Denis: "Toujours refusé de mourir"

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Denis: "Toujours refusé de mourir"
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Bonne surprise du début de saison, le Paris-Levallois a confirmé et siège confortablement au pied du podium de Pro A avant d'accueillir vendredi Nanterre lors de la 12e journée, pour un passionnant derby francilien. L'occasion pour l'ambitieux entraîneur parisien Christophe Denis d'évoquer longuement ce club qui est le sien depuis une décennie et d'annoncer son objectif majeur cette saison: "gagner quelque chose". Et pourquoi pas le titre de champion...

Bonne surprise du début de saison, le Paris-Levallois a confirmé et siège confortablement au pied du podium de Pro A avant d'accueillir vendredi Nanterre lors de la 12e journée, pour un passionnant derby francilien. L'occasion pour l'ambitieux entraîneur parisien Christophe Denis d'évoquer longuement ce club qui est le sien depuis une décennie et d'annoncer son objectif majeur cette saison: "gagner quelque chose". Et pourquoi pas le titre de champion... Christophe, on vous imagine satisfait de ce premier tiers de saison réalisé par le Paris-Levallois (8 victoires et 3 défaites, ndlr)... Il fallait d'abord être compétitif pour ne pas retomber dans les mêmes travers que l'année dernière. On y est allé en marchant sur des oeufs, parce que ça ne s'est pas forcément bien passé en pré-saison. J'avais dit en début d'année qu'on ferait un premier bilan au tiers du championnat, afin de vraiment situer la valeur de cette équipe. Donc oui, je suis satisfait. Mais pas de tout. Je pense qu'on a encore énormément de travail à faire. Cette équipe peut encore progresser énormément. Finalement, la plus belle satisfaction que je peux avoir c'est qu'on en soit tous convaincus, qu'on se mette au travail et qu'on se retrousse les manches, avec une vraie volonté de progresser. Mais avec un bilan de huit victoires et trois défaites, on est forcément ravis. Quels aspects souhaitez-vous améliorer en priorité ? C'est toujours la même chose : il faut améliorer notre collectif pour rendre les individualités meilleures. C'est toujours le collectif qui amène des situations pour que le joueur, en fonction des différents systèmes, puisse être efficace. Là où on peut être meilleurs, c'est dans le collectif. La hiérarchie a été établie et acceptée mais on a encore, en termes d'exécution et d'intensité, encore beaucoup de travail à faire, notamment en termes de discipline et de maîtrise de jeu. Contre Strasbourg, on a 11 points d'avance à trois minutes de la fin. Et si on fait preuve de maturité et de discipline à ce moment-là, on finit à +15, +20 et non pas sous la menace d'un trois points d'Aymeric Jeanneau qui nous aurait envoyé en prolongation. On peut donc progresser là-dessus. Vous avez remonté des situations très compromises depuis le début de saison, notamment face à Orléans. Ça va commencer à devenir votre marque de fabrique... Les matches de Pau, de Roanne, du HTV aussi et évidemment d'Orléans, c'est tout au mental. Cette équipe a du caractère, elle l'a prouvé à plusieurs reprises. Mais on ne peut pas envisager l'avenir en ayant une équipe qui joue sa survie à pile ou face. Ce n'est pas possible. Je suis donc ravi d'avoir ce trait de caractère au sein de l'équipe mais il va falloir aussi qu'on aille en chercher d'autres, comme la sérénité. Pour être serein, il faut maitriser les choses. Après, il faut garder ce caractère et ce mental de compétiteur. On a toujours refusé de mourir, on s'est toujours rebellé à temps pour remporter ces matches-là. Mais il faut aussi qu'on soit capable de se mettre dans la peau d'une équipe qui domine son adversaire et qui maitrise les choses, qu'on soit capable de ne pas se mettre en danger. "Pas un