Delahaye: "Ça ne tombe pas tout seul"

  • A
  • A
Delahaye: "Ça ne tombe pas tout seul"
Partagez sur :

C'est fait ! Quasiment assuré avant même le départ de la Quiberon Solo de remporter le titre de champion de France de course au large en solitaire, Fabien Delahaye, 10e au final d'une épreuve remportée par Erwan Tabarly, succède au palmarès du Championnat à François Gabart, devançant à l'issue d'une saison 2011 bien remplie Erwan Tabarly et Nicolas Lunven. De quoi afficher une satisfaction bien légitime...

C'est fait ! Quasiment assuré avant même le départ de la Quiberon Solo de remporter le titre de champion de France de course au large en solitaire, Fabien Delahaye, 10e au final d'une épreuve remportée par Erwan Tabarly, succède au palmarès du Championnat à François Gabart, devançant à l'issue d'une saison 2011 bien remplie Erwan Tabarly et Nicolas Lunven. De quoi afficher une satisfaction bien légitime... On vous a senti usé au moment d'attaquer cette Quiberon Solo, comment s'est passée cette ultime épreuve de la saison ? C'est vrai que la saison a été longue. Quatre épreuves au Championnat, ça fait beaucoup, surtout que les trois précédentes ont duré un mois. Avec en plus les à-côtés, ça fait une saison très chargée. Et finir par un format de course qui n'est pas vraiment de la course au large mais plus du parcours au contact, ce n'est pas évident parce que ce n'est pas un exercice qu'on a fait toute l'année. Maintenant, j'avais les paramètres au niveau classement pour savoir comment conserver mon avance, cette Quiberon solo a été plus une question de gestion du Championnat que de jouer la gagne à tout prix. Quel était votre objectif sur cette course: finir dans les quinze premiers pour assurer le titre ? Il fallait à tout prix éviter de prendre des risques, car le seul moyen pour perdre le Championnat, c'était de casser le bateau ou de prendre des disqualifications. Donc j'y suis allé cool, je ne jouais pas une place à tout prix. Chaque manche, il fallait faire des manches moyennes pour que ça passe. En même temps, j'avais à coeur de bien terminer cette Quiberon Solo pour rester sur une bonne note pour l'hiver, je termine sur une manche de quatre (quatrième du dernier parcours disputé vendredi, ndlr) à jouer devant, c'est plutôt très positif. A l'arrivée, vous remportez le titre de champion de France, était-ce un objectif en début de saison ? On se fixe parfois des objectifs difficiles à réaliser, au fond de soi-même, on a toujours envie de bien faire, en tout cas mieux que ce qu'on pourrait. L'année dernière, j'avais fini quatrième du Championnat, je n'avais pas envie de régresser, donc l'idée c'était de faire mieux, même si c'était dur. Après, j'ai commencé à y croire au vu de ma régularité du début de saison, j'avais été régulier sur la Transat et la Generali (deuxième à chaque fois, ndlr), après, on sait que la Solitaire, c'est des très gros coefficients, si on arrive à bien la passer, il y a de grandes chances derière pour que le Championnat se passe bien, c'était le cas. Après, il y a eu cette dernière épreuve où c'était presque joué, mais pas tout à fait, il fallait bien boucler ça, c'est fait. Quelle est selon vous votre course la plus aboutie de la saison ? La Solitaire. Parce que c'est vraiment le révélateur de la saison, l'épreuve la plus importante, où il y a le plus gros niveau. J'ai été vraiment à l'aise, je fais trois podiums d'étape sur quatre (dont une victoire sur la première, ndlr), je finis deuxième derrière Jérémie Beyou, j'étais vraiment en confiance, c'est celle que je retiens le plus. Que vous manque-t-il pour grimper le dernier échelon ? Ça se joue à des petits détails. Il faut que j'arrive à être un peu plus constant en vitesse à certains moments, que je travaille aussi sur moi, sur mes