. Après avoir tout gagné, vous avez connu quelques résultats moins bons sur la Jacques-Vabre 2009 (quatrième) et la Route du Rhum 2010 (sixième), ça fait du bien de regagner ? Il y a eu des contre-performances, mais je ne les vois pas justement comme des contre-performances, davantage comme une belle occasion de se remettre en question et de se bouger le c... Est-ce que ça a été le cas ? Pas toujours, mais là, on a montré qu'en travaillant, ça pouvait suffire à être dans le coup. Finissons par le MOD70, comment s'est passée la prise en mains de Foncia, dont vous avez eu livraison mi-août ? Plutôt pas mal. On a peu navigué puisque, entre le Trophée Clairefontaine et le Décision 35, on a été un peu occupés depuis la livraison du bateau. On a navigué la semaine dernière quasiment tous les jours dans des conditions variées, avec des équipages variés, puisque je n'avais pas encore tout le monde. Ça se met en place tranquillement, une partie de l'équipage connaît déjà ce genre de plan de pont et ces vitesses-là. J'avais notamment deux personnes qui viennent de l'équipage de Banque Populaire qui ont l'habitude de naviguer à 35-40 noeuds et qui qui avaient d'ailleurs navigué avec moi sur Géant, Xavier Revil et Manu Le Borgne. Quand tu as le bateau à plus de 30 noeuds, tu en as qui regardent leurs mains, d'autres qui regardent le bateau, ceux qui ont l'habitude de naviguer à 30 noeuds, ils regardent le bateau et ils se marrent... Vous avez connu les 60 pieds Orma, prototypes évolués, ce MOD70 est un trimaran monotype avec moins d'évolutions, cela vous paraît facile ? Ça ne nous a posé aucun problème dans la mesure où le bateau est volontairement plus simple que celui qu'on avait à l'époque. On n'a pas de mât réglable, pas de trimmer sur la dérive, on a un petit tirant d'eau, on a moins de surface de voile, ce qui veut dire que dans le petit temps, il est moins vivant, mais ça reste un multicoque qui peut chavirer. Vous étiez plutôt un adepte des prototypes, le plaisir est-il le même ? Le prototype, j'aime bien, mais pas pour tout, le monotype, j'aime bien, mais pas pour tout. Je ne suis un inconditionnel ni de l'un ni de l'autre. Comme aurait pu dire Coluche, je ne suis ni de droite ni de gauche, bien au contraire ! Il faut de tout pour faire un monde. D'ailleurs, la Coupe de l'America, ils ont tout compris, ils font les deux (les AC45 sont des monotypes, les futurs AC72 des prototypes, ndlr). Un dernier mot: la rumeur vous a souvent envoyé cette année à la barre du trimaran Banque Populaire V, désormais skippé par Loïck Peyron, en a-t-il été vraiment question ? Il en a été question... Et qu'est-ce qui a fait pencher la balance ? Ce n'est pas moi. Vous vous adressez à qui vous voulez, mais pas à moi...