sergent-chef avec un sifflet dans la bouche" La Semaine des As constitue-t-elle désormais un objectif majeur ? L'objectif majeur, c'est d'être champion. On n'a peut-être qu'une chance sur 100, mais j'espère que dès le mois de mai on en aura un peu plus. Pour qu'on puisse défendre nos chances de la plus belle des manières. On veut au moins être dans les huit en fin de saison, et les As, c'est un jalon à ce moment-là, qui veut dire que nous sommes en adéquation avec nos objectifs. Aujourd'hui nous y sommes, ça met en lumière plein de choses comme la cohérence de ce que l'on fait, qui nous sommes et ce qui nous reste à faire. Ça valide le travail qui a été fait en amont. Mais ce n'est pas un objectif majeur. C'est juste une qualification, qui fait qu'on a le droit d'y participer. Mais ce n'est pas un trophée. Parce qu'arriver en quarts, se prendre une branlée et partir, ce n'est pas très glorieux. L'objectif du club, c'est le mien en tout cas, c'est de gagner quelque chose. Vous vous êtes souvent appuyés sur Eric Chatfield cette saison, qui est toujours le meilleur marqueur de Pro A (21.73 points de moyenne). Ne redoutez-vous de devenir trop dépendant de lui ? Chatfield, on se posait des questions, forcément pas les mêmes, l'année dernière. Parce qu'il n'était, à écouter certains, pas très bon. Et aujourd'hui, il est exceptionnel. Etant son entraîneur et commençant à le connaître très bien, je peux vous dire qu'Eric est le même joueur que l'année dernière. C'est donc bien la preuve que son équipe a compris cette année comment il fallait l'utiliser. Et on y arrive. Contre Cholet, il marque 29 points et on gagne, contre Orléans il prend feu dans le dernier quart (33 points au total, ndlr), et on gagne encore. Donc oui, cette année on a des individualités qui nous font gagner. Mais si ces individualités-là existent, c'est parce que le reste de l'équipe fait tout pour les mettre en avant. Pour moi, c'est le plus beau des talents. Cette notion de sacrifice, cette capacité qu'ont certains joueurs à faire, dans l'ombre, des choses essentielles pour qu'Eric performe. Contre Strasbourg on n'a pas eu un grand Chatfield, ni un grand (Jawad) Williams. On a eu un très bon Lamont Hamilton (24 points et 14 rebonds, ndlr). Mais sur certaines rencontres qu'on a gagnées, il a été à son tour absent. Donc je crois que la véritable force de cette équipe, c'est justement d'être très dangereuse sur plusieurs positions. Et quand il y en a une qui flanche un peu, l'autre prend la relève. C'est ce qu'on voulait en début d'année. Comment définiriez-vous vos relations avec vos joueurs ? Moi, je ne suis pas un sergent-chef avec un sifflet dans la bouche qui, quand quelque chose dépasse un peu du cadre, met tout le monde au garde à vous. Je sais qu'on a besoin de discipline, et qu'à un moment donné il faut recadrer les choses. Mais je pars du principe qu'on est responsables, adultes, même si c'est un peu naïf de le penser parce que ce n'est pas tout le temps le cas. On est donc tous responsables de notre succès, on le construit au jour le jour. Ce n'est pas le mien, c'est celui de tout le monde. Les joueurs ont cette liberté parce qu'ils sont responsables, autonomes et suffisamment matures. Mais entre eux aussi, ils doivent faire preuve d'autorité. Une autorité au sein du vestiaire que doit apporter une de vos recrues, l'expérimenté Vincent Masingue, qui n'a que deux ans de moins que vous... Vincent, il connaît la route par coeur. C'est sa 17e saison en Pro A. Il a cette capacité d'anticiper ce qu'il va se passer à long terme. Je m'appuie beaucoup sur lui et sur son expérience, mais ses partenaires aussi. Je pense qu'une équipe qui a du succès a forcément en son sein ce genre de joueur-là. En plus il fait les choses sur le terrain. Tout va donc à merveille avec