Delaigue: "Il n'est pas trop tard..."

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Delaigue: "Il n'est pas trop tard..."
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A sept mois de la Coupe du monde, le XV de France aborde un Tournoi des Six Nations décisif pour lequel Marc Lièvremont dévoilera mercredi sa liste. Les tenants du Grand Chelem, encore sous le choc du naufrage face aux Wallabies, repartent de zéro. Ou presque. L'ancien international Yann Delaigue (*) dresse l'état des lieux de la sélection. Décryptage.

A sept mois de la Coupe du monde, le XV de France aborde un Tournoi des Six Nations décisif pour lequel Marc Lièvremont dévoilera mercredi sa liste. Les tenants du Grand Chelem, encore sous le choc du naufrage face aux Wallabies, repartent de zéro. Ou presque. L'ancien international Yann Delaigue (*) dresse l'état des lieux de la sélection. Décryptage. UN GRAND CHELEM A DEFENDRE: "Le doigt sur des problèmes..." "Je pense que c'est jouable parce qu'on va avoir une réaction d'orgueil par rapport aux tests de novembre et notamment par rapport à cette grosse fessée qu'on a prise face à l'Australie. On va réagir, le staff a l'envie de réagir, les joueurs ont envie de réagir, on a mis le doigt sur des problèmes. Maintenant, ce sera très difficile parce qu'on a vu une belle équipe d'Angleterre, qui produit beaucoup de jeu et qui a compris aussi qu'il est nécessaire de s'engager dans un jeu très offensif avec les nouvelles règles, l'Irlande toujours très difficile à manoeuvrer et les Gallois toujours surprenants. Un Tournoi donc très difficile, d'autant plus qu'on se déplace, comme c'est le cas une année sur deux, en Irlande et en Angleterre. Maintenant, si proche de la Coupe du monde, que ce soit à l'extérieur ou à domicile, on se doit de battre ces équipes, ça nous place encore plus dans la difficulté dans une période où on manque certainement de confiance après l'échec face à l'Australie ; ça va être un moment révélateur pour nous avant cette Coupe du monde, il va falloir très vite reprendre confiance. Mais ce serait mieux mentalement de gagner déjà ces équipes du Nord, sachant notre complexe face au Sud, si on peut déjà bien se préparer face aux nations européennes, c'est une bonne chose." UN STAFF EN QUESTIONS: "Un seul et même message..." "Tout d'abord, je pense que dans le projet de jeu de l'équipe de France, il y avait un manque de clarté. Marc Lièvremont lui-même l'a reconnu puisqu'il sera désormais le seul décideur et le seul interlocuteur face aux médias avec des adjoints qui auront pour charge de délivrer un seul et même message et non pas plusieurs... C'est très important pour la clarté du jeu que prône Marc Lièvremont, les joueurs vont s'y reconnaître, ça va être plus simple à jouer. Il ne faut pas oublier que ces entraîneurs sont assez jeunes en termes d'expérience... Ce sont des bons, mais ils ont appris sur le tas. La première année, ils prônaient un jeu débridé avec une prise d'initiatives maximum: on veut du jeu, on veut séduire et gagner. Ils se sont aperçus que ce n'était pas que ça et il y a eu machine arrière sur des aspects défensifs et d'occupation du terrain. Il faut arriver à un jeu équilibré, mes convictions personnelles du rugby sont dans la variation du jeu, un mélange de réalisme, d'occupation, d'animation offensive, de défense très sûre et très homogène. Un match de rugby est un tout, une équipe de rugby est un tout et il faut atteindre ce juste équilibre par rapport au projet des entraîneurs, mais aussi et surtout par rapport aux qualités des joueurs." UN JEU A REDEFINIR: "C'est le jeu offensif qui va gagner" "On a évoqué un jeu peut-être trop ambitieux ou inadapté... Trop