rythmes, il y a aussi du travail sur le réglage du bateau, du mât, il y a plein de petites pistes à explorer pour être encore plus à l'aise sur le bateau. "Encore deux ans complets en Figaro" Vous finissez votre troisième saison sur le circuit Figaro avec le titre à la clé, était-ce prévu dans votre tableau de marche ? Au départ du projet, on se fixe toujours comme objectif de finir au top au bout de trois ans. Maintenant, j'ai du mal à réaliser parce que c'est un engagement vraiment plein dans le projet, j'y passe énormément de temps. Ça ne tombe pas tout seul, ce n'est pas une perf qui est tombée comme ça, j'ai tellement bossé que je suis un peu sur les rotules en fin de saison, mais je me dis que c'est quand même bien que ça se finisse comme ça. Vous faites partie d'une génération très déterminée, qui se donne les moyens de ses ambitions, sentez-vous que votre approche est différente de celle de vos aînés ? Oui, on arrive avec une approche différente, avec de la rigueur, de la méthode et l'envie de travailler ensemble pour progresser. Même si on est concurrents sur l'eau, on bosse ensemble à terre, c'est quelque chose qu'on met en avant énormément pour rattraper l'expérience qu'on n'a pas et que les autres ont. C'est ce que j'ai fait cette année, on s'est associés avec Nicolas Lunven, on a travaillé ensemble tout l'hiver, on a tout partagé: sur le développement des voiles, le réglage du mât, nos façons de faire à bord du bateau, même sur la préparation de la météo, on travaillait ensemble la météo avant d'aller se battre sur l'eau. Tout ça fait qu'on progresse plus vite, du coup, on se retrouve un et trois sur le Championnat, c'est un peu le révélateur de notre méthode de travail. Vous dites que vous terminez sur les rotules, mais entre deux courses en Figaro, vous avez du 60 pieds cette saison sur Banque Populaire et du grand trimaran sur Sodebo, était-ce important pour vous ? Oui, c'est aussi ce qui m'a permis d'être bon en Figaro. Aller chercher d'autres approches, aller voir comment ça fonctionne sur d'autres bateaux, ça permet d'essayer de nouvelles choses quand on revient sur son bateau, il y a des choses à apprendre partout. Et sur ces bateaux moins à taille humaine, on se rend plus compte de certains phénomènes: on pourrait passer en force sur Figaro parce que c'est plus à taille humaine, mais finalement, on oublie le côté mécanique qui est davantage mis en avant sur les gros bateaux. Ça permet finalement de se rendre compte que c'est plus facile passer plus en douceur. Parlez-nous de ces expériences... Je travaille avec Armel Le Cléac'h et Banque Populaire jusqu'au départ de la Jacques-Vabre. J'ai fait deux stages avec eux, j'y retourne dans dix jours, et après, cap sur Le Havre. Et sur Sodebo, je suis équipier-navigant du bateau quand je suis disponible et qu'il y a besoin. C'est complètement différent, les maxi-bateaux comme Sodebo sont de très grosses machines, le 60 pieds Imoca est plus abordable et plus dans la continuité de ce qu'on fait en Figaro. C'est bien d'apprendre à faire de l'Imoca car c'est le même exercice sur des bateaux plus grands. Et ça fait partie de vos objectifs à moyen terme, avec le Vendée Globe dans cinq ans ? Oui, mais j'aimerais bien faire encore au moins deux ans complets sur Figaro pour ensuite essayer de toucher des plus gros projets. Ça me laisse deux ans pour travailler dessus et, parallèlement, continuer à prendre de l'expérience sur ces bateaux. Un dernier mot sur votre saison prochaine ? J'ai envie et le projet de faire la Transat AG2R (dont il est le tenant, associé à Armel Le Cléac'h, ndlr), on apprend beaucoup de choses en double, c'est l'occasion de partager et de progresser. Ensuite la saison en solitaire qui comprendra trois courses, on essaiera de faire aussi bien.