Vincent Masingue. C'est quelqu'un d'extraordinaire humainement, et l'écart qu'il y a entre lui et moi je m'en fous. Il aurait 25 ans, ça serait pareil. Je prends pour exemple les jeunes du centre de formation, qui sont eux aussi très bien élevés et respectueux. Et en plus de ça, ils s'investissent énormément dans ce qu'ils font. Et j'accorde énormément de respect à cette attitude-là. "Ravi que Nanterre soit en Pro A" Justement, comment analysez-vous l'évolution des jeunes et notamment des trois intégrés dans le groupe professionnel et qui ont été sacrés champions de France avec les espoirs la saison dernière (Malela Mutuale, Landing "Ada" Sané et Giovan Oniangue, ndlr) ? Cette année, c'est compliqué pour eux. Et quelque part, c'est moi qui doit compliquer les choses. Eux, ils ne se la compliquent pas tant que ça. Parce que ce sont des jeunes joueurs de très grand talent. Je le pense vraiment. Deux sur les trois ont été internationaux (Sané et Mutuale, ndlr), ils font donc forcément déjà partie des meilleurs de leur catégorie d'âge. Ils ont aussi été sacrés champions de France avec les espoirs. Et l'apport qu'ils ont au quotidien, à travers les séances d'entraînement, est tout simplement monumental. Ils ont eu un rôle plus qu'important dans notre maintien la saison dernière, même s'ils n'ont pas beaucoup joué. A l'entrainement, avec la dureté et la discipline qu'ils mettent au quotidien, ils ont rendu les autres meilleurs. Cette saison, ils méritent leur place. Chaque fois que je les ai mis sur le terrain pour de courtes séquences, ils n'ont jamais déçu. Donc je suis persuadé que si je les mets sur de plus longues séquences, je ne serais pas déçu non plus. Vous affrontez vendredi Nanterre dans un derby francilien qui est même un derby des Hauts-de-Seine. Qu'est-ce que cela représente pour vous ? Il n'y a que la victoire qui m'intéresse. Cette mise en scène du derby francilien... En plus, je ne suis pas parisien. Ça ne veut rien dire pour moi. Je suis antibois et si vous me parlez des derbys entre Antibes et Hyères-Toulon, comme c'était chaud quand j'étais jeune joueur en cadets puis ensuite coach... Mais vendredi, je veux juste gagner. Pour en revenir à cette équipe de Nanterre, j'avais dit en pré-saison qu'ils allaient se maintenir en Pro A. Et beaucoup rigolaient. Il y a tous les ingrédients réunis pour faire une bonne petite saison et se maintenir. Je connais la valeur de Pascal Donnadieu et de ses joueurs. Comme moi, il prône vraiment le collectif et il joue sur l'intensité. Je sais ce qu'il a fait pendant plusieurs saisons à Nanterre et c'est vraiment mérité ce qui leur arrive. Et puis je trouve ça très bien que Nanterre soit en Pro A. Je suis ravi. Ça fait dix ans que je suis au PL et, malgré tout, je deviens de plus en plus francilien. J'étais même supporter de Nanterre l'an dernier en play-offs, pour que les couleurs des Hauts-de-Seine soient représentés au plus haut niveau. Concluons sur la reprise de la saison NBA. Comment peut-on mesurer l'apport que les joueurs comme Tony Parker ou Nicolas Batum ont eu sur la Pro A durant le lock-out ? Ça a fait le buzz, on a été hyper médiatisés, alors qu'on s'est toujours plaint du manque de médiatisation. Sur cette période, je pense que la qualité des équipes a augmenté, que ce soit les équipes qui ont pu bénéficier du joueur NBA mais aussi les autres. Après, j'aurais bien aimé jouer Nancy maintenant. On aurait eu plus de chances de les battre. Et j'aurais bien aimé jouer l'Asvel au même moment, mais sans Tony Parker. Parce que s'il ne met pas dix points de suite dans le quatrième quart temps, sincèrement je pense qu'on repart avec une victoire. Maintenant, on n'a pas été capables de le faire, on n'a qu'à s'en prendre qu'à nous-mêmes, et ne pas chercher des excuses à droite ou à gauche.