ambitieux, non, je ne crois pas, en équipe de France, on se doit de l'être. Est-ce que c'est proposer beaucoup de jeu que d'être ambitieux, je ne crois pas, aujourd'hui, c'est simplement la réalité du rugby moderne. On a modifié les règles pour favoriser les équipes attaquantes, je pense que c'est l'année ou jamais d'essayer de provoquer les défenses, d'attaquer ballon en mains. On l'a bien vu, l'Australie nous a gagné comme ça, l'Angleterre a gagné l'Australie de cette façon, les Blacks jouent ainsi et gagnent. Même s'il faut une défense de roc, l'animation offensive est essentielle aujourd'hui et on ne peut pas arriver en disant: « On se contente d'une bonne conquête, d'une bonne occupation du terrain et d'un bon buteur. » Dans le rugby moderne, à haut niveau, ce n'est pas comme ça qu'on gagne, donc, oui, il faut avoir de l'ambition. Il n'est pas trop tard et j'espère surtout que nos entraîneurs sont conscients que c'est le jeu offensif qui va gagner cette Coupe du monde. Autant la dernière édition, c'est le jeu défensif qui gagnait, les « Sud-Af' » l'ont gagnée, les Anglais ont atteint la finale sur un jeu assez restrictif, un jeu sous pression, les Argentins l'ont très bien fait. C'est une autre Coupe du monde. Bien sûr, le manque de temps pour s'entraîner est un éternel débat, mais il faut désormais sur la base d'un groupe de joueurs restreint travailler à la mise au point d'un sens de jeu." UN GROUPE A RESSERRER: "Les Toulousains vont peut-être faire leur retour..." "Maintenant, l'équipe ne va plus trop bouger et je pense que ce seront quasi les mêmes pour la Coupe du monde. Il faut vraiment conserver une ossature très forte, et même plus qu'une ossature... Les Toulousains vont peut-être faire leur retour, toujours est-il que les résultats ont donné raison aux absents. Mais il faut arrêter de bouger l'effectif parce que maintenant, il faut prendre des repères communs et comprendre le projet de jeu, le mettre en place et prendre confiance collectivement. On a un Tournoi pour le faire, ce serait bien de le faire vite en enregistrant des résultats rapidement, mais au-delà de ces résultats, avec une vraie clarté, une vraie assurance dans les prises d'initiatives des joueurs français." UNE PREPARATION ESSENTIELLE: "Que s'affirme la cohésion..." "Ces deux mois de préparation qui vont précéder la Coupe du monde vont être cruciaux, bien sûr à travers un travail physique, mais aussi un travail technique et de relations humaines. Il va falloir que très vite les joueurs s'emparent d'un projet de jeu bien assimilé et surtout que s'affirme la cohésion entre les uns et les autres, le rapport commun technique et tactique que peut avoir cette équipe ; là aussi où peuvent se dévoiler de nouveaux leaders de jeu, même si on les connaît déjà un peu..." UNE COUPE DU MONDE INCERTAINE: "Les Bleus peuvent chuter en quarts..." "Une élimination prématurée est à craindre en Nouvelle-Zélande... On ne peut pas ne pas s'extraire des poules, en revanche, on peut sortir en quarts de finale. Ou alors on reste dans le bus (rires) ! Les Bleus peuvent chuter en quarts de finale face à l'Angleterre et rentrer à la maison. Maintenant, c'est dans nos gênes, cette équipe de France n'est pas prévisible et c'est ce qui fait peur aux autres... Et il faut cultiver cette différence." (*) Yann DELAIGUE compte 20 sélections en équipe de France avec laquelle il dispute la Coupe du monde 1995, jouant seulement deux matches avant de renoncer sur blessure. Champion de France à seulement 19 ans avec le RC Toulon, le "Petit Mozart", comme on le surnomme, décrochera deux autres Brennus sous le maillot du Stade Toulousain (1999, 2001), ainsi qu'une Coupe d'Europe (2003).