Desjoyeaux joue la prudence

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Desjoyeaux joue la prudence
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VOILE - Michel Desjoyeaux a décidé de prendre une trajectoire prudente pour cette Transat Jacques-Vabre. Risqué ?

C'est à une véritable bataille stratégique dans le gros temps que se livrent les concurrents de la Transat Jacques-Vabre, puisque la flotte des monocoques Imoca est désormais scindée en trois groupes: si les actuels leaders (BT, Safran, Veolia) ont misé sur une route directe, quitte à essuyer plus de vent, certains l'ont joué plus extrême, au nord (Hugo-Boss, 1876) ou au sud, comme Foncia qui a joué la prudence. Trop ?En ce 11 novembre jour de commémoration de l'Armistice de la Première guerre mondiale, c'est une véritable bataille navale, cependant toute pacifique, même Atlantique, que propose cette Transat Jacques-Vabre, neuvième du nom. Le vaste système dépressionnaire, qui a cueilli mardi la flotte (désormais amuptée d'une unité, puisque le tandem Le Cléac'h-Troussel a abandonné) et devrait l'accompagner jusqu'à la fin de la semaine, donne en effet lieu à des interprétations totalement différentes de part et d'autre d'une flotte Imoca disséminée en trois groupes désormais bien distincts. "On commence à avoir des stratégies très marquées entre les groupes qui restent proches de l'orthrodomie (la route directe, ndlr) et ceux qui envisagent une stratégie très extrême: les nordistes sur le 50e comme Yves Parlier (passé en mode furtif comme l'autorise le règlement une fois pendant la course, c'est-à-dire que sa position n'a pas été communiquée pendant 24 heures entre mardi et mercredi matins, ndlr) et Michel Desjoyeaux qui fait une option radicale au sud", analysait ainsi Pascal Scaviner, l'un des experts météo de la course. Le skipper de Foncia, tenant de cette Transat Jacques-Vabre, a d'ailleurs été le premier à déclencher les hostilités, en choisissant dès la sortie de Manche de faire un cap au sud dans le but d'éviter de se coltiner le gros de la première dépression annoncée pour mardi soir, d'autres lui ont ensuite emboîté le pas, à l'instar de Sam Davies et Sidney Gavignet sur Artemis Ocean Racing, Marc Thiercelin et Christopher Pratt (DCNS) ou Arnaud Boissières et Vincent Riou, associés sur Akena Vérandas. Le bon choix ? Si, au classement, cette option est pour l'instant coûteuse puisqu'elle rallonge considérablement la route des intéressés - le classement tient compte de la distance au but, donc n'est pas forcément le reflet de la réalité sur l'eau -, Arnaud Boissières défendait mercredi son option, expliquant: "Il y a vraiment des choix extrêmes entre ceux qui sont dans le nord et qui en prennent plein la gueule et nous qui sommes moins secoués. Notre choix est plus sage et le classement ne nous intéresse pas." Son co-skipper Vincent Riou ajoutait lors de la vacation du jour: "Nous, on a refusé l'obstacle d'aller chercher le centre de la dépression là-haut, on s'est mis dans une situation plutôt confortable, on descend vers le sud. Aujourd'hui, on a 25 noeuds de vent mais des conditions tout à fait maniables, il fait même grand soleil."Guillemot: "Si on est là, c'est qu'on l'a voulu"Des conditions trop maniables ? C'est en tout cas ce que semblait indiquer un peu plus au sud du vainqueur du Vendée Globe 2004-05 celui qui l'a précédé et lui a succédé au palmarès du tour du monde en solitaire, Michel Desjoyeaux. Interrogé sur le bien-fondé de son option radicale, le skipper de Foncia ne semblait pas plus emballé que cela: "Depuis le début, on savait que ça ouvrait énormément le jeu sur l'Atlantique. C'est marrant qu'il y en ait un peu dans tous les sens, maintenant, on verra qui va sortir. Moi, j'ai une petite idée qui n'est pas forcément celle qu'on a faite, je pensais qu'il y aurait des vents beaucoup plus forts au milieu du plan d'eau, on a peut-être été un peu trop prudents pour le moment." Coup de bluff de la part du "Professeur" ? Toujours est-il qu'il semble regretter d'avoir trop vite plongé au sud au regard des conditions traversées par les bateaux restés sur la route directe, moins tempétueuses qu'il ne craignait. Du coup, si BT (Josse-Cuzon), Safran (Guillemot-Caudrelier) et Veolia Environnement (Jourdain-Nelias) ont pris le pouvoir, leurs skippers semblent surtout satisfaits de leur choix d'avoir osé défier la première dépression, quitte à souffrir plus physiquement. "Ça va très brutalement, ça cogne et ça cogne! Depuis la fin de la nuit, il y a un bon 30 noeuds moyens avec rafales à 39, c'est pas facile, tout est dur, le matossage, les virements, expliquait ainsi Marc Guillemot mercredi à la mi-journée. Dire qu'on est contents d'être là... je préfèrerais être les doigts de pied en éventail au soleil, mais ce n'est pas le but du jeu, et je préfère être à la position où on est qu'au sud. Si on est là, c'est qu'on l'a voulu." A bord de BT, on la jouait même légèrement fier à bras, Sébastien Josse confiant dans la matinée: "On a entre 30 et 35 noeuds et une mer pas très organisée, ça gigote un peu mais il y a eu pire. Ça devrait se renforcer au passage du front, mais ça ne devrait pas durer trop longtemps, ça restera maniable entre guillemets. On va jusqu'au bout de notre option, Mich (Desjoyeaux) va aller jusqu'au bout de la sienne, mais ce n'est pas que Michael est allé dans le sud que tout le monde doit aller dans le sud." Sur Veolia, Jean-Luc Nélias abondait dans le sens du skipper de BT: "On a entre 30 et 40 noeuds de vent avec des passages de lignes de grains, on marchouille entre 10,5 et 12 noeuds. Ce n'est pas non plus extraordinaire, 40 noeuds de vent." Pas extraordinaire si ça ne dure pas, mais comme l'expliquait Pascal Scaviner, qui dit système dépressionnaire dit succession de dépressions, et qui sait si cette répétition de coups de vent ne risque pas de se payer à terme ?