Delahaye, l'avenir est à lui

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Delahaye, l'avenir est à lui
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Dauphin de Jérémie Beyou sur la Solitaire du Figaro 2011, Fabien Delahaye a confirmé qu'il est aujourd'hui l'un des marins les plus talentueux de la classe Figaro. Arrivé sur le circuit il y a seulement trois ans, le Normand de 27 ans, déjà promis au titre de champion de France de course au large, n'a pas fini de faire parler de lui.

Dauphin de Jérémie Beyou sur la Solitaire du Figaro 2011, Fabien Delahaye a confirmé qu'il est aujourd'hui l'un des marins les plus talentueux de la classe Figaro. Arrivé sur le circuit il y a seulement trois ans, le Normand de 27 ans, déjà promis au titre de champion de France de course au large, n'a pas fini de faire parler de lui. Avec Jérémie Beyou qui n'aura laissé que des miettes à la concurrence, Fabien Delahaye aura été le grand animateur de l'édition 2011 de la Solitaire du Figaro. Une surprise pour ce jeune homme pressé de 27 ans, arrivé il y a seulement trois ans sur le circuit Figaro ? Pas vraiment. Avant même le départ, Jacques Caraës, le directeur de course, nous confiait à propos du skipper de Port de Caen-Ouistreham: "Même s'il n'a pas un gros passif de Figariste, il est à l'école des tous bons. Cette jeune génération apprend deux fois plus vite que nous autrefois, ce sont des bosseurs qui veulent faire carrière, ça se sent dans leur façon de s'entraîner et de se préparer." Dès la première étape, confirmation: Fabien Delahaye s'impose chez lui, à Caen. La suite ? Une deuxième étape qui sera sa moins bonne et lui coûtera finalement cher au général (septième à 42'30" de Jérémie Beyou), une troisième terminée au deuxième rang, toujours derrière Beyou, et une dernière, achevée mercredi sur les talons... du vainqueur Beyou, troisième à 28 secondes du grand triomphateur de cette Solitaire. A l'arrivée, une deuxième place finale et une progression en flèche pour un marin classé 18e et premier bizuth pour sa première Solitaire en 2009, 10e l'an dernier. Son malheur cette année aura finalement été de tomber sur un Jérémie Beyou en état de grâce, mais l'objectif est largement rempli: "Je fais un, deux, trois, et sept, il y a pire. Trois podiums d'étape et un podium au général, ce n'est que du bonheur", se réjouissait-il, les yeux rougis par la fatigue, au moment d'amarrer son Figaro à un ponton du port de Dieppe. "Je suis là où j'espérais" Et l'intéressé d'exprimer une pointe de regret à l'évocation du final de cette ultime étape qu'il a un temps passée aux commandes de la flotte: "Je n'étais pas loin d'en prendre une deuxième (victoire d'étape, ndlr), ça se joue à rien à la fin." A quoi ? "Au moment où je veux doubler Paulo (Paul Meilhat, deuxième de l'étape, ndlr), je tombe dans son dévent, Jérem' est en embuscade derrière moi, il en profite pour me marcher dessus. Je me suis retrouvé dans le wagon de derrière avec Erwan (Tabarly) qui revenait comme une balle, je ne savais pas trop pourquoi. Je sentais le bateau vibrer, il était temps de finir, il ne fallait pas 50 mètres de plus." Le bateau termine cette Solitaire fatigué, le skipper aussi, mais surtout satisfait d'avoir rempli ses objectifs. "Je suis là où j'espérais. Ça peut paraître ambitieux de dire qu'on veut essayer de gagner la Solitaire pour sa troisième saison, mais j'avais déjà fait une belle Transat (deuxième en début de saison sur la Transat Bénodet-Martinique, ndlr), une belle Generali Solo (deuxième derrière Gildas Morvan, ndlr). L'année dernière, j'étais déjà dans les bons paquets, bref, je sentais que j'avais progressé. Cette année, un Top 5, c'était l'objectif de manière affichée, un podium c'était super, la victoire, j'y croyais aussi au fond de moi. Ça a avait bien commencé avec une victoire d'étape, il ne fallait pas s'enflammer derrière, mais je n'ai fait que confirmer, c'est top." En un an, le skipper de Port de Caen-Ouistreham est passé du statut d'outsider à celui de prétendant affiché à la victoire, une progression qu'il analyse avec la même lucidité qui, sur l'eau, le fait aller vite et bien: "J'ai progressé avant tout sur le paramètre confiance, ce qui fait que je n'hésite plus, je ne regarde pas les autres. Si j'ai envie de mettre un petit spi, je vais le faire, même si les voisins mettent le grand spi. Justement sur cette dernière étape, la première nuit, ils ont tous mis le grand, j'ai mis le petit, je les ai tous dégommés et je suis revenu en tête de flotte." Le tout dit sans forfanterie, mais avec la certitude d'aller dans la bonne direction. "Il y a encore de l'expérience à prendre en Figaro" Reste qu'il y a encore une marche à franchir, celle qui mène à la victoire finale. Pour cela, Fabien Delahaye devra bien analyser sa course, mais aussi celle d'un Jérémie Beyou qu'il n'a fait que tutoyer entre Perros-Guirec et Dieppe, d'où une admiration doublée d'une certaine curiosité. "Jérémie ? Il a été impérial, avec de la maîtrise et surtout de la vitesse. A chaque fois que j'arrivais à prendre un peu l'ascendant et à passer devant lui, il allait super vite au reaching et on en a eu beaucoup sur cette Solitaire. Je ne sais pas pourquoi, il va falloir que j'arrive à comprendre." Comprendre les secrets de la victoire, c'est aussi remettre en question la préparation. Car là où Jérémie Beyou a axé toute sa saison sur la Solitaire, Fabien Delahaye a enquillé les courses, trop peut-être, ce qu'il reconnaît sans mal: "L'année prochaine, on allègera peut-être le calendrier pour se consacrer exclusivement à la Solitaire, car je reviendrai pour gagner. J'ai plutôt bien géré la fatigue, mais c'est vrai que j'ai beaucoup navigué cette année: la Solo Les Sables, la Transat Bénodet-Martinique, j'ai aussi fait la Normandy Channel Race en 40 pieds, puis la Generali Solo, le Tour de France à la voile, je n'ai pas eu de répit." Et ce n'est pas fini, puisqu'il y a encore une Quiberon Solo à courir en septembre, histoire de conclure en beauté la saison en Figaro, titre de champion de France à la clé. "Avec tout ce qui s'est passé sur le Figaro, j'ai beaucoup d'avance au Championnat de France, on comptera pour savoir quel résultat il faudra que je fasse à la Quiberon Solo, mais c'est bien parti", reconnaît le Normand qui succèdera ainsi à une autre étoile montante de la voile française, François Gabart, passé depuis à la "classe supérieure", celle des 60 pieds Imoca, avec un nouveau bateau pour faire le Vendée Globe 2012-13. Et si Delahaye marchait sur ses traces ? Le jeune homme ne veut pas brûler les étapes: "L'année prochaine, il y a un Vendée Globe, mais ce n'est pas encore le moment d'y aller. Il y a encore de l'expérience à prendre en Figaro, je vais aussi continuer à naviguer sur des plus gros bateaux, en 60 pieds avec Armel Le Cléac'h sur Banque Populaire, un peu aussi sur Sodebo (le trimaran de Thomas Coville, ndlr). Je continue de prendre de l'expérience pour revenir encore plus fort la saison prochaine en Figaro." N'allez pas chercher plus loin le favori de la Solitaire 2012...